Seize semaines après s’être drossé sur les récifs de Poudre d’Or, le MV Angel 1, qui transportait une cargaison de 32 000 tonnes de riz à destination de Côte d’Ivoire, pourrait être sabordé au fond de l’océan loin de la côte est de Maurice. Depuis hier matin, cette option est entretenue par le Salvage Master, supervisant depuis le mois d’août les manoeuvres en vue de désenclaver le navire. En début de soirée hier, Week-End a appris de sources bien informées que le vraquier, qui se trouvait alors à 55 kilomètres au sud-est de Pointe d’Esny, pourrait sombrer par au moins 3 000 m de profondeur dans la nuit d’hier à ce matin. La confirmation du sabordage de ce cargo, battant pavillon panaméen, se résume au fait que tous les spécialistes du renflouage, y compris le Salvage Master, ont déjà évacué depuis hier après-midi le bateau, qui continuait de faire eau.
Pour les spécialistes de ces opérations, l’envergure des fissures relevées sur la coque du MV Angel 1 au niveau des cales N°s 3 et 4 était telle que les pompes installées à bord pour évacuer l’eau n’allaient tenir qu’un maximum de 48 heures. Le fait inéluctable était le que le cargo allait continuer à faire eau jusqu’au naufrage en pleine mer. D’ailleurs, dès hier matin, le nombre de membres de la Salvage Team affectée à bord du MV Angel 1 pour des opérations,  avait été réduit au strict minimum, soit cinq, incluant le Salvage Master.
Leur ultime mission était de procéder à des relevés du niveau d’eau dans la salle des machines du MV Angel 1 et de s’assurer de la solidité de la Towing Line reliée au remorqueur Coral Sea Flos pour la fin du voyage. Toutes ces manoeuvres étaient suivies de près par le commandement de la National Coast Guard effectuant des Surveillance Flights à bord des hélicoptères. Avec la confirmation que la capacité d’évacuation d’eau des pompes installées était submergée par le volume d’eau de mer s’infiltrant à l’intérieur du bateau par les voies d’eau, il était devenu évident que la Salvage Operation était devenue obsolète et que, tôt ou tard, le bateau allait se retrouver au fond de l’océan.
Préoccupation majeure
Plus de Rs 300 millions, soit les coûts préliminaires de cette opération de renflouage – avec des risques que la facture soit encore plus salée – à l’eau ? Pas nécessairement, rétorque-t-on du côté de la cellule de crise mise sur pied depuis août dernier, sous la tutelle du ministère de l’Infrastructure publique. « Avec le naufrage du MV Angel 1 sur les récifs de Poudre d’Or, la préoccupation majeure des autorités était d’éviter une catastrophe écologique à 2,7 milles nautiques au nord-est. Cet objectif a été atteint avec le retrait du cargo des lieux du naufrage depuis vendredi matin. Les résultats sont tangibles et concrets », souligne-t-on du côté de l’Hôtel du gouvernement.
Après quatre mois de travail assidu sur le MV Angel 1 dans des conditions difficiles et un suspense à couper le souffle, le bateau a été désenclavé des récifs de Poudre d’Or à 11 h 30, vendredi. Cette remise à flots était une lueur d’espoir pour les membres de la Five Oceans Salvage, compagnie spécialisée approchée par les armateurs.
La première étape post-remise à flots était de remorquer le cargo à environ six milles nautiques au large de Poudre d’Or pour un premier constat général des dégâts. Les relevés effectués vendredi et samedi par les plongeurs professionnels étaient des plus accablants : plusieurs fissures d’envergure devaient être constatées sur la coque, notamment au niveau des cales N°s 3 et 4. La possibilité de patchings d’urgence (colmatage) fut abandonnée.
Devant ce premier rapport détaillé sur l’état des dégâts, la cellule de crise devait entériner la décision que le MV Angel 1 devait être à tout prix maintenu dans des zones d’une profondeur moyenne d’eau de 3 000 à 4 000 mètres, ou encore être remorqué le plus loin de la côte de Maurice pour éviter toute nouvelle catastrophe écologique. L’étape subséquente du Salvage Plan, qui était de remorquer le cargo à au moins dix milles nautiques de la côte ouest pour des réparations, était littéralement abandonnée.
Le courant dans cette région aidant, le vraquier, qui était remorqué uniquement par le Coral Sea Flos, devait mettre le cap vers le sud en longeant la côte est. Le Mahawunara, venant du Sri Lanka, et un autre remorqueur de la Mauritius Ports Authority (MPA) se trouvaient sur les lieux et se tenaient prêts à intervenir sur tout le trajet. Peu avant 16h, la flottille de bateaux accompagnant le MV Angel 1 se pointait à une vingtaine de milles nautiques et, vers 18 h 30, elle était à environ 55 km au sud-est de Pointe d’Esny.
Les prévisions effectuées confirment que si le MV Angel 1 allait sombrer dans la nuit d’hier, le bateau, avec quelque 20 000 tonnes de riz dans ses cales et des restes de fioul dans ses réservoirs, devait reposer par au moins 4 000 m de profondeur. Ce qui s’est passé à 20h10, hier. Des spécialistes affirment qu’avec les South East Trade Winds, il y a des risques que ce qui reste de la cargaison de fioul du navire puisse polluer nos côtes.
« Nous avons pris toutes les précautions possibles pour éviter une grave catastrophe écologique. La décision d’éloigner le navire naufragé des côtes de Maurice s’inscrit dans cette même logique. Les membres d’équipage des remorqueurs déployés sur zone ont pour mission de récupérer tous les débris qui pourraient remonter à la surface quand le MV Angel 1 sombrera. Nous suivons la situation de près et prendrons les mesures qui s’imposent à la lumière des développements à venir », répondait-on, hier soir, aux interrogations de Week-End.
Entre-temps, la Maritime Enquiry sur le naufrage du MV Angel 1, avec pour Lead Investigator le capitaine Coopen et le capitaine Noël comme assesseur, devra boucler son enquête sans avoir eu l’occasion de procéder à des vérifications des faits avec une visite sur le bateau. Ils n’ont pu effectuer d’examens physiques de la salle des machines, qui était restée inondée depuis le 5 août quand, suite à une panne de moteur par mauvais temps, le bateau s’est retrouvé sur les récifs de Poudre d’Or.
« A Maritime Enquiry does not apportion blame. Elle a pour objectif d’établir les circonstances d’un naufrage et de soumettre des recommandations pour éviter des répétitions à l’avenir. Les attributions de toute Maritime Enquiry sont définies sous la clause 10 du Merchant Shipping Act », fait-on comprendre. À ce stade, les capitaines Coopen et Noël ont déjà procédé à l’audition du capitaine du MV Angel 1 et des autres membres d’équipage sur les circonstances de ce naufrage.
Avec les développements attendus dans la nuit d’hier à ce matin, la Maritime Enquiry devra être bouclée au cours de la semaine prochaine et les conclusions soumises aux autorités compétentes. Le capitaine du MV Angel 1 et ses plus proches collaborateurs, qui ont séjourné à Maurice jusqu’ici, pourront également regagner leur pays avec la disparition au fond de l’océan de ce cargo, vieux de 25 ans, mais qui coûte, neuf, en moyenne 45 millions de dollars (plus de Rs 1 milliard).