Quel musicien n’a pas souhaité, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, évoluer au sein d’un ensemble voire un orchestre symphonique et vivre en symbiose uniquement par le biais de la musique avec ses confrères. Désormais quelques musiciens mauriciens peuvent goûter à ce plaisir grâce à Opera Mauritius sous la houlette du chef d’orchestre allemand Martin Wettges qui a mis en place l’Opera Mauritius Youth Orchestra (OMYO) qui regroupe une dizaine d’instrumentalistes locaux. L’ensemble a donné un unique concert dimanche dernier au Centre Culturel d’Expression Française (CCEF) à Curepipe. Les musiciens souhaitent que l’aventure se poursuive.
« C’est un début qui permet de faire revivre l’opéra et la tradition de musique classique à Maurice », déclare Martin Wettges au Mauricien. Il constate que le pays a souffert d’un manque à ce niveau pendant une quarantaine d’années. « C’est la première fois que ces musiciens travaillent ensemble et ils ont évolué très vite. Une symbiose s’est créée. J’espère que le groupe s’agrandira », ajoute notre interlocuteur. Lui qui affirme avoir travaillé avec les musiciens durant six semaines, lance un appel à d’autres qui seraient intéressés à jouer dans un orchestre, à venir de l’avant dans la perspective de les former. Le but : qu’ils puissent faire partie de l’orchestre symphonique national que le gouvernement a proposé de créer.
« Dans quelques années, ils auront atteint le niveau requis pour y jouer », affirme le maestro. D’ailleurs, fait-il ressortir, « c’est par le bouche à oreille que ce premier ensemble s’est créé. C’est Cédric Anne qui a rassemblé les gens ».
Ce jeune homme de 25 ans, employé dans la comptabilité, a commencé à jouer du basson au conservatoire François Mitterand, il y a trois ans. « Quand on aime la musique, c’est dommage de ne pas en faire. J’ai toujours aimé les sons graves et surtout ceux du basson. En Form III, j’ai fait de la guitare classique. J’ai arrêté pendant un moment avant de commencer le basson cette fois-ci ». L’année dernière, Cédric Anne a choisi quitter le Conservatoire pour se joindre à Opéra Mauritius, dans le cadre de la création de la comédie musicale Carmen. « L’expérience de Carmen est inoubliable. J’ai travaillé avec des professionnels », affirme-il. Et d’ajouter : « À cette occasion, j’ai aussi eu la chance de participer à des Master Classes et de jouer avec un bassoniste de l’orchestre symphonique d’Afrique du Sud. » Un début de rêve qui se concrétise pour lui. « Cette année, poursuit notre interlocuteur,
lorsque Martin Wettges a proposé l’idée de monter un orchestre, j’étais enchanté ». Ainsi, connaissant des instrumentalistes professionnels, Cédric Anne constitue un petit groupe qui démarre un travail régulier sous la houlette du chef d’orchestre en marge du premier concert de la Petite saison lyrique.
Parmi, l’on compte les Clarisse, Guy-Noël et sa soeur, Marie-Christine. Tous deux sont professeurs de musique dans des collèges d’État. Avec leur autre soeur, ils viennent tous trois de passer leur licence de musique par correspondance à l’UNISA. Les Clarisse ont démarré leur apprentissage de la musique avec leur père avant de suivre des cours chez Gérard Telot. À 7 ans, Guy-Noël jouait du piano, à 12, du violon. Agé de 23 ans, il est prof de musique au conservatoire également. Tout en concédant que cela coûte cher de pratiquer la musique, à la fois pour les leçons et l’acquisition d’un instrument, il affirme que son voeu est d’amener le plus d’enfants et de jeunes à connaître la musique classique qui jusque-là n’est accessible qu’à un groupe restreint. « Ils ne connaissent pas les différents instruments qui sont joués dans un orchestre », fait-il ressortir.
C’est avec beaucoup de bonheur que le professeur a accueilli la proposition de jouer dans l’orchestre des jeunes de l’Opera Mauritius. « Quand on a une telle opportunité, on ne la refuse pas », affirme-t-il, en soulignant l’expérience qu’un musicien acquiert en jouant avec des professionnels. D’autant qu’à Maurice, l’occasion est tellement rare. Dimanche dernier, M. Clarisse a exécuté, de manière magistrale, le concerto en sol majeur pour violon et orchestre KV216 de Wolfgang A. Mozart. « C’est une première expérience pour moi », avance-t-il. « Quand on joue avec des professionnels, on apprend beaucoup, que ce soit au niveau de la technique ou en groupe ». Notre interlocuteur trouve que la musique classique est un art très puissant. Sa réussite dépend de la communion qui se crée entre les instrumentalistes. « Son exécution demande un gros travail sur soi. Il faut se dépouiller de tout. Il est important de se connaître pour donner le meilleur de soi », soutient Guy-Noël Clarisse.
