Le premier round des préparatifs prébudgétaires, soit les consultations pour la compensation salariale, a été franchie, jeudi après-midi. Les salariés touchant jusqu’à un maximum de Rs 5 000 par mois bénéficieront de Rs 330, ceux entre Rs 5 001 et Rs 7 000 une compensation représentant 6,6% et ceux dans la fourchette de Rs 7 000 à Rs 30 000 Rs 460. Aucune compensation salariale n’est prévue pour les salariés de plus de Rs 30 000.
Cette compensation salariale, effective à partir du 1er janvier prochain, coûtera au gouvernement la somme de Rs 1,9 milliards alors que le secteur privé aura à trouver Rs 1,6 milliards de plus pour honorer ces obligations. Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, qui a présidé aux consultations avec les partenaires sociaux, s’est félicité du retour des syndicats à la table des négociations au cours de la semaine dernière.
Néanmoins, l’appel à la solidarité du gouvernement et en faveur d’un effort envers ceux qui sont dans le besoin risque de tomber dans l’oreille d’un sourd. La Mauritius Employers Federation (MEF) a fait état de la grogne généralisée dans le secteur privé avec le barème de compensation salariale imposé. Le patronat brandit le spectre des fermetures d’usines et de licenciements économiques. Le secteur des petites et moyennes entreprises est considéré comme le plus vulnérable dans cette conjoncture marquée par la crise économique et la hausse des salaires.
Mais dans les rangs des syndicats, des réactions divergentes sont exprimées. Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo, au nom de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP), qui avait boycotté les négociations, crient victoire. « C’est une grande victoire pour la CTSP, parce que cette année ceux au bas de l’échelle bénéficieront d’une compensation additionnelle. Mais ce n’est pas suffisant. Même avec Rs 3 300 par mois, l’on ne peut vivre décemment. Nous constatons également que la Full Compensation de 6,6% est applicable sur des salaires de Rs 7 000 par mois, alors que Rama Sithanen avait ramené ce salaire minimal de Rs 4 500 à Rs 2 700 », disent-ils. « Zordi si dan enn famiy 2 dimoune travay kapav ena ene rentré de Rs 660 minimum ki pou permet zot mange à zot faim ek éponge augmentation lor prix manze ki Rs 433 de janvier à août 2011, dapré price survey ki CTSP faire », ajoutent Reeaz Chutto et Jane Ragoo.
De leur côté, les animateurs de CSG-Solidarité, confédération syndicale boycottant les tripartites, soutiennent que la compensation salariale représente un appauvrissement des salariés. « L’application de la Full Compensation au seuil de Rs 7 000 par mois ne constitue pas grand-chose. La grosse majorité des salariés du secteur privé a enregistré une nouvelle érosion du pouvoir d’achat. Les salaires dans presque tous les secteurs économiques ont régressé. Un salarié du privé touchant Rs 6 500, en 2005, avait perdu Rs 1 213 avant la compensation Duval. La perte du pouvoir d’achat avec la compensation salariale 2012 est maintenant de Rs 1 378 », affirment Atma Shanto, Ashok Subron et Enrico Permal, chiffres à l’appui. CSG-Solidarité poursuit sa campagne pour réclamer un salaire minimal de Rs 12 000 et en faveur d’une indexation automatique des salaires de base au coût de la vie.
Pour sa part, Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats Secteur Public (FSSP), est arrivé à la conclusion que les fonctionnaires et employés des corps para-étatiques sont davantage pénalisés par la formule de compensation salariale entérinée. Dans son analyse des statistiques des salaires dans le secteur public, il note que la moyenne de compensation salariale ne variera qu’entre 1,92% et 3,11%. « It is a fact that a very insignificant number of employees in the Civil Service draw a salary of up to Rs 7 000. The average monthly salary for General Government is Rs 14 810. The average monthly salary for the Civil Service on the other hand is about Rs 24 000. In view of the official statistics, an employee of the Civil Service drawing the average income of Rs 24 000 will benefit from an increase of only 1,92% which is well below the 6,6% full compensation », souligne Rashid Imrith dans une correspondance réclamant une séance de travail avec le Grand Argentier sur les salaires.
Peu importe les divergences quant à l’appréciation du taux de la compensation salariale, le monde syndical fait preuve de consensus et d’unanimité sur deux points, à savoir la nécessité de revoir le taux de compensation salariale applicable à Rodriguies et la vigilance face à des augmentations de prix après la présentation du prochain budget. « Si les autorités avaient mis en place un mécanisme pour éliminer l’absorption de la compensation salariale par les mesures budgétaires, à ce moment, nous aurions pu dire qu’il y a eu progrès. Si les autorités avaient reconnu le principe que le coût de la vie était plus élevé à Rodrigues, nécessitant une compensation salariale plus élevée, nous aurions pu dire qu’il y a davantage de justice sociale », avance CSG-Solidarité, qui compte revenir à la charge sur ces questions.
« Notre mobilisation doit se poursuivre afin que les mesures budgétaires et fiscales ne viennent pas éliminer d’un coup la compensation salariale comme ce fut le cas l’année dernière. Le danger est bien réel. Il y a le risque que les gains obtenus par les salariés soient annulés par un budget pro-capitaliste. Nous devrons être vigilants », mettent en garde Jane Ragoo et Reeaz Chuttoo.