Tout est parti de quelques clichés pris à partir d’un téléphone portable et le reste fut un retentissant feuilleton qui a tenu le pays en haleine pendant l’année 2013. Dans l’enceinte du collège Maurice Curé, à la route St-Paul à Vacoas, le 10 décembre 2012, les agents des partis respectifs sont là pour suivre le dépouillement des bulletins de vote le lendemain des municipales. Un agent du MSM, Yogida Sawmynaden, en profite pour prendre en photo avec son téléphone portable celle dont tout le monde parle. Du cliché à l’affaire d’État en passant par une tentative de museler la presse, c’était parti pour être un des scandales de l’année.
C’est Week-Endqui, dès la fin de l’année dernière, dresse un portrait de celle qui n’en finissait pas d’alimenter les conversations de salon et les palabres de varangues de boutiquiers. Il faut dire que les événemnts du 10 décembre avaient provoqué un vif émoi au sein de la population! Qui peut être cette activiste qui se permet de saisir le téléphone portable d’un adversaire avec force menaces «ou koné ki senla mwa ? Mo pou fini zot enn par enn»! La question est sur toutes les lèvres. On découvrira que cette activiste a, en fait, un statut très spécial que lui confère sa proximité avec le principal parti du pouvoir, le PTr, et avec son leader en particulier, Navin Ramgoolam.
L’activiste MSM, Yogida Sawmynaden, subit un calvaire aux mains de la police et un traitement complètement disproportionné par rapport à une simple prise de clichés d’un agent dans l’enceinte d’une cour d’école, là où il n’y avait absolument rien de secret et encore moins d’activité privée. Arrestation, perquisition à son domicile, inculpation provisoire sous l’ICTA Act, les autorités, policières notamment, tirent l’artillerie lourde à son encontre. Une démesure qui suscite davantage les interrogations, les conjectures, les interprétations et les conclusions.
Sauf que lorsque le dossier atterrit sur le bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP) et qu’il le trouve tellement vide et léger qu’il fait annoncer par son représentant au tribunal de Curepipe, le 9 janvier, que les charges provisoires retenues contre l’agent politique du MSM ont été rayées.  
Une police déconfite, une nouvelle fois
Madame Soornack, l’activiste spéciale, avait entre-temps eu vent de la déposition de Pravind Jugnauth, pas celle de Noël 2012 – en ce jeudi 26 décembre, où la police avait été le cueillir à son domicile et qui avait provoqué une manifestation devant les Casernes – , mais celle du jeudi 3 janvier 2013 durant laquelle, invité à donner de plus amples détails sur ses accusations sur un «gouvernement pédophile»qui soutirerait les présumés abuseurs sexuels du MITD et les privilèges dont bénéficieraient des «sirènes»à l’aéroport, le leader du MSM vide complètement son sac et fournit moult détails sur la proximité pour ne pas dire la familiarité qui unit Rishi Chedumbrum, le moniteur du MITD, avec le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, en sus d’être un agent de Sheila Bappoo.
Sur l’aéroport également, Pravind Jugnauth déballe tout et évoque les relations «très particulières» qui unissent Nandanee Soornack et le chef du gouvernement. L’affaire est tellement grosse que le leader du MSM, interrogé, bien entendu, «under warning», peut tranquillement rentrer chez lui, la police une nouvelle fois déconfite après le revers essuyé dans l’affaire Yogida Sawmynaden ne s’étant pas attendue à se retrouver dans la délicate position de l’arroseur arrosé.
C’est manifestement après avoir été«tipped off»sur cet aspect de la déposition de Pravind Jugnauth que Nandanee Soornack saisit, 48 heures après, soit le samedi 5 janvier, la Cour suprême où se trouve par hasard le juge Bushan Domah qui lui accorde un Gagging Order à l’encontre des groupesLa Sentinelleet Le Mauricienleur interdisant de publier tout ce qui se rapporte de loin ou de près à la bonne dame.
Le parallèle Boris        Johnson et le «fitness for high public office»
Alors que le pays avait déjà tout découvert et tout su depuis, dans les moindres détails, de la vie et de la métamorphose d’unesalesgirlde Carreau Laliane devenue une puissante femme d’affaires habitant le quartier huppé de Floréal et à la tête de plusieurs entreprises, dont le snack Airway Coffee de l’aéroport, le café dont le directeur de Airports of Mauritius Ltd, Serge Petit, avait péremptoirement déclaré qu’elle n’avait rien à y faire avant de se raviser et d’admettre sa grossière erreur. Ce qui était un peu fort mais, enfin, les tentatives de cover-upse soldant toujours par de  monumentales bourdes.
Le Gagging Ordera exactement l’effet contraire et, au lieu de faire taire les journaux, suscite encore plus la curiosité et – comme s’ils ne savaient pas que les réseaux sociaux existaient – ils vont faire la dure expérience d’un déballage sur internet, les uns et les autres rivalisant d’anecdotes sur les acteurs de ce feuilleton, sans compter les commentaires croustillants sur cette affaire.
La pression est telle que le juge Domah est amené à se récuser et le juge Eddy Balancy, qui le remplace, prononce un jugement très intéressant le 6 février et conforme à ce qui se pratique dans les démocraties vivantes où la notion de vie privée est très relative lorsque des personnages publics qui ont choisi de l’être se permettent des extravagances. La seule condition que pose le juge, et qui est comprise de tous: que la presse ne parle pas de sa fille mineure âgée de 4 ans.
Les juges de la Haute Cour de Londres vont donner entièrement raison au juge Balancy lorsqu’ils vont statuer en mai 2013 que les médias britanniques étaient dans leur doit et leur devoir d’informer lorsqu’ils ont fait état des relations extra-conjugales du maire de Londres, Boris Johnson et de l’enfant qu’il a eu avec une femme qui n’est pas la sienne, les juges observant que «it was a public interest matter which the electorate was entitled to know when considering his fitness for high public office.»
Déboutée, l’activiste spéciale, rebaptisée«lady in red», tente de se faire oublier: trop tard, puisque c’est non plus seulement elle qui devient l’objet de toutes les curiosités mais toute sa famille, telle ce proche qui voyage sur Air Mauritius et qui est l’objet d’une attention toute particulière de la part du personnel de la compagnie dite nationale ou celui qui va damer le pion à un ministre du Travail et de l’Emploi, Shakeel Mohamed, pourtant réputé pour ne pas garder sa langue dans sa poche autour d’une affaire de parking réservé.
Toujours est-il qu’elle est – avec son partenaire d’affaires, Rakesh Gooljaury, celui qui avait déclaré le vol au bungalow du Premier ministre, le 3 juillet 2011, à Roches Noires – toujours«under scrutiny»et que leurs activités à l’aéroport ou à Ébène sont passées à la loupe.
S’ils héritent ensemble d’un espace conséquent dans la nouvelle aérogare, les remarques déplaisantes et sarcastiques du public sur Madame Soornack vont provoquer un aménagement de l’espace dédié à Airway Coffee. Pour une meilleure protection de la tenancière du lieu tandis que la vente de son bâtiment à Ébène en VEFA à la SICOM pour la coquette somme de Rs 600 millions provoque quelques remous, des accusations de délit d’initié fusant de part et d’autre du fait des relations d’affaires et de politique liant le tandem Gooljaur/Soornack au président de la SICOM, Kushal Lobine.
Moralité de toute cette histoire, si tant est que l’on puisse parler de moralité, c’est comment se faire mieux remarquer en voulant se faire oublier en ciblant la presse.