Sa riche carrière lui a permis de côtoyer de grands noms de la musique locale et internationale. Même s’il n’occupe pas toujours les devants de la scène, sa touche de guitare est reconnue entre toutes. Karl Brasse vit à fond sa passion pour la musique, malgré les hauts et les bas. À 75 ans, les hôtels de l’île font encore appel à lui et ses soirées rétros sont très appréciées du public mauricien. Alors qu’il fête ses 60 ans de carrière, il émet le souhait de pouvoir jouer avec sa guitare jusqu’à… 100 ans.
« M. Karl, comment jouez-vous cette note ? » C’est le genre de question que les jeunes musiciens posent souvent à Karl Brasse. Lui, n’a pas de réponse, puisqu’il n’a jamais pris de cours de guitare. Il prend la chose avec simplicité : « Peut-être que je tiens mal une corde, ce qui donne ce son particulier que les gens aiment. »
Karl Brasse compte une riche carrière de musicien évoluant principalement dans les hôtels. Ce qui lui a permis de voyager dans plusieurs pays et de participer à des festivals comme celui de Confolens, en France. Avec d’autres passionnés, tels Cyril Labonne, Alain Permal ou Sylvaine Ramen, il a fait danser des générations de Mauriciens dans les Night-Clubs de l’époque. Aujourd’hui, à 75 ans, il ne s’en lasse pas.
Né à Grand-Gaube dans une famille où la musique occupait une place importante, il apprend, à l’âge de six ans seulement, à jouer du banjo. Il n’a que dix ans lorsqu’il égrène ses premières notes de guitare. Au départ, c’est son frère aîné, Walter, qui est guitariste. Un jour, il le remplacera au pied levé, dans une fête du village. Il n’avait que 12 ans. « Les personnes qui avaient organisé la fête sont venues chercher mon frère à la maison. Je leur ai dit qu’il n’était pas là, mais que je pouvais le remplacer. Ils ne m’ont pas pris au sérieux, mais par la suite, ils étaient étonnés de voir que je savais effectivement jouer de la guitare. »
L’aventure ne faisait que commencer pour le jeune Karl, qui répète souvent en famille. Sa petite soeur Eda, s’est mise à la batterie. Sa grande soeur, Denise, qui fréquentait un collège de Port-Louis, rapportait, elle, les copies de chants et supervisait les répétitions. « Elle ne jouait d’aucun instrument mais elle avait une oreille en or, tout comme ma mère, Odette. Mon père, lui, jouait des maracas. »
Des années plus tard, Karl Brasse commence à fréquenter les Damoo à Port-Louis. Il accompagne ceux qui participent au radiocrochet au Jardin de la Compagnie. « Un jour, Yel m’a dit qu’il allait me faire rencontrer quelqu’un. C’est ainsi qu’il m’a emmené voir l’aîné des frères Lai Cheong, qui avaient le Typhoon Band. C’était une référence à l’époque. C’est ainsi que j’ai commencé à jouer dans des endroits comme Le Golden et La Cabane Bambous, où on organisait des soirées chics à l’époque. »
En 1960, Karl Brasse monte un petit groupe avec Alain Permal et Sylvaine Ramen, entre autres. Il continue à animer des soirées au Golden pendant trois ans. Il fait ensuite la rencontre des frères Pouzet, dont l’orchestre Les Corsairs connaît un grand succès. Il intègre le groupe et joue avec eux au Vatel, à Curepipe, notamment. Il fait également des tournées en Zambie, en Rhodésie (aujourd’hui Zimbabwe) et à La Réunion, avec eux. « À cette époque, on ne jouait pas tous les jours, comme c’est le cas dans les hôtels actuellement. On jouait surtout les week-ends et les Mauriciens venaient passer des soirées en famille. »
Alors que l’orchestre jouait les standards, des chanteurs comme Cyril Labonne et Alain Permal assuraient le cabaret séga. « Un jour, Lulu Pouzet m’a demandé pourquoi je ne composais pas un séga. Je me suis mis au travail tout de suite et cela a donné le morceau Stacatto, qui a remporté un succès. C’est Lulu qui avait choisi ce titre. »