Le conservatoire François Mitterrand a donné vendredi dernier un concert hors du commun, parce qu’il associe un couple inhabituel, les rythmes métalliques ou boisés des percussions, aux envolées mélodiques les plus complexes et sophistiquées dont un orgue est capable. L’organiste du conservatoire, qui enseigne son art ici depuis cinq ans, Alain Domecq, a traversé les époques avec le percussionniste Dario Ramdeal, passant de Bach aux morceaux composés par l’organiste lui-même…
Dario Ramdeal a dû relever un défi exceptionnel vendredi dernier, quand il s’est retrouvé seul percussionniste sur scène, devant assurer pour deux musiciens, face à l’orgue d’Alain Domecq, son confrère Gary Bhujun ayant eu un empêchement de dernière minute. Le jeune professeur de musique aux cheveux mi-long était en effet très affairé du début à la fin du concert, quittant les cymbales pour jeter son dévolu sur la grosse caisse, caressant un rideau de tubulures cristallines, avant de faire résonner les profondeurs d’un grand tambour. Il avait tout autour de lui un choix impressionnant d’instruments, qui occupaient les deux tiers de la scène, allant du plus insignifiant objet sonore au xylophone, en passant par l’instrument le plus massif de l’orchestre.
En avant-scène, l’orgue d’Alain Domecq semblait au contraire rassembler le plus possible de possibilité en un seul volume très compact, entre les parois de cet orgue numérique doté de trois claviers, de multiples boutons de réglages, et d’un volant de pédales qui nécessitent l’intervention régulière des deux pieds pour ajouter ou enlever de l’amplitude aux sons. Le public a pu d’ailleurs voir ce jeu de pieds filmé et projeté en simultané, sur écran à gauche de la scène.
Tout a commencé avec Bach, et parmi ces morceaux, la Toccata et fugue en ré mineur est sans doute l’oeuvre pour orgue la plus connue au monde, avec son attaque directe et accrocheuse et ses ascensions et décrues mélodiques absolument vertigineuses. Mais dans sa version modernisée pour orgue… et percussions, c’est une autre histoire que nous ont proposé Alain Domecq et Dario Ramdeal. À la virtuosité phénoménale des claviers, se sont joints les touches parfois très aiguës et métalliques des petites percussions, et d’autres fois, les sons mats particulièrement graves des caisses de résonances plus volumineuses. Ici, les percussions ponctuent et accentuent la mélodie, sans obligatoirement engager une continuité rythmique. Elles jouent davantage un rôle mélodique que rythmique par la diversité sonore qu’elles apportent de temps à autre, et par les nuances qu’y apporte le musicien en termes de ton et d’intensité. Ce constat est à peu près le même sur l’essentiel des morceaux qui ont été joués ensuite.
À l’inverse, la Danse macabre de Camille Saint-Saens a suscité une rythmique plus régulière sans doute aussi en raison de la répétitivité du morceau. Lorsqu’il a été joué pour la première fois en 1875, ce poème symphonique a surpris le public qui entendait pour la première fois le son du xylophone, au sein d’un grand orchestre. La mort et le diable mènent ici la danse sur un rythme entêtant et particulièrement entraînant, et rares étaient les auditeurs qui à la sortie du concert, n’avaient pas cet air absolument enivrant dans la tête.
Ce concert s’est terminé sur des morceaux adaptés pour percussions issus du folklore slovaque. Alain Domacq ayant d’ailleurs eu l’occasion de travailler avec un des grands compositeurs tchèque. L’organiste a également proposé une de ses propres pièces, particulièrement contrastée. S’il enseigne au conservatoire mauricien depuis 2012, cet homme au sourire rassérénant a joué tout au long de sa carrière sur les instruments les plus impressionnants, le plus souvent dans des cathédrales et églises, les seuls lieux qui offraient à la fois l’acoustique et l’espace nécessaire aux grandes orgues. Alain Domecq a régulièrement donné concert en France, en Allemagne et Espagne. Il a collaboré à l’académie Ravel, et tenu un atelier de composition dans la ville de Maurice Ravel et était professeur du conservatoire de région de Toulouse. Il a joué dans des lieux prestigieux tels que le Sanctuaire de Lourdes, la cathédrale de Saint Brieuc, la basilique Saint Michel, ou encore la cathédrale Saint Bertrand du Comminges.