Une petite cérémonie a réuni la semaine dernière au centre Ledikasyon Pu Travayer à Grande-Rivière-Nord-Ouest les fondateurs de la Revi Lalit et une poignée d’irréductibles militants de gauche pour marquer le lancement du 100e numéro de cet organe de presse du parti Lalit. L’avocat Jean-Claude Bibi, qui était parmi ceux ayant écrit dans le tout premier numéro de cette revue en novembre 1976, a élaboré sur les enjeux d’un tel journal pour un parti de gauche, tandis que Lindsey Collen en a retracé l’historique.
« “Revi Lalit” se enn piblikasyon revolisyoner ! » a d’emblée lancé Jean-Claude Bibi à une trentaine de personnes, dont la plupart étaient associées au lancement du premier numéro de cette revue du parti Lalit il y a 36 ans. « Ce journal a été créé pour que les militants de gauche puissent faire entendre leur voix », ajoute l’avocat. « Dan bann parti politik tradisyonel fer expre pou ki bann partizan pa kapav fer antann zot lavwa ! »
Revi Lalit est « révolutionnaire », selon Jean-Claude Bibi, non seulement parce qu’elle est « la voix des sans voix », mais surtout parce que « tou dimounn, de tou profesyon, de tou nivo ledikasyon ti tultan kapav ekprim zot ladan ». « Même ceux qui ne savaient ni lire ni écrire pouvaient y contribuer car leurs camarades les aider à s’exprimer en écrit », explique-t-il. « Laboureurs, artisans chômeurs… côtoyaient médecins, avocats, entre autres », se félicite l’avocat.
Jean-Claude Bibi poursuit que Revi Lalit est l’unique publication, qui fait état de « la première réalité de la société mauricienne : les conflits de classes ». « Zot ti expoz zot a viktimisasyon, a diskriminasyon et a represyon, me zot ti pe ekrir ek analyse zot mem ek al distribie li zot meme. » « Bann lezot lagazet guet dimoun kuma konsomater pasif linformasyon, tank ki “Revi Lalit”, li so bann lartik li erir, analyze par bann dimounn ki pe viv realite de klass et sa permet so bann lekter ogmant zot kapacite danalyz », s’est-il enthousiasmé.
Faisant pour sa part l’historique de la revue, Lindsey Collen a raconté que le tout premier numéro de Revi Lalit de Kals a paru en novembre 1976, une publication mensuelle du Grup Lalit de Klas (LdK). Cette assemblée d’une soixantaine de distributeurs qui se réunissait chaque mois avait élu un Komite Redaksyon. « La plupart des distributeurs militaient au sein du MMM, en tant que tendance organisée jusqu’en 1982, quand ils décident de prendre leurs distances de ce parti (dont ils accusaient d’avoir trahi la lutte contre le communalisme et d’avoir abandonné le combat contre le capitalisme) pour fonder Lalit », poursuit Lindsey Collen. « Grup kamarad ki ti lans Revi la ti swazir pu ekrir an Kreol parski zot ti ule ki so konteni aksesib a tu dimounn Moris, sirtu dans klas travayer », ajoute-t-elle.
Revi Lalit de Kals, poursuit l’intervenante, contenait des articles sur toutes sortes de sujets : le développement, les élections, l’émancipation de la femme, l’idéologie, la lutte anti-impérialiste, les coopératives, l’éducation, l’économie politique, l’état, l’histoire de Maurice, les syndicats, entre autres. « So distribisyon, ant 1 000 et 2 000 kopi par mwa, ti fer par dimunn ki ti pe ekrir lartik, e osi militan ek aktivis otur grup LdK ».
Cette revue, qui circulaient surtout, parmi les travailleurs, les syndicats et les mouvements féminines, était vendue de façon presque clandestine, étant donné qu’elle n’était pas enregistrée, raconte Lindsey Collen. Les articles étaient signés d’un pseudonyme. Ram Seegobin, Jean-Claude Bibi, Ragini Kistnasamy, Paul Duval, Kolet Marcelin, Vijay Ram, Nalini Burn, Naresh Servansing et, un peu plus tard, Rada Gungaloo, Venou Sanassy, Claude Chiffone, Vijay Sukhoo, Pulo Khaytoo, Basdeo Chundee, entre autres, étaient parmi les premiers à y contribuer.
Entre août 1982 et mai 1988 la Revi Lalit de Kals n’a pas paru. Le parti Lalit a décidé de faire sortir à la place un journal (Lagazet Lalit de klas) de huit pages en kreol. Au début, chaque quinzaine et plus tard chaque semaine. « Nou ti anvi ki lamas dimunn truv nou pe vann nou lagazet en piblik pou rann nou parti plis visib », explique Lindsey Collen. Il y aura ainsi 111 numéros de ce journal, entre août 1981 à septembre 1987.
À partir de 1988, Revi Lalit réapparaîtra de nouveau, mais cette fois-ci en offset et imprimé par Ledikasyon Pu Travayer (LPT). 34 numéros sortira chaque mois jusqu’en décembre 1992. Entre août 1998 et avril 2002, Lalit lancera une publication News & Views, contenant davantage d’articles en anglais. Parmi des numéros spéciaux sur, entre autres, les émeutes de février 1999, et contre le Public Security Bill.
Lalit dispose de son propre site Internet à partir de 2002. « Le site reçoit aujourd’hui quelque 1 000 visites par jour ! » répond Lindsey Collen à une question de l’assistance. Revi Lalit renaît de ses cendres en avril 2010 dans le cadre de la campagne électorale. Le premier numéro contient le programme électoral de Lalit et des cinq précédentes années du parti. Elle sort chaque deux mois. « Ena 7 nimero Revi dan sa nuvo seri la ki fini sorti, nimero 94-100 », raconte-t-elle.
La petite cérémonie, présidée par Jean-Yves Dick, a pris fin avec une collation.