Le Français Yannick Agnel est devenu champion du monde du 200 m nage libre mardi 30 juillet à Barcelone, un an après avoir été sacré champion olympique sur la même distance à Londres. Agnel a survolé la course, pour s’imposer en 1 min 44 s 20 et décrocher le premier titre mondial en individuel de sa carrière.  Un peu plus tard, la France a empoché une nouvelle médaille de bronze après celle de Frédérick Bousquet, lundi. L’Amiénois Jérémy Stravius, champion du monde en titre avec Camille Lacourt, a terminé troisième du 100 m dos, Lacourt prenant le 5e rang.
Stravius a fait la course en tête mais les Américains Matt Grevers (en or) et David Plummer (en argent) l’ont rattrapé dans les vingt-cinq derniers mètres. « Je ne suis pas déçu, a-t-il déclaré à la fin de sa course. J’ai tout donné, même s’il y a eu des petites erreurs dans cette course. Forcément j’aurais pu mieux faire, mais je suis très, très satisfait de cette médaille de bronze. J’avais l’objectif de monter sur le podium, c’est fait. »
Camille Lacourt, avec qui Jérémy Stravius avait partagé, en 2011, le titre de champion du monde termine, lui, cinquième. « Je n’ai pas grand-chose à regretter, a-t-il jugé. J’ai mis tout ce que j’avais. Cela n’a pas suffi. C’est dommage. C’est pas une course qui nageait très, très vite. Je pensais pouvoir nager moins de cinquante-trois secondes. Tant pis, c’est le sport. J’ai tout donné, donc je n’ai rien à regretter. »
AGNEL, DROIT DEVANT
Comme à Londres, Yannick Agnel a lui aussi mené, mais tout au long de ses deux cents mètres de course, sans que ses concurrents puissent jamais le rattraper. Il a devancé Conor Dwyer, 2e en 1 min 45 s 32. L’Américain est son partenaire d’entraînement à Baltimore, sous les ordres de Bob Bowman, l’ancien mentor de Michael Phelps. Le Français a amélioré la meilleure performance mondiale de l’année, que détenait le Russe Danila Izotov, lequel a fini 3e en 1 min 45 s 59.
En voyant qu’il avait gagné, le Français, qui n’était pas favori, a hurlé rageusement puis s’est agenouillé en sortant de la piscine, sous une salve d’applaudissements de spectateurs impressionnés par sa démonstration. Il a ensuite attendu ses adversaires pour les saluer un à un.
UNE PETITE SURPRISE
Ce succès, et surtout la manière avec laquelle il a été acquis, est une vraie surprise. Le Niçois n’avait décidé que tardivement de s’aligner à Barcelone en individuel, après avoir manqué des entraînements en raison de sa séparation, à la mi-mai, d’avec son entraîneur depuis sept ans à Nice, Fabrice Pellerin. Il avait alors expliqué être « arrivé à un point de non-retour » avec celui-ci et s’était tourné vers les Etats-Unis et Bob Bowman, qui ne s’occupe pas de lui à Barcelone, puisqu’il est entraîneur en chef des Etats-Unis.
« C’est tout aussi beau [qu’à Londres], a-t-il déclaré. Pour tout vous dire je ne m’y attendais pas non plus. Je me suis dit : ‘Fais ce que tu sais faire, simplement, essaie de rééditer ce que t’as pu nager à Londres et puis on verra bien, prends du plaisir, éclate-toi.’ Honnêtement, je n’ai rien vu de toute la course. C’est génial. Je ne m’y attendais absolument pas. Ça peut être une réponse à tous mes détracteurs. »
Agnel s’est imposé en l’absence du Sud-Coréen Park Tae-hwan et du Chinois Sun Yang, les deux médaillés d’argent des JO de Londres, mais aussi de Phelps, 2e sur cette distance au Mondial 2011 à Shanghaï. Ryan Lochte, tenant du titre, a déçu en terminant à la 4e place en 1 min 45 s 64. L’Américain savait cependant qu’il manquait d’entraînement pour avoir trop relâché la pression après les JO.
Agnel est le seul Français, avec Laure Manaudou – championne olympique en 2004 et championne du monde en 2005 du 400 m nage libre – qui ait détenu simultanément les deux principaux titres internationaux. Il a été sacré champion du monde avec le relais 4 × 100 m nage libre dimanche dernier.
Missy Franklin, c’est « Wonderwoman sans la cape ! »
Longue chevelure, sourire éclatant et regard pétillant, la nouvelle super-héroïne des Etats-Unis Missy Franklin écrit à Barcelone un nouveau chapitre de sa « success story », qu’elle poursuivra sans son mentor après les Mondiaux-2013. « Missy a montré qu’elle était Wonderwoman! Elle porte du lycra, elle n’a juste pas la cape! », a lancé joyeusement l’Australienne Cate Campbell, championne olympique avec le 4×100 m libre. Du haut de ses 18 ans, Franklin porte effectivement haut les couleurs américaines et survole chacune de ses courses à Barcelone. A chaque finale, une victoire. La quadruple championne olympique a déjà collecté 4 médailles d’or sur les 7 épreuves de son programme catalan. Pour ses premiers Mondiaux il y a deux ans à Shanghai, alors qu’elle n’avait que 16 ans, elle avait glané 5 médailles dont 3 en or. Une voie tracée par le légendaire Michael Phelps aux 22 médailles olympiques (record absolu).
Son secret? Un corps exceptionnel (1,86 m pour 75 kg, 46 en pointure de chaussure!), un acharnement dans le travail, une joie de vivre à toute épreuve et une rencontre, celle avec le déluré Todd Schmitz, son entraîneur. « C’est clair que mon corps m’aide beaucoup. Ca n’a pas été évident de grandir si vite, d’avoir largement une tête de plus que la plupart des garçons. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte que c’était un avantage et une bénédiction », a raconté Franklin, qui remercie sans cesse le ciel. « Je n’en serais pas là sans ces gênes mais ils ne font pas tout », ajoute cependant l’Américaine, qui éclate de rire à chaque minute. Le reste, elle le doit aussi à son entraîneur, qui a su lui donner le goût de l’effort dans la bonne humeur.