Le son que l’on aime et qui nous ressemble qu’il soit remis en jeu par un senior tel Jacky Terrason (Blues Dan Jazz 2016) ou par un jeune Prix Jazz Montreux Festival (lauréat de la compétition de piano et Prix du Public en 2013 et 2014), Jerry Léonide, avec son quartet (Phillippe Thomas, Trompette, Christophe Bertin, batterie, Kersley Pytambar, contrebasse, Jerry Léonide, piano jazz), a rassemblé son public pour un beau concert au Conservatoire National de Musique samedi dernier.
L’énergie dépensée par ces musiciens qui ont fait exister le son que les Mauriciens aiment mérite tout votre respect. Une scénographie inspirée par le voyage et un jeu nomade allant des morceaux du premier Album de Léonide « Black River Road », « Gris Gris », (The Key) a un hommage aux déracinés de leur terre (Chagos), on pouvait écouter presque en « sourdine » une formation la plus émouvante possible pour faire la nique au désintérêt.
Le jazz conjugué au pluriel nous rappelle que la musique peut aider à combattre pour la vie. C’est bien pour cela que le concert a été dédié à des musiciens qui ont marqué le paysage contemporain de la musique à Maurice, Noel Jean, José Thérèse. Pour cette première édition de MAMA JAZZ, les organisateurs ont opté pour la création continue. Le Kartet Jerry Léonide, d’une virtuosité singulière, n’a cessé d’ouvrir sa palette maîtrisant à la fois l’écriture et l’improvisation.
Toujours présent et investi à fond dans une aventure tous azimuts, Jerry Léonide a aussi trouvé le temps pour enseigner, partager. Il avait dit, au début du festival, son bonheur à être confronté à de jeunes musiciens mauriciens si talentueux et avec une belle ouverture d’esprit. On a pu effectivement noter l’accent sur le jeu collectif d’un quartet de jazz très inspiré. Une rythmique télépathique, une recherche entre l’écriture et l’instant unique. Trouver des formes rythmiques inédites, voilà ce qui stimule.
Jerry Léonide revivifie la musique locale. En 2014, il avait exprimé son souhait de « rajouter une nouvelle couleur à la musique mauricienne : le jazz mauricien avec des accents de séga… c’est là où l’expérience est pionnière. C’est un projet acoustique avec piano, contrebasse, percussions, ravannes, etc… Tu écris une musique pour donner une couleur, c’est un chemin vers l’improvisation, un encadrement sonore ». Tout était là : la couleur locale, le swing, des silences habiles soulignant l’osmose de la formation, le lâcher-prise. Des temps modérés et de la nuance.
Un séga improvisé a complété le jeu et ajouté cette couleur recherchée à une large palette. La musique est évasive, elle arrive quand les mots manquent. Décidément l’horizon du Jerry Léonide Kartet s’étend au-delà du jazz.