Invités chez le musicien comorien Maalesh à Moroni, ce dernier a eu la lumineuse idée de nous présenter Ahamada Smis, auteur-compositeur, rappeur, slameur franco-comorien. Après un premier album Être aux styles hip hop et world acoustique, l’artiste nous fait découvrir son deuxième album « Origines », présenté comme un voyage musical à la croisée des cultures de l’océan Indien, un album poétique qui s’écoute en dansant. Le projet « Origines » est né en 2010 de résidences à Marseille, Comores.  Ahamada Smis s’inspire de tous les styles musicaux et rythmes comoriens (les percussions Ngoma) pour mettre en chansons le patrimoine musical de son île. Au final, un savant mélange de musiques traditionnelles des Comores, de poésie dans un style afrobeat.
Avec « Origines », conjugaison d’une invention et d’une créativité singulières, la palette de Ahamada Smis, maître de l’écriture et la parole, n’en finit pas de s’ouvrir. 2013, tout est parti sur les chapeaux de roue. Toujours présent, hyperactif dans l’aventure « Origines »,  Ahamada avoue avoir pris beaucoup de plaisir dans les différentes résidences, à tester et découvrir les horizons musicaux de l’océan Indien au contact de musiciens exceptionnels. Pour les insulaires nés du mariage de l`Afrique et de l`Orient, les aventures musicales tous azimuts renforcent la quête des origines. Notre musicien s’inspire d’un quotidien riche en bavardages, de la langue française, de la richesse culturelle de son pays et des outils nouveaux pour écrire sa musique et la faire jouer. « Origines » consiste à valoriser les diverses origines, africaines, océaniennes, perses et indiennes… Le projet est fondé sur l’exploitation exigeante de diverses cultures mais repose aussi sur la recherche d’un équilibre entre le poids de l’instant du chant et l’expérience en studio. La musique arrive quand la parole manque. Aux Comores, le slameur a travaillé avec des instrumentistes jouant des instruments traditionnels : à Mayotte Gambusi, (luth yémenite), Dzinzé, harpe malgache,  percussions, choeur de femmes « les femmes de la lune » de Chiconi, Maalesh (guitare et chant). A Zanzibar, île soeur des Comores, Ahamada est allé puiser dans l’héritage du Moyen-Orient et de la musique taarab dans sa forme traditionnelle en créant et en enregistrant les musiques avec le groupe Safar, composé de Mohamed Issa Haji « Matona » (violon, oud) ; Rajab Suleiman (qanun) ; Geofrey Claudio Cherehani (percussions), Adel Dabo (basse), Juma Ameir Mwinyi (nzumari). L’instant en studio a été marqué par la collaboration avec Ulrich Edorh, réalisateur et ingénieur du son avec lequel il a collaboré sur son précédent album et qui a eu la charge de la réalisation et du mixage de l’album « Origines ». La réalisation « studio »  s’est déroulé à Marseille au studio Da Town. Là, le travail d’arrangement des musiques enregistrées en résidences a rejoint un travail de fusion (lignes de basses et rythmes de batteries mélangées aux musiques urbaines pour aboutir au style «afro-ngoma » (afrobeat comorien). Ce qui intéresse le slameur c’est de trouver des formes rythmiques et harmoniques inédites. Il faut aussi souligner le poids de l’instant, des échanges vécus comme des poèmes, chansons, histoires nourries de imaginaire populaire. Ils sont chantés, racontés, slammés par Ahamada Smis. Au coeur de la tradition orale de son archipel, le compositeur franco-comorien, construit un bavardage des Origines, emprunt de culture swahilie. Entouré de multi-instrumentistes rencontrés dans l’océan Indien, Mohamed Issa Matona de Zanzibar et Attoumane Soubira des Comores, il fait le récit du quotidien de ces insulaires nés de l’Afrique et l’Orient. La musique devient le miroir d’une société. C’est bien pour cela que « Origines » vient d’une réflexion sur la diversité, se présente comme une suite musicale qui raconte une histoire, des cultures préservées. Un album chanté, parlé, joué : Ahamada Smis a bien réussi la synthèse. 3 musiciens Ahamada Smis, Mohamed Issa Matona (joueur de oud, violon et ngoma de Zanzibar) et Attoumane Soubira (dit Soubi) de la Grande Comore/Mohéli au gabusi et dzenzé, ont récemment prolongé le bavardage des origines à Marseille.