Le rapport du National Economic & Social Council concernant l’indiscipline et la violence en milieu scolaire, présenté durant la semaine écoulée, confirme les inquiétudes réelles et profondes dans les écoles. Pas de révélations fracassantes, mais une analyse objective de la situation en osant dire certaines vérités au ministère de l’Éducation et aux stakeholders. Le NESC prévient que les stratégies de prévention et les mesures disciplinaires recommandées dans le rapport ne suffisent pas et pointe du doigt le système éducatif primaire, qui met la pression sur les enfants. C’est ainsi que le NESC insiste sur l’urgence de réformer le système. Des copies du rapport seront distribuées aux écoles, aux parlementaires ainsi qu’aux partenaires sociaux.
Devant la fréquence des cas d’indiscipline et de violences scolaires mentionnés dans les médias et leur gravité, ainsi que les nombreux cas rapportés à la police, le NESC a décidé de faire une analyse en profondeur du problème et a confié cette mission à sa Commission Affaires Sociales et Développement des Ressources Humaines. « To examine the different forms of violence and indiscipline which exist in and outside schools in Mauritius and Rodrigues ; To highlight the gravity of the problem, its causes and effects, its evolution and remedial actions. » Telle était l’attribution de cette commission. Pour la collecte de données, le NESC a eu des discussions avec les stakeholders de l’Éducation nationale ainsi qu’avec des organismes en relation avec les enfants et les jeunes, tels l’Ombudsperson for children, la brigade des mineurs, SOS Village et le National Children Council. Le NESC a aussi puisé abondamment des informations dans les archives des journaux et dans les statistiques de la police.
Le NESC livre ses conclusions en cette fin d’année et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ne sont guère réjouissantes. « Consultations made during the course of the preparation of the report have revealed that the situation with regards to indiscipline and violence at schools warrants serious consideration and if left unaddressed, the situation is likely to worsen », dit le rapport. Le nombre de cas répercutés dans les médias serait complètement en dessous de la réalité : « Only a few incidents involving violent behaviour or indiscipline at schools find their way in the media. Stakeholders consulted during the preparation of the report are hardly reassuring. They state that the issue is a real cause of concern. Incidents are of varying degrees but more importantly many cases are not formally reported. Indiscipline and violence at schools, if not properly and adequately addressed in their initial stages, may reach a point that then requires more serious action. » La situation n’est guère rassurante. Lors de la présentation du rapport, il y a quelques jours, Radakrishna Sadien, président du comité exécutif du NAEC, a eu raison de dire que « le problème est sérieux » et qu’il s’agit d’une « affaire nationale ». Et d’ajouter : « L’école seule ne peut arriver au bout du problème. Il est temps que tout le monde apporte sa contribution. »
Le NAESC s’est attardé sur le rôle de chacun des partenaires de la communauté scolaire et met en lumière dans le rapport les tristes réalités. Voici un petit échantillon des observations des rédacteurs du rapport méritant d’être relevées : absence de qualité de leadership chez certains chefs d’établissements résultant dans l’incapacité de gérer correctement l’école et encore moins les cas d’indisciplines; procédures administratives trop figées et manque d’initiatives; refus de certains éducateurs à collaborer avec le « Head of school »; importance accrue aux droits des enfants au détriment de leurs devoirs et de leurs responsabilités vis-à-vis de la communauté scolaire; absence cruelle d’éducation civique et d’éducation aux valeurs humaines dans le curriculum; programme de formation des éducateurs comme proposé par Mauritius Institute of Education en déphasage total avec les réalités de l’école; absence de participation des élèves aux discussions pour la bonne marche de l’école et inactivité totale de nombreux Students Councils; désintéressement des parents à la vie scolaire…
Mais le point saillant de ce rapport a trait au système éducatif primaire (voir encadré), vertement décrié par plusieurs stakeholders, qui ont souligné la pression exercée sur les enfants et la compétition inhérente. Les stakeholders ont démontré comment le système en vigueur, qui privilégie le coté académique, freine le développement intégral de l’enfant et son épanouissement, tout en tendant aussi à favoriser l’indiscipline et la violence scolaire. Selon le NESC, les stakeholders ont avancé des « arguments solides » pour réclamer un changement du système éducatif actuel, de sorte que les générations futures évoluent dans un cadre scolaire différent et soient épargnés du stress du CPE. « The Council, having given some thought to this issue, recommends that the present educational system at the pre-primary and primary levels is in urgent need of profound changes. A revision of the direction and substance of the educational system should also better equip future generations of students in their socialising behaviour in society ». Le NESC rejoint ainsi tous ceux qui, depuis de nombreuses années, appellent à la réforme du système éducatif.
