Bientôt trois mois depuis que le vraquier battant pavillon panaméen, le MV Angel 1, avec 32 000 tonnes de riz à destination de la Côte d’Ivoire, se trouve immobilisé sur des récifs à 2,7 milles nautiques au large de Poudre d’Or. La cellule de crise, placée sous la supervision du ministère de l’Infrastructure publique et des Affaires maritimes, qui s’est réunie hier, confirme que dès le début de cette semaine, seront enclenchées les dernières manoeuvres avant le Refloating complet du bateau. Cette étape cruciale devra être franchie à la mi-novembre. Les derniers détails du plan de renflouage ont été passés en revue et avalisés, hier, par les membres de cette instance, alors que le Salvage Tug, N’Dongeni, du Mozambique, sera remplacé sur les lieux des opérations par le Coral Sea Flos doté d’une plus forte capacité.
Les premières indications, recueillies de sources autorisées confirment que les assureurs du MV Angel 1 courent le risque de se retrouver très bientôt en présence d’une note de réclamations extrêmement salée. Sans jeu de mots aucun. Les spécialistes des Salvage Operations soutiennent qu’au bas mot, les dépenses encourues pour remettre à flots ce cargo pourraient être supérieures à la barre des Rs 300 millions.
« Force est de constater que les coûts sont énormes. Lors de l’étape initiale, des avions ont été affrétés pour le transfert des équipements, que ce soit pour prévenir contre tout Oil Spill du MV Angel 1, ou encore pour atténuer les risques de détérioration de la situation sur les lieux du sinistre. Depuis, les différentes étapes des opérations engagées au cours de ces trois derniers mois ont nécessité des investissements majeurs sur le plan de la mobilisation des équipements, ou encore des ressources humaines », indique-t-on, de sources autorisées, qui suivent les développements avec le déclenchement de l’alerte initiale lors du premier week-end du mois d’août.
Outre le coût du transfert des équipements à bord des hélicoptères loués de la police de la terre ferme sur le pont du vraquier en détresse, ou bien encore la présence des Tugs de la Mauritius Ports Authority (MPA) pèsent également lourd dans la balance. Après le délestage du réservoir du MV Angel 1 de 889 mètres cubes de fioul mélangées avec de l’eau de mer, l’autre séquence d’envergure des opérations demeure le débarquement de la cargaison de riz se trouvant dans les cales du bateau.
« Le transbordement du riz du vraquier constituait l’opération la plus délicate à entreprendre. Il fallait tout mettre en oeuvre pour éviter de déséquilibrer le MV Angel 1 sur les récifs avec des conséquences nettement plus catastrophiques. Les architectes navals et les experts ont élaboré ce plan de débarquement avant que le travail ne soit entamé à bord. En parallèle, devait se faire le pompage d’eau de la salle des machines », soulignent des sources officielles interrogées par Week-End.
Le débarquement du riz, la clé du Refloating Plan, a nécessité le déploiement à bord du bateau de 63 stevedores de la firme Scott, spécialisée en la matière. Le MV Angel 1 a été réaménagé en vue d’accueillir ces hommes, qui ont travaillé en rotation en y séjournant pendant plusieurs jours. Dans un premier temps, ils ont transféré 5 593 tonnes de riz non abîmé du MV Angel 1 sur le MV Thor Gitta. Ce stock de riz a été placé dans des Sheds loués de la Cargo Handling Corporation (CHC) en attendant des décisions venant des propriétaires de la cargaison.
Par la suite, le MV Thor Gitta a été remplacé par une unité spécialisée, le River Bee, pour l’élimination du riz abîmé par l’eau de mer. A la fin de la semaine dernière, le MV Angel 1 a été délesté de 2 698 tonnes de riz. Ce bateau, doté d’équipements adaptés, effectue durant le week-end son troisième voyage pour aller décharger le riz impropre à la consommation sur un site désigné en plein mer par le Mauritius Oceanography Institute. Ce stock de riz a été largué à une profondeur de 4 000 mètres à quelque 35 milles nautiques de la côte Ouest.
