Maurice aura, le temps du Ernest Wiehe Jazz Festival, vécu au rythme d’un style de musique souvent incompris. Mais ce qui fait d’habitude le plaisir des connaisseurs aura su se rendre accessible au public.
Des mains qui battent la mesure. Des pieds, soumis au diktat de la basse, qui tambourinent. Des sourires échangés, le silence de la bouche bée pendant les pauses, des hochements approbateurs. La première édition du Ernest Wiehe Jazz Festival a séduit.
Ce qui d’abord se voulait un hommage au grand du jazz qu’était Ernest Wiehe s’est étendu en une belle opération de vulgarisation d’une musique qui, comparée aux canons de la pop, est plutôt erratique, difficile à saisir. Au grand public de se laisser happer.
D’abord, il serait honnête de noter que c’est le fils du sol Linley Marthe, qui compte parmi les bassistes les plus respectés de la scène mondiale, qui a agi en vrai crowd-puller. L’attente était ainsi palpable lors du Blues dan Jazz proposé par l’Institut Français de Maurice vendredi soir. Quand va-t-il oser le solo ? Quand laissera-t-il exploser sa technique ?
Bien sûr, l’artiste aura su répondre au public, impressionnant par le nombre (sans doute trop nombreux pour le petit amphithéâtre de l’IFM – un léger bémol qui au final ne dérange pas l’harmonie du show). Mais l’Ernest Wiehe Jazz Festival aura aussi été l’occasion de découvrir une approche retenue à la musique. À l’image d’un Marthe, en virtuose du subtil – notamment à la contrebasse lors du set du François Jeanneau Quartet –, d’un Manuel Rocheman, prix Django Reinhart qui saupoudre de nuance, évitant rigoureusement l’excès… Ou d’un Jeanneau, qui aux commandes du quartet d’Ernest – Marthe, Belingo Faro au clavier, Christophe Bertin à la batterie – compose, avec sérénité, un jeu mûr qui ne surmène pas le public. Le jazz crée un instant. Chose qui n’est pas une question de force, de rapidité. Mais plus : c’est un ensemble. Un « savoir donner du poids aux notes », comme le confie François Jeanneau au Mauricien. Puis également de découvrir un Benoît Sauvé à la flûte à bec, en extraterrestre du jazz…
Le EWJF aura proposé un mélange intéressant : son lot de prouesses techniques (histoire de combler certaines attentes) qui fait un peu la partie visible de l’iceberg, et sa composition fine, improvisée, codée, perceptible qu’en vagues éparses – « une face cachée de la lune ». Mais également de mettre en avant la somme de talents mauriciens : ceux que l’on connaît très bien, et ceux qui se font un nom. La scène jazz locale existe. Elle a aujourd’hui son festival. En espérant que le EWJF devienne une bonne habitude.