Après ses études secondaires, Nadine Ramsamy met le cap sur l’Inde pour se perfectionner en Bharata natyam pendant quatre ans. Danseuse et chorégraphe, elle a fusionné la philosophie de cette danse traditionnelle avec les enseignements apportés par son métissage.
Attachées à ses chevilles, les clochettes de ses ghungroos tintent à chacun de ses pas. Quand elle danse, ce n’est pas de manière fortuite qu’elle les fait résonner. Les tintements des grelots en bronze dictent le rythme, tout en dessinant l’ambiance du moment et l’émotion illustrée par la mise en scène, souligne Nadine Ramsamy. Chaque spectacle de bharata natyam raconte une histoire. Qui s’inspire des dieux, des hommes, d’amour, de tristesse, de joie. De la vie. Pour l’illustrer, la maîtrise des préceptes et de la technique de la danse est essentielle. Pour faire vivre le conte, “une bonne danseuse doit pouvoir incarner le personnage qu’elle interprète et être en mesure de faire comprendre ses émotions au cours du spectacle”.
C’est tout le corps qui raconte : le regard, les yeux, l’expression du visage, le mouvement des cheveux, l’ondulation des mains, des hanches, des pieds. Représenter tour à tour joie, tristesse, douceur, vigueur, nonchalance, engagement, “demande une grande maîtrise de soi. C’est ce qui détermine la qualité de la prestation du danseur”.
Nadine Ramsamy a appris à accorder de l’importance aux détails les plus infimes pour entraîner le spectateur dans l’univers de ses personnages. Une règle scrupuleusement observée sur scène et inculquée à la centaine d’élèves à qui elle enseigne la danse. Vingt ans de pratique assidue : le bharata natyam a forgé sa personnalité et a construit sa réputation.
Costumes.
Les cinq pièces ont peut-être été un peu compliquées à revêtir; le maquillage, la coiffure, les bijoux ont probablement exigé de la patience. Mais cela en valait bien la peine. Le costume jaune aux rebords mauves ornés de motifs dorés qu’elle a choisi cet après-midi lui sied comme une deuxième peau. Lorsqu’il s’agit de bharata natyam, Nadine Ramsamy est dans son élément. Quand elle commence à en parler ou à danser, rien ne peut freiner son enthousiasme.
Un peu plus loin, les cloches de l’église de la Visitation résonnent. Engagée dans les activités de la paroisse vacoassienne, elle y est attendue. Autant se hâter un peu.
Métissage.
Il lui a fallu un peu de temps. Mais au fil des années, elle a appris à s’assumer pleinement, sans s’inquiéter d’être perçue comme ambiguë. Avec un père tamoul et une mère créole, sa “différence” lui a souvent été soulignée, quelquefois même par les groupes d’amis qu’elle fréquentait à l’adolescence. “Parfois, ça a été un peu difficile.” Mais l’ouverture d’esprit de ses parents l’a encouragée à ne rien renier. Elle a fait de son métissage une occasion de s’enrichir de deux cultures pour mieux se positionner “en tant que Mauricienne”. Elle fait chanter les ghungroos, bat la mesure sur le nattuvangam et joue de la ravanne. Au temple comme à l’église, elle prie avec la même foi et se laisse guider par les valeurs spirituelles universelles.
Règles de vie.
Une des plus vieilles danses de l’Inde, le bharata natyam est aussi une manière de vivre, gérée par des règles précises. “Si une personne veut s’y adonner pleinement, elle devra adapter son comportement, son attitude, sa manière de parler, son poids, sa taille aux règles établies. Pour que l’enseignement du bharata natyam soit complet, il est important de retransmettre ces préceptes aux élèves.”
Dans les cours qu’elle anime chaque samedi dans un centre situé à côté de l’église de la Visitation, on ne discute pas uniquement de danse. Pour celle qui est engagée dans le travail social, l’enseignement du bharata natyam est également l’occasion de partager ces valeurs qui procurent d’autres attraits à la vie.
À partir de février, Nadine et ses élèves iront une nouvelle fois dans des hospices et d’autres centres spécialisés pour partager un moment avec ceux qui y vivent. “Nous n’y allons pas exclusivement pour un spectacle. Pendant quelques jours, mes élèves prennent part à la vie de l’hospice et se mettent au service du personnel et des pensionnaires.”
Langage des signes.
Nadine Ramsamy n’a jamais vraiment cru dans les restrictions et les barrières. Elle s’est toujours démenée à les faire tomber. Approchée pour enseigner la danse à des enfants sourds-muets, elle s’est initiée au langage des signes afin de ne pas mettre des candidats à l’écart. L’enrichissement pour l’école est allé au-delà de ce qui était attendu. En effet, en bharata natyam, des gestes particuliers désignent des personnes, des objets ou autres. “Pour ma part, j’ai fini par remplacer ces gestes par des mouvements de la main puisés du langage des signes.”
Cette technique nouvelle a convaincu les connaisseurs qui ont vu évoluer Nadine Ramsamy et ses élèves sur scène. En mars, une spécialiste viendra compléter la formation des autres élèves, qui recevront un certificat pour attester officiellement de leur maîtrise du langage des signes.
Traditions.
Nadine Ramsamy a réadapté ses chorégraphies selon les besoins de ses élèves. Mais elle croit en la “pureté” du bharata natyam, “l’une des disciplines qui conserve les traditions tamoules telles qu’elles étaient pratiquées à l’époque”.
C’est également pour cela qu’elle consacre les samedis à ses classes de danse. Elle y anime des sessions pour des élèves qui sont répartis en trois groupes, celui de l’après-midi étant destiné aux adultes. Les portes restent ouvertes à tous, plus particulièrement aux passionnés. “Le bharata natyam est une danse qui requiert de l’endurance et qui réunit différentes approches.” Les chorégraphies sont souvent décidées en concertation avec les élèves. Elle les encourage à parler de leur vécu et de leur vie par le truchement de la danse.
Danser.
Sur la photo agrandie qu’elle nous présente, nous découvrons trois fillettes dans un numéro de danse. Nadine Ramsamy avait alors trois ans. Ce jour-là, elle était montée sur scène pour remplacer une petite danseuse qui s’était désistée à la dernière minute. Comme la petite Nadine avait assisté aux répétitions conduites par sa mère, elle avait été appelée pour dépanner les organisateurs. Depuis ce jour, elle ne s’est jamais éloignée de la scène.
En sus du bharata natyam, qu’elle pratique depuis qu’elle a sept ans, elle s’est aussi intéressée au kathak, à la danse moderne indienne, entre autres. Après ses études secondaires, elle a mis le cap sur Chennai. Elle est rentrée, après quatre ans, avec un diplôme en anglais et un autre en bharata natyam. “J’y suis allée pour apprendre la danse. Mais j’ai aussi décidé de faire des études en anglais afin de me garantir un avenir professionnel.” Enseignante d’anglais au collège Patten, elle prépare une maîtrise en danse et en éducation et gestion.
Nadine Ramsamy a dansé lors de plusieurs cérémonies religieuses et culturelles. Elle a aussi donné des spectacles dans presque tous les grands hôtels du pays. Des représentations qui ne l’ont pas épuisée : “Je tire un grand plaisir de la danse. J’aime la joie qui se lit sur le visage des spectateurs. Tout cela constitue mon monde à moi.”