Elle est ce qu’elle chante : “Mwa mo popiler, mo kontan badine, koze, riye”. Mais Nancy Dérougère est aussi une femme qui a pris de l’assurance au fil des années, qui a su se faire aimer du public et s’imposer dans le monde du séga au point d’en devenir une figure incontournable. Sa sensibilité féminine et de mère fait que ses titres sont accrocheurs, peu importent les sujets qu’elle évoque. Dans quelques jours, Sega ki mo prefere, son nouvel album solo, sera sur le marché.
Après un temps de silence, Nancy Dérougère lance dans quelques jours son huitième album solo, Sega ki mo prefere. Ce nouvel opus sonne comme une affirmation de son choix de faire carrière dans la chanson, en dépit des contraintes du métier. Mais Nancy a failli raccrocher il y a deux ans, en constatant à quel point son CD Delivre dimal avait été piraté. Elle qui considère le piratage comme un acte irrespectueux envers les artistes.
Pour faire plaisir à ses fans et parce qu’elle ne voulait pas interpréter les mêmes titres à chacun de ses concerts, elle a choisi, après la compilation de l’an dernier (Ala séga), de sortir ce huitième album pour se faire plaisir. “Parmi tou lamizik, se sega ki mo pli kontan, se avek sa ki mo gagn mo lavi.” Ce sont aussi les encouragements d’un ami artiste qui l’a incitée à vouloir continuer, “tan ki leker kontign bate”.
Joviale.
Sur la terrasse de sa maison, c’est une Nancy Dérougère joviale qui nous parle de son CD et de son parcours dans la chanson. De chanteuse dans la chorale de la paroisse Coeur Immaculée de Marie, Petite Rivière, à la diva du séga qu’elle est aujourd’hui devenue, elle estime qu’il n’y a pas beaucoup de changements. Mais précise qu’avec le temps, elle s’est bonifiée. Elle a certes gagné en popularité et en maturité, mais n’a rien perdu de sa simplicité. Même si on l’arrête en chemin pour prendre de ses nouvelles, elle n’a pas pour autant la grosse tête. C’est ce qui pourrait expliquer son succès et ses nombreuses sollicitations pour animer des cabarets, des soirées de mariage et sa présence à d’autres occasions.
Feeling.
Toujours proche de son public et de ses fans, la chanteuse est capable de se fondre dans la masse. Mais elle sait aussi garder ses distances et se faire respecter. Avec sa musique, elle a toujours su mettre de l’ambiance et inciter à la fête, qu’on apprécie le séga ou pas. Ses chansons sont souvent évocatrices d’un fait de société, traité avec humour ou le sérieux qu’il mérite. Avec un point commun : ce sont des chansons qui accrochent.
Nancy Dérougère accorde beaucoup d’importance aux textes et elle s’oblige à y mettre tout le feeling voulu lorsqu’elle est sur scène. Elle estime qu’il est important d’être proche de son public et de chanter avec son coeur. Lorsqu’elle fait le ménage ou qu’elle s’adonne à ses autres obligations familiales, Nancy Dérougère aime fredonner ses chansons.
Sakrifis.
Les circonstances de la vie ne lui ont pas permis de faire de grandes études, mais Nancy Dérougère a su trouver dans le séga un moyen de gagner sa vie et d’en faire son métier. C’est pourquoi elle considère le piratage comme étant un acte “ki maltret artis”. À ses yeux, ceux qui s’adonnent à cette pratique n’ont aucun respect pour le métier d’artiste. “Sa fer mwa dimal, kar sa pran nou letan pou fer enn album ek nou bizin investi bokou kas. Nou fer bokou sakrifis, alor ki bann pirat, enn timama nek fer kopi vande.” Elle espère que des sanctions plus sévères seront prises à l’encontre de ceux qui piratent les oeuvres des artistes.
Sa foi ainsi que le soutien de ses proches et de ses fans l’aident à avancer. “Pou enn fam, li pa fasil san soutien ek sipor lafami”, d’autant que ses horaires de travail sont souvent difficiles.
Inspiration.
Au concours Sofe ravanne en 1997, alors qu’elle faisait partie du groupe Revelation Zeness Ti Rivier, Nancy Dérougère obtient le deuxième prix grâce à Misier Olivier. Deux ans plus tard, avec le groupe Zot Sa, elle démontre son potentiel et enchaîne les albums : Amitié, Folman amoureuse, Diva séga, Experians séga, Diaspora kreol (album qui a obtenu le “Coup de coeur” de Scope en 2007 ainsi que le MASA Award, entre autres), Dizan deza leker brize et Delivre nou dimal. Sans compter plusieurs compilations.
La chanteuse a su tracer sa voie. Les tournées à Maurice, en Europe et en Australie ont rythmé son évolution dans cet univers. Nancy Dérougère a aussi d’autres petits plaisirs, comme la lecture et le jogging. Elle prend aussi le temps d’observer ce qui se passe autour d’elle : c’est une source d’inspiration permanente pour ses chansons.
Nancy Dérougère n’a presque pas de regrets. Elle est fière de tout ce qu’elle a pu accomplir jusqu’à présent. Elle aime son métier et elle apprécie ses fans, “ki sinser avek mwa ek ki aste mo bann album orizinal.”
Tout laisse croire qu’elle continuera à faire parler d’elle pour encore de nombreuses années…