« Nous avons osé poser un regard sur le problème et nous disons qu’il faut une refonte du système éducatif. Mais ce changement ne doit pas être superficiel. Cela nécessite aussi qu’on touche au système du CPE. L’éducation englobe l’alphabétisation, la formation, la sensibilisation et l’instruction. Même si l’éducation est la solution à l’indiscipline, force est de constater que l’école n’est pas toujours appropriée pour porter la mission de l’éducation. Au lieu qu’il y ait émulation des enfants, on assiste à une compétition qui fait beaucoup de dégâts et qui laisse des séquelles. Si le système n’est pas transformé, même la plus belle des campagnes de prévention ne pourra avoir l’impact voulu », dit avec force le président de la Commission Affaires Sociales et Développement des Ressources Humaines du NESC. Ce franc-parler de Jonathan Ravat risque de ne pas plaire au ministère de l’Éducation à quelques jours de la proclamation des résultats du CPE.
Mais d’autres recommandations risquent de déranger les autorités et certains stakeholders de l’Éducation nationale. Le NESC appelle ainsi à une redéfinition des rapports entre les directeurs des établissements et les autres partenaires de l’école. Selon le NESC, il est temps de considérer le rôle du responsable d’établissement comme un « leader » au sein d’une équipe, allant tous et ensemble dans la même direction, au lieu de le percevoir comme un « manager » gérant seul son école. « Si nous ne réinventons pas le rôle entre les leaders et la communauté scolaire, nous allons rater le coche », craint J. Ravat.
Tout en reconnaissant que les droits des élèves sont inviolables, il est de plus urgent, recommande le NESC, de sensibiliser les jeunes à la notion de responsabilités et à celle du sens du devoir. Il est important, estiment les rédacteurs du rapport, d’avoir une « right balance » entre droits et responsabilités, tout comme il est aussi important d’apprendre aux jeunes à respecter la loi et à se conformer aux valeurs intrinsèques et universelles. « Students should thus be trained to be law-abiding, to espouse the principles of justice, comprehension, tolerance and forgiveness. » Le NESC insiste sur l’inclusion de l’éducation civique et celle des valeurs morales à l’emploi du temps au primaire et au secondaire d’une manière structurée.
Le NESC appelle aussi la communauté scolaire à donner une nouvelle dynamique aux Students Councils restés trop longtemps inactifs. Le NESC est convaincu que les élèves peuvent apporter une contribution non négligeable dans l’élaboration d’une stratégie pour combattre l’indiscipline et la violence, mais que « unfortunately, they are being tragically ignored for this ». Le NESC souhaite que les Students Councils soient encouragés à participer activement aux affaires de l’école.
Le NESC prévoit également la distribution de 500 exemplaires de ce document, d’abord aux écoles et, ensuite, aux partenaires sociaux oeuvrant auprès des jeunes. A signaler que ce rapport peut aussi être consulté sur le site www.nesc.mu. « Le NESC propose quelques solutions à un problème qui devient inquiétant, mais ne prétend pas détenir toutes les réponses. Le NESC souhaite que ce rapport soit un outil pour poursuivre la réflexion », explique Jonathan Ravat.