C’est ce qu’on appelle une success story. Celle qui occupe les devants de l’actualité depuis les incidents du 10 décembre au Collège Dr Maurice Curé autour d’une photo prise sans autorisation avec saisie du portable incriminé, arrestation du preneur d’images n’en finit plus de susciter la curiosité. Cette affaire qui a conduit à la mutation de trois policiers interpelle plus d’un d’autant que le traitement dont elle a bénéficié en tant qu’activiste du PTr a été, pour dire le moins, très spécial. L’histoire de Nandanee Soornack est pourtant fort intéressante puisque le destin de cette modeste Vacoassienne va se métamorphoser de manière assez soudaine et radicale à partir de 2001, année où elle s’engage en politique et qu’elle se donne corps et âme au Parti travailliste. En cette année d’élections régionales, s’il fallait désigner l’activiste 2012, ce serait sans conteste Nandanee Soornack qui remporterait, haut la main, la palme.
Il n’était pas facile de dresser un portrait d’une femme dont certains, jusqu’ici, ne mentionnaient le nom qu’à voix basse et en message codé. Il est devenu encore plus compliqué de cerner la personnalité de Nandanee Soornack depuis ce fameux jour de la proclamation des résultats des municipales à Vacoas et le retentissement que cela a eu à l’Assemblée nationale qui a culminé avec les tracasseries de Pravind Jugnauth avec la police.
Les divers recoupements que Week-End a effectués indiquent que Nandanee Soornack, fille de Habeemanoo Soornack, conducteur de bus de son état et de Mohonee Madhodree, une femme au foyer, est née le 17 août 1969 dans la région de Clairfonds à Phoenix. On ne sait pas grand-chose du reste de la famille qui, jusqu’ici, est toujours restée très discrète.
Après ses études au primaire, c’est le Lycée Mauricien, situé à Phoenix, que fréquente Nandanee qui décide toutefois d’arrêter l’école en Form IV. Restée à la maison, elle se contente d’aider sa mère dans l’exécution des tâches ménagères.
Sur sa rencontre avec Sanjive Oogarah, un habitant de Carreau Laliane, Branch Road, Vacoas, pas beaucoup d’informations si ce n’est qu’ils ont eu quelques occasions de se rencontrer et qu’ils avaient tout de suite sympathisé. Toujours est-il qu’ils décident de convoler assez vite en justes noces même si leurs parents respectifs n’étaient pas très enthousiastes quant à la perspective de cette union.
Mais l’amour, dit-on, n’est-il pas plus grand que les obstacles ? C’est le 17 août 1987, jour de ses 18 ans tapants, que Nandanee Soornack contracte un mariage civil sous le régime de la communauté de biens avec Sanjive Oogarah qui lui, âgé de 22 ans, vient tout juste d’être embauché comme apprenti chauffeur de la Corporation Nationale de Transport (CNT). Comme le huitième mois de l’année est décidément un porte-bonheur pour Nandanee, c’est le 28 août 88, soit exactement un an après son mariage que naît le premier enfant du couple Oogarah, Akshawv.
Son premier job de commerciale
Le jeune couple et son fils mènent une vie tout à fait tranquille à Carreau Laliane même si les relations du gendre avec le beau-père, raconte-t-on, sont parfois un peu compliquées du fait de la propension à l’emportement de Habeemanoo Soornack.
C’est en 1993, toujours en août, le 29 du mois, que naît Jheshna Khevisha, la fille de Nandanee et de Sanjive Oogarah. Jusque-là tout va bien sauf que la mère au foyer commence vraiment à s’ennuyer et qu’elle veut prendre un peu d’air. En 1996, elle décide donc de sonder les possibilités d’embauche dans la région, question de ne pas trop s’éloigner de son foyer et elle tombe sur une offre de Jaulim Plaza.
La direction de cette enseigne qui trouve en elle tout ce qui peut faire une bonne commerciale – accueil agréable, allant, disponibilité-, la recrute presque immédiatement. Cette incursion dans le monde du travail va commencer à transformer Nandanee Oogarah qui ne connaissait, en vérité, pas grand chose de la vie, elle qui s’était mariée si jeune et qui était devenue mère aussitôt. Son expérience au travail, elle l’acquiert au contact de son shop manager de l’époque qui ne s’épargne aucune peine pour lui montrer la voie et assurer son bien-être et celui de sa famille. Toujours est-il qu’elle quitte Jaulim Plaza peu de temps après pour prendre, en 1998, de l’emploi chez Beepharm, suite à un entretien qu’avait eu son époux Sanjive Oogarah avec le Dr Beehuspoteea qui exerçait dans la périphérie de cette officine.
L’inoubliable visite de Navin Ramgoolam à la résidence familiale
Selon des renseignements dignes de foi, c’est de cette époque que datent ses premiers contacts politiques. Et petit à petit, Nandanee Oogarah change, se métamophose même. Elle effectue un voyage d’affaires surprenant de 21 jours en Australie, un déplacement qui intrigue mais l’explication donnée est que c’est pour le compte de la firme qui l’emploie.
C’est le début du goût aux bonnes choses, racontent ceux et celles qui l’ont côtoyé. Elle va petit à petit se transformer, changera de look, organisera des sorties, rencontrera du beau monde et finira par trouver la vie à Carreau Laliane un peu terne pour ne pas dire d’une grande monotonie.
Aussi, en 2001, Nandanee Oogarah décide de se lancer officiellement. Elle devient très impliquée personnellement en politique, sera non seulement de toutes les activités du PTr à Vacoas, mais consacrera même deux jours à la grande cause, les mardis et les samedis, mais elle s’assurera aussi que la mobilisation soit toujours réussie pour les grands rendez-vous, meetings du 1er mai, ou encore les grands rassemblements d’avant-scrutins.
