Le cinéma d’Anthony Hickling, réalisateur anglais, né en Afrique du Sud (quatre longs métrages et plusieurs courts) s’ouvre sur un triptyque « autobiographique », Little Gay Boy, Where horses got to die & Frig, Avant d’aborder le rôle social du cinéma, selon la perspective du cinéaste de 42 ans, « to provoke, and challenge », et d’évoquer son énergie queer, un mouvement qui fascine autant qu’il dérange. Sur fond de poésie écrite, traitée par la voix humaine, les films d’Anthony Hickling montre trois moments charnières dans la vie de ses personnages : la création ou l’annonciation, la sexualité, le parcours de libération. Des œuvres vibrantes et personnelles, sombres et envoûtantes, nourries de violence, de rêveries fantasmagoriques, de la mémoire, nommées dans plusieurs Festivals. C’est le rapport de l’être humain à la communication, dans toute sa complexité et ses variantes, que traite le cinéaste. Un nouveau projet (l’adaptation d’une pièce en anglais de Joe Orton) avec l’actrice Dominique Frot viendra compléter la filmographie de l’auteur et annonce une autre manière de faire du cinéma (une narration plus conventionnelle dans la forme), mais lié à l’art dramatique auquel l’auteur a été formé et a toujours eu recours. Anthony Hickling se livre à Week-End avant de mettre le cap sur le Mexique pour montrer, pour présenter sa filmographie à Cine Morelos.

C’est autour d’une mythologie individuelle que se fait ce réinvestissement du récit de soi au cinéma. Anthony Hickling a commencé à mettre en œuvre sa propre vie à travers des réalisations qui gravitent autour de cette notion (my starting point for creating). C’est une parole et des images hantées par la violence, torturées, déchirées, avec des poussées poétiques d’un nouveau genre. L’écriture cinématographique perd son caractère convenable.

L’imaginaire, chez Hickling, veut questionner le monde dans un retournement : « I think in order to understand my work as a film director one has to take into account my past, as my cinematographic language is largely influenced by this journey. Firstly the autobiographical element to the work, in line with many artists such as Louise Bourgeois or Sophie Calle Not to try and reproduce the past but in order to create something new from that old impulse The work equally incorporates performance art, poetry & painting  » déclare le cineaste.

Cette production picturale en rapport avec le théâtre, la poésie, l’acte de peindre, l’apparition du sacré, est présente dans ses images cultes : Little Gay Boy comprend trois courts-métrages intitulés L’Annonciation, Little Gay Boy Christ is Dead et Holy Thursday. Antony Hickling peint trois portraits : celui de JC, le personnage principal, de la mère et du père. Dans Where horses go to die, un artiste plasticien, Daniel est en quête d’inspiration dans la nuit. Et Frig, (drame expérimental) et dernier volet de la trilogie traite d’un récit personnel avec ce qu’il peut contenir de violence et de provocation sur fond de danse contemporaine, de performance et de poésie.

Une trilogie dont la parentèle se situe du côté de Derek Jarman, Pasolini, à la croisée de genres, définitivement baroque dans son inspiration. Anthony Hickling fait œuvre pour décrire et ordonner le monde, mais aussi pour communiquer avec le public des problèmes du « genre » avec une sincérité absolue : « what I do is based on truth because it’s based on personal stories and personal ideas art should provoke and art should challenge what is important is the art it`s communicating, telling a piece, provoking people into change However attitudes are changing  », dit le cinéaste en entretien.

Anthony Hickling revendique des films transgressifs, noirs, drôles par rapport à ses choix théoriques et esthétiques. Cependant, il éprouve à présent le besoin de passer à une autre forme de narration et s’en remet aux ressorts dramatiques. Est-ce pour sortir d’un « cercle » et atteindre un public vaste ?

Point de vue 

Montrer l’intime pour reconstituer une « fresque »

Dans une approche biographique, Anthony Hickling présente son personnage : naissance, formation, influences cinématographiques, théâtrales. Il se reconnaît dans des signes, s’efforce à être et renaître au monde Son style baroque, lyrique, voire mystique, est obsédé par des figures qui pourraient se prêter aux analyses queer ou freudiennes (l’image-mère, l’absence du père, fantasmé). Sa trilogie (LGB, WHGTD & FRIG) retrace un parcours initiatique et son expression dans la sexualité. Son œuvre peut être lue comme une triple mise en abîme : naissance, souffrance, renaissance. Anthony Hickling nous dit que ses films commencent toujours sur fond de poésie en voix off. Donc, voici un extrait cette poésie dans une perspective de voix-de-l’écrit : « Love I did not know before. What was it ? This. New to me. To give un-selfishly ? Or something else ? You came for me, at the Party. Out of nowhere. It never even crossed my mind In the taxi we found one another Waiting for the taxi we found one another Then the kiss. How very Hollywood. Me being a filmmaker and all. The first foot in the door. Can I come back to yours ? Fumbling sex at best. It’s been a while Then came love. Love. Love. It started with Nina Simone You being in music and all. Love me love me say you do, let me fly away with you  » (Opening to Frig).

Norbert Louis