Même sils ont tenté de se faire entendre des autorités depuis le début de la crise les artistes nont eu droit qu’à de timides retours. Laide espérée pour ces professionnels se fait toujours attendre. Les multiples plaidoyers de Bruno Raya sur les réseaux sociaux semblent partiellement trouver écho auprès des autorités. Dautre part, presque un mois après, aucune suite na été donnée à la lettre ouverte de Joëlle Coret adressée le 17 avril au ministre des Arts et du Patrimoine Culturel en faveur des artistes de lindustrie touristique. La chanteuse Cindia Amerally déplore le manque de considération de la Mauritius Society of Authors (MASA) qui peine à soutenir les artistes locaux en cette période compliquée.

Pour la communauté des artistes mauriciens engagés dans le domaine de la musique la situation reste compliquée. Dans sa correspondance au ministre des Arts et du Patrimoine Culturel, Joëlle Coret dressait le bilan dans le secteur de l’hôtellerie tout en proposant des solutions : « Nous sommes parmi les premiers à être affectés depuis le 16 mars 2020 et nous serons probablement parmi les derniers à recommencer à travailler dans le secteur du tourisme. Nous sommes principalement des travailleurs indépendants, avec peu ou pas daccès aux prestations sociales et la perte de nos revenus constitue une menace directe et immédiate sur notre existence et la survie de nos familles. »

Silence assourdissant

Plus le temps passe, plus le poids de ce silence pèse sur la mère de famille qui explique multiplier ses démarches pour entrer en contact avec le ministre. « Mais jusqu’à présent je nai eu aucun retour. Aucune action et réaction de sa part, même pas un accusé de réception pour nous faire savoir que nous avons été entendus, que notre situation est prise en considération, quon reconnaît notre contribution dans lindustrie touristique ou que notre requête est à l’étude pour l’élaboration dun plan daide pour nous soutenir. » Entre-temps, suite à l’organisation d’une marche virtuelle qui avait réuni une cinquantaine d’artistes dans le secteur de l’hôtellerie, une pétition, adressée aux élus politiques et responsables de cette industrie a été lancée en ligne le 25 avril dernier (SOS des Artistes mauriciens pour la protection du droit de la vie) et a récolté plus de 1 500 signatures jusqu’à présent.

En tant que chanteuse évoluant à la fois dans l’hôtellerie et la musique locale, c’est un double désarroi pour Cindia Amerally. Plus que jamais, cette dernière se sent délaissée par les autorités et surtout par la MASA. Le 16 avril, elle pousse un coup de gueule sur Facebook. « C’était surtout pour dénoncer la somme que la MASA mavait octroyée concernant mes recordings pour la période 2018-2019. » En tant qu’auteur, compositeur et interprète, cette dernière estime la somme de Rs 1 544 dérisoire face à sa contribution dans ce secteur pendant un an. « Nous sommes dans une situation grave et le secteur musical ne reprendra pas du jour au lendemain. Ma famille et moi, comme tous les autres artistes locaux, nous sommes aujourdhui dépourvus de rentrée dargent. » La chanteuse déplore aussi le fait que les artistes n’ont pas encore reçu leur paiement sur la redevance de la diffusion de la musique (Royalties). « Est-ce que cet organisme ne réalise pas que cest le moment de le faire car les artistes nont plus de rentrée dargent pour faire vivre leurs familles? On attend quoi? »

Manque de reconnaissance

Dans le cadre du confinement, la MASA a octroyé dernièrement une aide à hauteur de Rs 5 000 à ses membres pour le mois d’avril. Pourtant, ni Joëlle Coret, ni Cindia Amerally ne sont concernées n’étant pas des membres à part entière de la MASA. « Jestime que nous faisons tous partie de la MASA car nous contribuons aussi à travers notre musique », dit Cindia Amerally. Joëlle Coret rappelle également qu’elle est aussi auteure et compositrice et compte un album à son actif. En ce qui concerne cette allocation de la MASA, Bruno Raya dit merci mais : « Je ne suis pas satisfait. Nous avons énormément milité pour obtenir un soutien. Nous nous attendions à avoir au moins une somme correspondante au salaire minimum ».

Artiste et producteur, ce dernier milite pour la reconnaissance des artistes depuis plusieurs années. Son dernier post datant du 1er mai sur facebook, fait état de l’importance que le statut des artistes soit reconnu et voté au parlement pour professionnaliser le secteur. Au sein de l’Association des Auteurs-Compositeurs Mauriciens (AACM), « cela fait huit ans que nous luttons pour les droits des artistes. Aujourdhui, nous voyons un réveil des consciences parmi certains artistes eux-mêmes qui sont longtemps restés silencieux. Ils réalisent enfin que nous nous battons pour des intérêts fondamentaux, profonds et communs, pour que lindustrie musicale gagne en valeur. Nous cherchons à mettre en place un système pour mettre les artistes en sécurité à vie, quon reconnaisse notre contribution, notre savoir faire et notre professionnalisme ».

Echo timide

Cindia Amerally pense qu’il est enfin temps de donner aux artistes ce qui leur revient. Joëlle Coret estime pour sa part que le Covid-19 « nous a appris une belle leçon. Ce ne sera plus possible de continuer à travailler dans ces conditions. Nous devons nous battre pour avoir un statut après tout ça ». Bien que plusieurs autres interrogations restent en suspens, Bruno Raya considère que ses nombreux appels ainsi que ceux de l’AACM ont eu un effet, « Nous sommes aujourdhui dans le secteur informel. Nous aurions pu, par exemple, ne nous retrouver dans aucun secteur et être relégué au divertissement. » Joëlle Coret souligne que les artistes d’hôtels ont toujours soutenu l’industrie touristique, en faisant d’énormes sacrifices sur le plan familial. « Nous nous battons pour notre droit à la vie. Aujourdhui nous demandons uniquement un peu daide et de solidarité pour tenir jusqu’à la reprise. Le gouvernement ne peut pas rester silencieux. En tout cas, la balle est dans leur camp ».