Il a impressionné le jury du Prix Musiques de l’Océan Indien en octobre dernier avec cette façon très personnelle de sertir des enregistrements de voix ou de musiques traditionnelles dans l’écrin de l’électronique. Labelle avait alors présenté quelques morceaux de son album, Ensemble, jouant de ses manettes avec une sensibilité subtile et une application d’horloger. Cet album contient deux morceaux qu’il avait enregistrés avec Hlasko, son alter ego sud-africain, avant de former un duo avec lui sous le nom de Kaang. L’album qui en a résulté en mai 2015 a conquis la critique musicale, et nous pourrons l’entendre en live le samedi 11 juin à 20 h à l’Institut français de Maurice.  
Tout semblait fait pour rassembler Hlasko et Labelle. Le premier est né à Johannesburg, mais les origines et les goûts musicaux de sa mère, originaire du Lesotho, l’ont incité à parler le sesotho, la langue de ce petit État enclavé dans le nord de l’Afrique du Sud, et à s’imprégner de la culture des bushmen qui y vivent. S’il n’a commencé à composer de la musique électronique que depuis 2010, lorsqu’il a eu son premier ordinateur, il écrivait des textes depuis longtemps, à commencer par son journal qu’il rédigeait en sesotho, puis la poésie à laquelle il est venu en anglais. Lorsqu’il a commencé à écrire des chansons, il s’est autorisé à utiliser la langue de sa mère devenue sienne, le sesotho, dont il s’est notamment imprégné en lisant de nombreux poèmes anciens. Très imagées, ses chansons en sesotho véhiculent l’animisme de sa culture et parlent des rapports entre la nature et la technologie, la sexualité, la pluie, le voyage, etc. Le mysticisme y est également particulièrement présent.
Labelle a quant à lui grandi à Rennes, en France, mais son père réunionnais l’a très tôt initié aux rythmes de son île. À 14 ans, l’adolescent s’aventure déjà dans le monde du Djing, en s’inspirant tout d’abord de la techno de Detroit. Très vite, il se tourne vers la techno tribale, dont la complexité rythmique résonne en lui comme un appel des origines, du maloya paternel notamment. Voyageant régulièrement à La Réunion, le jeune musicien a toujours voulu mêler ses deux cultures et enrichir son univers créatif avec de nouvelles rencontres. D’où ces compositions associant l’électro aux sons de la mer et aux morceaux de Danyel Waro, pour ne prendre que ces exemples. Si le musicien électro peut sans problème jouer seul devant un public, le jeune homme n’a cessé de provoquer des rencontres, concrétisant sa soif d’échanges et d’expérimentations à travers la création d’un collectif d’artistes sous le nom d’Eumolpe, mais aussi en travaillant avec les plasticiens Kid Kréol et Boogie depuis qu’il est installé à La Réunion.
Son premier album, Ensemble, est le fruit de cette double culture, proposant de l’électro-maloya dans un style ethno-futuriste. Kaang élargit le cercle et cèle une autre ouverture vers l’imaginaire de Hlasko cette fois. Ce dernier ne cesse d’explorer l’héritage traditionnel du Lesotho, davantage encore depuis le décès de sa mère. Marqué par le rituel de transmission associé à ses funérailles, le jeune artiste souhaite plus que jamais partager sa culture, ce qu’il fait au sein de Kaang, avec Labelle en explorant la mythologie des bushmen.
Tous deux sont en quelque sorte retournés à leurs origines « îliennes », si l’on associe l’enclave montagneuse du Lesotho, perdue dans la grande Afrique du Sud, à la portion de terres réunionnaise, également montagneuse et isolée, parce qu’entourée par l’océan. En grandissant ailleurs, ils ont tout deux ressenti la nécessité de ce retour aux sources et de cette quête identitaire. Mais ils n’en restent pas là, puisqu’ils en font une nouvelle création. Créateur de toute chose, Kaang fait écho à l’animisme des textes  en sesotho de Hlasko, se mettant dans la peau de choses, des animaux et des éléments, pour les laisser s’exprimer. Il fait chanter la pluie et revisite la poésie des textes anciens du pays maternel. Les bushmen étaient les premiers habitants du Lesotho au temps de la préhistoire avant que les Basotho, une ethnie bantoue, n’arrivent d’Afrique centrale au XVIe siècle.