L’entraîneur serbe de haut niveau, qui a notamment été en poste à Pretoria, en Islande, en Grèce, au Zimbabwe et dans l’ancienne Yougoslavie Nenad Milos, animait depuis deux semaines déjà un stage avec les nageurs bénéficiaires d’une bourse sous le TFES à la piscine Serge Alfred à Beau-Bassin. Dès les premiers abords, on a eu l’occasion de s’apercevoir du professionel qu’il est et de sa maîtrise du sujet. Accessible et très volubile sur sa discipline fétiche, il a notamment évoqué son agréable surprise concernant le niveau des nageurs mauriciens et a tenu à exprimer sa gratitude envers Philippe Pascal et Michael Glover, chief executive du Trust Fund for Excellence (TFES) pour leur invitation.
Nenad Milos a roulé sa bosse dans le giron de la natation après une carrière très aboutie au plus haut niveau l’ayant vu participer notamment à trois Jeux olympiques consécutifs, ceux de 1972 à Munich, de 1976 à Montréal et de 1980 à Moscou en tant que nageur. Nageant sous les couleurs de l’ancienne Yougoslavie, il évoque son plus beau souvenir en tant que nageur avec un brin de nostalgie. «C’était lors des Championnats d’Europe Junior où mon frère jumeau, Predrag Milos et moi avions ramené quatre médailles dont une d’or pour notre pays», raconte-t-il. Après sa retraite, avocat de formation, il a travaillé pendant quelques temps en tant que diplomate avant de retourner à sa première passion en 1993.
En effet, il rejoint le centre technique de natation du Zimbabwe en tant qu’entraîneur. En 2004, il fera un bref passage dans le staff de la Yougoslavie avant de rejoindre celui de l’Islande où il restera quatre ans en poste. Durant la période de 2008 à 2009, il a été le coach de l’équipe grecque avant de faire le saut au High Performance Center de Pretoria en Afrique du Sud jusqu’à mars 2012. «Certes, j’ai entraîné dans cinq pays mais on pourrait croire que je l’ai fait dans une cinquantaine de pays si on regarde les nageurs de différentes nationalités que j’ai eus sous mes ordres», a affirmé Nenad Milos.
«Grâce à ces multiples rencontres, j’ai eu l’occasion de perfectionner mes connaissances et c’est une des raisons pour laquelle je suis autant sollicité. Comme j’ai l’habitude de le dire nous sommes au 21e siècle c’est-à-dire l’ère de la connaissance, de l’information et de l’expérience. L’expérience et la connaissance je les possède déjà, mais l’information c’est au travers des livres ou des amis qu’on l’obtient», a-t-il déclaré. Parlant de sa rencontre avec Philippe Pascal, il devait dire qu’elle s’est faite naturellement et que le courant a tout de suite passé entre eux surtout concernant la natation.
«J’ai connu Philippe Pascal aux derniers Jeux des îles aux Seychelles où ma nageuse Shrone Austin était en compétition. Cependant je connaissais déjà les nageurs mauriciens car quand j’étais entraîneur au Zimbabwe j’ai été emmené à les rencontrer. De plus, je suis déjà venu  à Maurice en 1999, mais c’était pour des vacances. J’ai accepté l’invitation de Philippe Pascal parce que c’est un bon entraîneur et je pense que j’ai des choses à apprendre de lui tout comme moi j’en ai à partager avec lui», dira-t-il encore.
Au sujet de la natation mauricienne, Nenad Milos n’a pas caché sa surprise en découvrant le niveau des nageurs mauriciens. «Je suis une personne franche et honnête. La natation est toute ma vie donc je ne suis pas du genre à dire des choses pour ne rien dire. Le niveau des nageurs mauriciens est au-délà de ce que je m’attendais. Il y a beaucoup de potentiels dans l’île. Du reste je tiens à féliciter Philippe Pascal et le TFES pour le travail qu’ils font. Le Trust Fund est en train de faire de son mieux pour donner un environnement professionel aux nageurs mauriciens ce qui est essentiel pour progresser. »
Et d’ajouter que «l’entraînement est d’un haut niveau, avec les facilités en place les athlètes ont des conditions adéquates pour bien évoluer. Ce que je déplore c’est certainement le manque de compétitions tant au niveau national qu’ international. J’ai eu la chance d’avoir Darren Chan Chin Wah avec moi à Belgrade et aux derniers Championnats du Monde, je pense qu’il avait des chances de mieux faire, cependant l’expérience à ce niveau lui a fait défaut. Il a beaucoup mieux nagé aux Meeting de la Réunion où il a fait des chronos très intéressants»
Une équipe compétitive
Le Serbe est d’avis que Maurice est en train de construire une équipe très compétitive car hormis Darren Chan Chin Wah, il y a encore quinze nageurs de qualité au sein du Trust Fund qui ont pour objectif majeur de briller aux Jeux des îles de 2015 à la Réunion. «Michael Glover fait un travail remarquable car il se donne la possibilité de choisir parmi les meilleurs nageurs pour construire une équipe. Ce qui va accroître la compétition car tout le monde va vouloir sa place au sein de la sélection» soutient-il. Pour ce dernier, Maurice a compris la base dont a besoin un nageur pour progresser et atteindre le niveau professionel. Il a aussi salué l’attitude des jeunes Mauriciens. «Les nageurs ont un comportement irréprochable et exemplaire. Ils ont des obligations au vu des facilités dont ils disposent et ils les rendent très bien à l’entraînement. Du reste, Philippe Pascal sait comment guider cette équipe vers le haut»,dira notre interlocuteur.
Quelle mission après Maurice?
«Cependant, il faut rester réaliste, la compétition mondiale est très exigeante. La Grande Bretagne a investi plus de 25,5 millions de livre sterling lors des derniers JO pour une médaille d’or, c’est dire le niveau. Je ne dis pas que Maurice ne peut pas remporter une médaille olympique; un exploit est possible, par exemple l’Islande avec une population de 300,000 habitants, mais il faut être conscient du niveau mondial et de l’investissement nécessaire pour faire des champions olympiques», réplique le Serbe.
Interrogé au sujet d’un éventuel partenariat avec Maurice, il s’est dit prêt à collaborer « si on prend contact avec moi et qu’on me propose d’aider la natation mauricienne, je le ferai avec plaisir. Je suis toujours ouvert pour coopérer et partager mon expérience. » Pour celui qui a connu le monde de la natation en tant que nageur et entraîneur, il affirme que le passage n’a pas été compliqué pour lui. «Mon objectif majeur ce n’est pas que de faire des champions mais aussi en faire des hommes droits et avec des valeurs. Entraîner ne suffit pas que performance, il englobe tout un système. En tant que nageur, on a que notre objectif et notre but personnel à atteindre mais quand on est entraîneur il faut tout faire pour soutenir nos athlètes et les aider à atteindre leurs aspirations. J’ai eu la chance d’entraîner Cameron Van der Burgh et je suis très content qu’il ait remporté une médaille d’or aux JO avec à la clé un record du monde, mais je suis aussi très triste car je n’ai pas pu être avec lui à Londres et partager ce moment formidable avec toute sa famille et ses amis», avoue notre interlocuteur.
Au sujet de sa prochaine mission professionnelle, Nenad Milos a été très évasif. «J’ai trois options sur la table mais je ne suis pas pressé à prendre une décision. Je verrai cela après une clinique de haut niveau sur la natation que j’aurai avec des professionelles de la natation en Angleterre, en février», confie-t-il.