Un tel dévouement à la cause du parti n’échappe pas au leader qui se félicite de l’exemplarité d’un tel engagement. Nandanee Oogarah, qui est devenue la groupie la plus en vue du PTr et une pièce maîtresse du dispositif organisationnel rouge, ne manque pas de se flatter de ses connexions politiques auprès de sa famille.
Forte de ses contacts privilégiés, elle promet d’ailleurs à son entourage immédiat de faire venir le leader en personne à sa résidence. Les dix ans de Jheshna Khevisha en août 2003 représentent l’occasion idéale. Navin Ramgoolam, alors leader de l’opposition, honore effectivement de sa présence, cette petite fête intime et tous, y compris Sanjive Oogarah, se mettent en quatre pour être à la hauteur de cet événement.
Changement de vie mais même trait de caractère
Plus rien ne sera comme avant après cette visite VIP, racontent tant les proches de Sanjive que ceux de Nandanee. Cette dernière va se sentir de plus en plus importante, va mener la vie dont elle avait, en fait, toujours rêvé. Aussi, elle surprend tout son monde  lorsqu’elle signe , en février 2005, un contrat avec Gamma Civic pour des travaux à hauteur de Rs 1,8 millions pour un ajout à la maison familiale.
L’année 2005, celle qui a marqué le retour du PTr aux affaires, n’est toutefois, pas une année de tout repos pour Nandanee Oogarah. Si c’est vrai qu’elle quitte Beepharm pour un poste de Relations Officer à Quality Living Centre du Groupe British American Investment, son choix de vie, libéral, l’éloigne progressivement de sa famille. Nandanee Oogarah décide alors de se séparer de son époux, le chauffeur de bus, étant devenu encombrant pour ne pas dire à la hauteur. Elle s’installe à Le Colonial, à la rue King George V, à Floreal, roule en Range Rover et voyage assez souvent, en France, en Grande-Bretagne mais aussi en Inde. Certaines informations indiquent que c’est lors d’un de ses déplacements dans la Grande Péninsule qu’elle a rencontré un certain Raj Behl, celui qui est présenté comme l’intermédiaire qui a facilité l’allocation dePrime Land dans le port à Patel Engineering pour le fameux projet Neotown.
Si elle a change de vie, elle n’a pas change de trait de caractère. On raconte qu’elle montrait des signes d’impatience si elle ne recevait pas les appels auxquels elle s’attendait et qu’elle consignait tout dans un journal intime comme pour évacuer son désarroi. Ceux qui la connaissaient à l’époque reconnaissent tout à fait celle qui a fait un scandale dans la cour du collège Maurice Curé. Les mêmes traits de caractère et les nerfs qui lâchent à la moindre contrariété. Perfides, quelques anciens intimes lancent« au moins, sur ce point, elle n’a pas changé ! « 
Elle fait deux malaises quelque temps après avoir eu un accident de la route et si, dans un cas, c’est nul autre que le conseiller du Premier ministre, Ramdass Yellapa Chetty – celui que l’on appelle « conseyer dité » et qui touche pas moins de Rs 72 980 par mois – qui l’accompagne à City Clinic pour des soins, il y a aussi un ministre de la République, également médecin, Abu Kasenally, qui assiste un de ses confrères à la clinique Medisave lorsqu’elle y séjourne. Preuve s’il en faut qu’elle n’est pas une activiste comme les autres !
C’est à partir de cette époque que les malheurs de Sanjive Oogarah commencent. Il est traîné en cour par son ex-épouse qui, par les soins de l’avoué Pazhany Rengasamy, nominé politique à la tête d’Airports of Mauritius Ltd, obtient que sa fille mineure l’accompagne lors d’un voyage à Londres en août/septembre 2006.
Entres les plaintes de l’époux abandonné, à la Commission Nationale des Droits de l’Homme et son incarcération au poste de police de Sodnac après des dénonciations de son épouse, les déboires ne manquent pas pour le chauffeur de la CNT. Et les procédures de divorce sont enclenchées. Lesquelles aboutiront en 2008.
Entre les affaires et le social
Totalement maîtresse de son destin, Nandanee, désormais, Soornack, peut enfin faire ce qu’elle veut. Elle s’installe dans le quartier de la Rue La Hausse de la Louvière à Floréal, abandonne son job à Quality Linving Centre pour se mettre à son propre compte. C’est aussi l’époque où elle se lance dans le social, ce qui explique peut être qu’elle est très protégée et toujours accompagnée de gardes du corps.
Elle enchaîne projet sur projet et compagnie sur compagnie mais elle reste surtout dans le réseau travailliste puisque ses partenaires sont Doomeswarsing Gooljaury, celui qui avait rapporté le vol commis dans le campement du Premier ministre à Roches Noires le 3 juillet 2011, Kushal Lobine, avocat des Peeroo Chambers mais aussi président de la SICOM et de la Waste Water Authority et Harish Chundunsing.
Ses activités intenses en affaires ne l’ont toutefois pas empêché de mettre au monde une petite Xara Keiron Chandra Soornack, née le 9 avril 2009 et qu’elle a elle-même déclaré le 14 mai 2009. Nandanee Soornack était une femme comme les autres, à laquelle le destin avait donné un bon coup de pouce au fil de ses rencontres politiques et qui menait sa petite vie tranquille jusqu’à ce qu’elle décide de franchir la ligne rouge un certain 10 décembre