« Sa re ga ma pa dha ni sa ». Sharvan Boyjoonauth, vocaliste de musique carnatique, chante comme il respire. Ce jeune Passion de musique a vécu cinq ans en plein coeur du Sud de l’Inde, afin de tenter de percer le secret de ce chant divin. Avec sa prestation sur une chaine locale, mélangeant art traditionnel indien et musique aborigène, il nous en livre les secrets.
Un art qui ne se transmet que par les professionnels de la musique carpatique, de maitre à disciple, ou sinon sur les bancs des plus prestigieuses universités en musicologie du Sud de l’Inde. La musique carnatique est un art à part entière, qui demande maitrise, précision et surtout passion.
B Sharvan comme le surnomment ces confrères indiens, est un habitué des concerts de musique traditionnelle, « Carnatic pour être plus précis », rectifie le jeune homme. Détenant une licence en Psychology and Music Teaching, cet originaire de Belle-Rose, détient également les titres de Isaikalaimani Sangeetha Vidwan et Bhagavathar, remis par l’Etat indien. Soit deux hautes distinctions en musicologie.
Souvent sollicité pour des concerts en Inde ou à l’île soeur — dont une très récemment —, le jeune homme de 32 ans a bravé chaleur et pluie indiennes pour vivre de sa passion. Désormais professeur de musique, il enseigne et transmet cette musique traditionnelle, entonnée dans les différents temples et kovil du monde. « J’ai des étudiants de 4 à 80 ans », dit-il. Il ne cache d’ailleurs pas sa joie en évoquant ses élèves, car pour ce jeune homme à l’oreille musicale, il est sacrosaint de partager et de donner ce que l’on a aux autres. « C’est une des règles de base en musique. »
Chanter avec le corps
« On ne s’arrête jamais d’apprendre », dit-il. En effet, il nous explique que dans ce domaine, l’on se doit d’être toujours aux côtés de son enseignant. « C’est ainsi que l’on apprend le mieux : en allant aux concerts, et en restant  à l’écoute », dit Sharvan Boyjoonauth. Raison pour laquelle ses petits élèves ne sont jamais très loin lors de ses concerts… toujours attentifs, les yeux fixés sur les faits et gestes de leur professeur, qui chante avec âme et corps. En effet, en musique carnatique, les gestes sont une extension du chant et de la mélodie.
Néanmoins, cet amour pour la musique carnatique n’est apparu que très tard, durant son adolescence. Issu d’une famille de musiciens, en l’occurrence son père qui pratique le bhajan — autre forme de musique traditionnelle indienne —, Sharvan Boyjoonauth apprend à jouer du tabla dès son plus jeune âge. « Mon père est mon premier guru et c’est pour cela que j’ai souhaité prendre la relève », confie l’artiste. Ce n’est qu’à l’âge de 17 ans que Sharvan Boyjoonauth entend pour la première fois les notes de chants carnatiques. « Je me souviens de cet instant précis de ma vie. Je regardais tard la nuit la télévision et suis tombé sur la chaine tamoule ‘podigai’. C’est alors que j’ai entendu cette chanteuse carnatique qui m’a ému jusqu’aux larmes », raconte-t-il.
Des études à Chennai
Une véritable passion nait alors. La première note de musique — le « sa »—, d’un long parcours en musicologie, non sans peine. « J’étais assis tous les jours devant mon téléviseur à minuit pile. J’attendais cette émission dédiée à la musique carnatique. C’était plus fort que moi ». Dans le plus grand des secrets, Sharvan Boyjoonauth s’essaie à cet art ancestral, aux mélodies divines.
Accumulant les petits boulots, cet habitant de Belle-Rose économise chaque centime pour poursuivre ses études en musique carnatique à Chennai, « maison mère de ce type de musique ». A 21 ans, seul dans un pays étranger, le jeune Mauricien gagnera le coeur des huit membres du jury de la Fine Arts University Chennai India, qu’il a découverte via la chaine Podigai.