La Mauritian Wildlife Foundation a lancé pour la Journée mondiale de l’Environnement une campagne de sensibilisation sur les animaux introduits et qui causent des dégâts à Maurice. Le plus souvent amenés par le commerce, ils sont de plus en plus présents dans la nature et menacent nos espèces endémiques de différentes manières, y compris celles qui ont été sauvées de l’extinction grâce aux efforts continus des responsables de la conservation.
Nuisances pour l’agriculture, maladies virulentes, menace pour la santé humaine, envahisseurs agressifs, menace pour le tourisme et le trafic aérien. La Mauritian Wildlife Foundation (MWF) ne manque pas de qualificatifs pour dénoncer les méfaits de certaines espèces animales introduites. À l’instar de la petite câteau d’Inde, qui s’est, comme le condé, implantée à Maurice depuis plus d’un siècle et qui a décimé les récoltes de maïs, beaucoup d’oiseaux introduits nuisent à l’agriculture. Les cacatoès et perroquets de toutes espèces constituent une menace importante pour les arbres fruitiers tels que les manguiers, les litchis, etc. Beaucoup d’entre eux sont également friands de canne à sucre.
Autre exemple marquant : l’escargot d’eau douce appelé « Giant apple snail », qui dévaste les cressonnières et les plantations d’arouille ou brède songe. Il pourrait aussi menacer les rizières qui commencent à se développer à Maurice, comme il l’a déjà fait en Asie. L’Agricultural Research Extension Unit (AREU) a à nouveau attiré l’attention l’an dernier sur ce gastéropode désigné sous le terme Ampullariidae, qui vit dans les cours d’eau, mares et autres lacs. Introduits il y a quelques années par les aquariophiles pour ses vertus décoratives et parce qu’il nettoie les parois des aquariums, ces gros herbivores peuvent manger cinq fois leur poids par jour. Ils se reproduisent très vite grâce aux amas d’oeufs roses que leurs femelles pondent ici et là.
Maladies virulentes
Les représentants de la MWF ont constaté que les animaux introduits peuvent amener des maladies qui affectent la vie sauvage locale et aussi parfois la santé humaine. Si les animaux importés arrivent avec un certificat médical et subissent des tests de dépistages, beaucoup de maladies ne peuvent être détectées par ces méthodes, et pour beaucoup de virus parmi les plus virulents, les techniques de dépistage n’existent pas.
Le commerce de perroquets a facilité la circulation de virus et maladies dans de nouveaux pays. Une de leurs premières victimes n’est autre que la grosse cateau verte, endémique de Maurice, dont la population a pu être régénérée grâce à des efforts de conservation développés depuis trente ans. Cette perruche est dangereusement affectée par le circo virus, ou la maladie « du bec et des plumes », qui a probablement été introduite par des oiseaux exotiques qui en sont des porteurs sains. Elle tue beaucoup de jeunes cateaux verts chaque année. En étudiant ce virus sur des perroquets en captivité à Maurice, on a découvert qu’une autre souche avait été introduite d’Asie du Sud-Est. Aussi en existe-t-il encore une autre en Afrique-du-Sud d’où l’importation d’oiseaux est à craindre. Ces différentes souches pourraient avoir un effet combiné tout à fait redoutable.
Le pigeon des mares souffre quant à lui de la Trichomoniasis qui est causée par un parasite unicellulaire, qui vit dans la gorge et le bec et se caractérise par des lésions des muqueuses qui bloquent la gorge et la trachée. L’oiseau ne peut plus s’alimenter ni même respirer ! Les oisillons succombent très facilement à cette maladie, tandis que les adultes peuvent la surmonter. Les pigeons ou colombes exotiques, tels que le ramier de Madagascar et la tourterelle du Sénégal établie à l’ouest de Maurice dans les années 90 en sont des vecteurs potentiels. Les représentants de la MWF craignent l’arrivée de nouvelle souches, sachant par exemple que les faisans peuvent aussi porter cette maladie, et que des lâchers ont lieu pour les besoins de la chasse. En Europe et en Amérique du Nord, la Trichomoniasis affecte de nouvelles espèces d’oiseaux, et on a récemment découvert qu’elle tue aussi des Fody de Maurice et qu’elle a infecté des crécerelles.
En ce qui concerne la santé humaine, les tortues d’eau douce et d’autres reptiles sont connus comme source de salmonellose quand ils sont élevés dans de mauvaises conditions sanitaires. Dans d’autres pays, il a été constaté que les Apple snails pouvaient transmettre des parasites aux humains.
Envahisseurs agressifs
Le grand gecko vert de Madagascar ou Madagascar giant day-gecko, un lézard spectaculaire vert clair qui peut mesurer jusqu’à 25 cm, s’est établi à Baie-du-Tombeau, Cascavelle et Floréal au début des années 90 et s’est depuis largement répandu. Introduit par le commerce d’agrément, il a très vite pris la poudre d’escampette dans les jardins et la nature, à tel point que la MWF a fait venir un spécialiste il y a deux ans pour faire le point sur cette question. Nik Cole a alors recommandé d’en cesser l’importation et le commerce car, comme d’autres lézards exotiques, il menace notre biodiversité.
Là où il vit, le grand gecko vert de Madagascar peut éliminer toute une population de geckos endémiques soit en tant que prédateur direct, soit en tant que concurrent pour la nourriture. Il menace très sérieusement nos geckos verts ou lézards bananes qui ont disparu de certaines régions. On le reconnaît aussi à la tâche rouge qui va de l’oeil au nez mais quand on en trouve un, il vaut mieux contacter la MWF. Si vous en avez un chez vous, ne les lâchez surtout pas.
Nos rivières constituent aujourd’hui l’habitat de nombreux animaux exotiques, tels que les tortues de Floride (Red-eared terrapin) qui mangent toutes sortes d’espèces ayant ainsi altéré la chaîne alimentaire et éliminé des espèces indigènes. Les escargots géants cités plus haut ont déréglé l’écosystème aquatique dans les pays où ils ont été introduits et ont chassé les escargots endémiques. Des cacatoès volant librement dans les gorges du parc national de Rivière-Noire concurrencent la grosse cateau verte, qu’ils ont déplacée de son habitat.
Le rat musqué d’Inde constitue quant à lui un nuisible encore plus redoutable que les rats qui infestent tout le pays. Arrivé à Rodrigues en 1997/1998, il a causé l’extinction du cent-pied endémique. Présent à Maurice depuis 150 ans, il est arrivé sur l’île Plate en 2010 où en un an et demi, il a éliminé trois espèces de lézards endémiques : le scinque à queue orange, le scinque de Bojer et le gecko diurne, soit au total environ 500 000 individus. Prédateur de reptiles terrestres non arboricoles, il est aussi insectivore. VikashTatayah nous confie qu’il est quasiment impossible à éradiquer, contrairement aux autres espèces de rats présentes à Maurice. À Agaléga, la mouche jaune et la mouche blanche à spirale se sont développée ces dernières décennies à tel point qu’elles y sont devenues une nuisance.
Les représentants de la MWF ont vu récemment d’autres espèces introduites se développer dans la nature comme le canard Colvert, le canard siffleur à face blanche ou dendrocygne veuf, le dendrocygne fauve ou le caméléon panthère, etc. Il faudrait y ajouter la faune aquatique ainsi que les espèces qui sont en train de s’installer telles que le gecko diurne à poussière d’or (Gold dust day gecko), l’iguane vert, la tortue de Floride ou les faisans de Colchide…