Pour sa soeur Marie-Christine, il s’agissait aussi d’une opportunité à ne pas rater. « C’était l’occasion de travailler avec un chef d’orchestre professionnel et de pouvoir s’améliorer », dit-elle. Au sein de l’orchestre, notre interlocutrice a joué de la flûte traversière bien que sa spécialité soit le piano. Elle confie que si l’occasion se présentait, elle préférerait jouer du piano. Marie-Christine Clarisse, âgée de 27 ans, a une double formation : professeur de musique et de mathématiques. Entre les deux cependant, elle a préféré la musique. Une aubaine pour elle de pouvoir vivre de sa passion et son voeu est de poursuivre le travail qui se fait au sein de l’orchestre.
Pour Roxane Firmin, également professeur de musique, âgée de 22 ans, faire partie d’un orchestre aide certainement le musicien à s’améliorer, car il ne travaille plus seul. « On apprend à écouter ce que font les autres », soutient celle qui trouve aussi que c’est une belle occasion de faire connaître la musique classique au public. D’ailleurs, confie-t-elle, ses élèves découvrent tout un univers à travers ses cours. Outre cette expérience, notre interlocutrice souhaite évoluer dans d’autres ensembles dans le but de s’améliorer, car pour elle, chaque orchestre est unique.
Pour Nelesh Bucktowar, âgé de 27 ans et qui fait partie d’un quintette de jazz, « un orchestre reflète le niveau culturel d’un pays. Cela a été un bon début et je souhaite qu’on puisse aller plus loin encore », confie-t-il.
À Benjamin Saramadiff, Quality controller dans une usine et musicien, de renchérir : « Il nous manquait un orchestre à Maurice. » Notre interlocuteur violoncelliste, a été formé par son père qui était lui-même musicien professionnel. « Dès qu’on m’a proposé de jouer dans l’orchestre, j’ai dit oui. J’adore la musique et jouer dans un orchestre était un rêve. Quand on joue dans un ensemble, c’est tout à fait différent. Il y a un dialogue harmonieux entre les instruments et les musiciens sont en symbiose. J’espère que le gouvernement est sérieux quant au projet de mettre en place un orchestre philarmonique national », conclut notre interlocuteur.
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Premier concert de l’OMYO
L’Opera Mauritius Youth Orchestra (OMYO) a offert son premier concert de musique classique dimanche dernier au centre culturel d’expression francaise. Pendant une heure, le public présent a eu droit à une très belle sélection de musiques proposée par le chef d’orchestre Martin Wettges.
En ouverture de ce concert, le public a pu apprécier L’île des Fantômes de Johann Rudolf Zumsteeg avant de se laisser bercer par la dextérité et le talent de Guy Noël Clarisse comme soliste pour le Concerto en sol majeur pour violon et orchestre KV216 de Mozart. Le groupe, les Flûtistes enchantés ont proposé trois airs traditionnels pour l’ensemble de flûte à bec à savoir Greensleeves, Bransles (Terte) et Watkin’s Ale.
Ils ont laissé la place à deux solistes du choeur. Sandrine Thomas-Herchenroder et la jeune Ophélie Espiègle ont chanté Kunft’ger zeiten eitler kummer et Süsser Blumen ambraflocken respectivement. Kenneth Babajee a ensuite exécuté en solo Concerto en do majeur pour piano et orchestre KV246 de Mozart. Le concert a pris fin avec Le beau Danube bleu de Johann Strauss fils, sous la baguette du maestro Wettges.
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Ophélie Espiègle (13 ans) chante en solo
Ophélie Espiègle, âgée de 13 ans, a interprété en solo Süsser Blumen ambraflocken, un air allemand, pour le plus grand bonheur du public. Cette jeune fille, élève au Bocage s’est jointe au choeur d’enfants de l’Opera Mauritius, il y a deux ans. C’était à l’occasion de la création de la pièce Carmen. « J’avais vu une annonce et comme elle a une belle voix et chante dans les tons, je l’ai inscrite pour passer les auditions », affirme Nadine, sa mère, qui confie que tout le monde aime chanter dans la famille. Après cette première expérience l’année dernière, la jeune Ophélie incarna le rôle de la fée Rosée dans l’Opéra familiale Hansel et Gretel en juillet dernier. Au Mauricien, elle confie qu’elle adore le trac ressenti avant d’être sur scène, savoure le moment qu’elle partage avec le public et se sent heureuse après une prestation. Elle est en cours une fois par semaine avec Katrin Caine. « On s’amuse bien et on fait souvent des improvisations. » Outre la musique, la jeune fille a d’autres passions, parmi, le ballet.