« Ti Frer nou gran Frer » est proposé par le musée du Blue Penny comme une suite logique à l’exposition qui avait été consacrée au séga et à son incarnation la plus emblématique : son père, son roi, cet homme qui a su rencontrer une nation entière, murs abattus, au simple son de son triangle. Cet objet fait de sons et de mots recèle les trésors d’un coeur vif à l’esprit alerte. Des inédits, des morceaux de vie, un personnage de légende, une belle collection de photos, un disque qui ravive l’intérêt si longtemps après l’hommage édité par Radio France.
Si Ti Frer est mort dans le dénuement c’est peut-être moins par oubli que par cette condescendance très naturelle qui consiste à dire par exemple qu’éditer ses chansons revient à « faire du divertissement », selon les dires d’un spécialiste des droits d’auteur de la MASA. Le résultat en est que le coût des 2 000 exemplaires du CD tiré en supplément d’un livre édité par le Blue Penny Museum, est plus bas que l’hologramme de la fameuse MASA. Ça coûte cher les droits d’auteur quand on publie ces trésors du patrimoine que sont Kanal Belo, Mama Betina, Roseda ou Fidelia !
Des noms d’oiseau vous titillent le bout de la langue quand nul ne voit dans ces chansons de Ti Frer ce quelque chose de grand qui fait le creuset d’une nation, ces morceaux de vie, ce chant de la terre, cette voix puisée dans les entrailles d’un peuple et la poésie du désoeuvrement toujours vaillante malgré les désastres des hommes. Son chant est un blues, sa musique est une rythmique dont les couleurs n’existent qu’à l’île Maurice. « Non non pas pédagogique Ti Frer, c’est du divertissement ! » Résultat : Rs 1 250, c’est-à-dire à peu près au même prix que si cela avait été édité par un label international.