Des pluies d’arrière saison quasi diluviennes sont venues ajouter en bruit de fond leur clapotis dense et continu sur le toit de l’IFM, ce soir-là. Comme l’eau avait aussi fait une malicieuse intrusion dans l’amphithéâtre ouvert du bâtiment conçu par Gaëtan Siew, public et musiciens se sont installés dans le grand salon de l’institut. Crainte aussi à cause du bruit qu’elle faisait, elle n’a pourtant pas empêché le public de venir, pas plus qu’elle n’a masqué la musique. Peut-être même a-t-elle par effet de concurrence encouragé à jouer encore plus généreusement pour oublier la grisaille, voire même évaporer l’humidité par la magie des instruments et de leurs maîtres !
La musique de Dominique Fillon inspirée par les pays d’Amérique latine et des Caraïbes a fait oublier les parapluies, et mis du soleil dans la tête à défaut de le voir dans le ciel. Le leader officiait, cette fois-ci, sur un clavier électronique et non sur un piano noir. Avec ses complices, il a caressé les tympans autant que le coeur et l’esprit sur de sympathiques influences héritées de la bossa nova, de la salsa ou encore du gwoka, avec aussi parfois des intonations plus proche du rock… Ce quartet goûte ces musiques avec gourmandise sans oublier sa personnalité, en y ajoutant de l’élégance et de la fluidité, celle du jazz.
Peut-être ces musiciens trouvent-ils dans ces inspirations cette joie que le compositeur affiche tout sourire quand il joue. Pianiste qui bouge en rythme, Dominique Fillon rit comme un enfant farceur quand il joue. Autant que par le son, il semble communiquer avec ses collègues par le geste et le corps. S’il aime la communicabilité que seule la musique permet, il affiche aussi une simplicité avenante, de celle sans doute qui l’a fait devenir à côté de sa carrière de compositeur, un accompagnateur recherché par les bons artistes de la scène française.
Ici, les musiciens ont joué une partition lumineuse de naturel et d’élégance, insistant peut-être quelque fois trop sur la prouesse devenue passage obligé du solo où chacun montre ce dont il est capable. La vélocité était acquise comme l’évidence ici et il n’était peut-être pas utile de faire les gros bras, tant le plaisir mélodique était au rendez-vous.
Il faut écouter le dialogue un peu rocky entre la guitare et le piano de Diabolo 66, s’émoustiller avec Lucky et se laisser emporter sur Americas, du titre du dernier album. Outre l’atmosphère de plus en plus vive et sympathiquement tendue des derniers morceaux de plus en plus dansants et syncopés, un des grands moments de la soirée a aussi été le passage de Marie-Luce Faron qu’on ne voit pas assez sur les scènes mauriciennes du pays, comme beaucoup d’artistes qui gagnent leur pain essentiellement dans les hôtels. Cette voix subtile et profonde nous renvoie aux grandes dames du jazz qui vivent la musique avec toute la finesse et la sensibilité dont une femme et une mère sont capables.