Le jazz comporte des harmonies riches, complexes et multiformes qui peuvent voguer vers d’autres accords. C’est aussi le cas pour le séga. Pour les locaux, qui naviguent entre les deux genres musicaux, c’est un privilège de pouvoir saisir les avantages du jazz et du séga pour créer des amalgames. Philippe Thomas s’était lancé avec l’album Ségazz. Neshen Teeroovengadum est auteur de plusieurs compositions qui mélangent le jazz et le séga. Un rêve et Ouh lé lé la de Gérard Louis respirent ces deux influences. Ces arrangements musicaux présentent le jazz dans une couleur propre à notre île… Un jazz mauricien, pourrait-on dire !
Comme les musiciens de l’étranger qui ont osé mélanger le jazz à la musique latine (le trompettiste Dizzy Gillespie, par exemple) ou encore le décliner en afro-jazz (l’album We insist ! Freedom now suite du batteur Max Roach), pourquoi ne pourrions-nous pas avoir un jazz propre à notre île, se demandent certains jazzmen locaux. Une sonorité à la sauce mauricienne, qui se démarque principalement par le rythme, disent ceux qui le pratiquent.
Si un jazz mauricien peut être évoqué, c’est parce que l’amalgame des deux genres musicaux est entièrement réalisable. La musique de La Nouvelle-Orléans et la nôtre utilisent d’une manière systématique une harmonie riche, complexe et multiforme. Le jazz varie les impressions et passe d’un ton à un autre, d’un mode à un autre, tout en recherchant des liaisons, soit entre les notes des accords, soit avec des notes supérieures ou inférieures aux diverses notes de ces accords, en général d’un demi-ton ou d’un ton. Ces notes supplémentaires assurent des transitions d’une gamme à une autre.