Les dispositions arrêtées par les spécialistes pour les besoins de stabilisation du navire en détresse font que la cargaison de riz se trouvant dans la cale avant du bateau ne sera pas transbordée de même que celle de riz impropre à la consommation dans la cale No 4 du MV Angel 1. Stratégiquement, ces stocks de riz assument un rôle capital dans le maintien de l’équilibre du cargo en mer.
En début de semaine, un nouveau Tug affrété d’un important chantier naval du Sri Lanka, le Coral Sea Flos, prendra place aux côtés du Mahanuwara pour décaler le vraquier des récifs qui le retiennent prisonnier depuis la nuit du 5 août dernier. « Le remplacement du N’Dongeni, qui regagne son port d’attache au Mozambique, par le Coral Sea Flos fait que nous allons disposer de deux Pullers de capacité pour le renflouage du MV Angel 1 », confirme-t-on, dans les milieux proches de la cellule de crise.
En marge des prochaines opérations majeures, les quatre spécialistes de plongée, de nationalité américaine, ont déjà effectué un Bathymetrical Seabed Assessment de l’endroit où se trouve le bateau en vue de déterminer la direction où il doit être tiré par les deux Salvage Tugs. En sus de ces Diving Surveys, les plongeurs professionnels ont également récupéré l’ancre du MV Angel 1 sur le lit de la mer au large de Poudre d’Or. Des essais de pompage d’eau du bateau sont en cours depuis plusieurs jours déjà.
A la mi-novembre, le Refloatoing Plan prévoit de tirer le MV Angel 1 à environ trois milles nautiques de la côte Nord-Est de Maurice en vue d’effectuer des Emergency Patchings à la coque. Ces travaux devront durer un maximum de trois jours à la suite de quoi, le MV Angel 1 sera remorqué vers l’Ouest, soit à dix milles nautiques de la côte. Le bateau naufragé ne sera pas admis dans l’enceinte portuaire pour l’instant, confirment des sources autorisées à la Mauritius Ports Authority.
Le MV Angel 1 devrait rester au large pendant deux à trois semaines pour d’importants travaux de réparation à la coque avant de pouvoir continuer sa route. Aussitôt le cargo dégagé des récifs de Poudre d’Or, le gouvernement prévoit d’effectuer un survey détaillé des dégâts causés à l’environnement par ce quasi-naufrage.
« Sur la base de ce survey, le ministère de la Pêche devra être en mesure de soumettre des réclamations aux armateurs du bateau pour les dégâts à l’environnement et pour récupérer les coûts en vue de faire regénérer les coraux à cet endroit. Il ne fait aucun doute que la présence d’un navire avec 32 000 tonnes de riz sur les récifs pendant trois mois aura des conséquences sur l’environnement. Des plongées effectuées jusqu’ici confirment des effets néfastes à l’environnement marin, phénomène, qui doit être évalué par des experts en la matière », fait-on comprendre après des premières heures de grandes angoisses par rapport à un Oil Spill.
« La MV Angel 1 Salvage Operation constitue une grande première pour Maurice. Dans le passé, nous n’avons pas eu à faire face à un tel accident en mer. Les spécialistes venus de l’étranger, à la demande des armateurs, se félicitent de la collaboration, dont ils ont pu bénéficier, que ce soit venant du secteur public que de privé », laisse-t-on entendre dans les milieux officiels. Pas moins 335 fonctionnaires de différents départements et 150 employés du secteur privé, venant d’entités aussi diverses que le Chantier Naval de l’Océan Indien (CNOI), SOMAT, la Compagnie d’Exploitations Agricole et Industrielle, de la SGS, ou encore de la Soap and Allied Industries Limited, ont été mis à contribution au cours de ces trois derniers mois.