Le séga traditionnel mauricien, la musique, chant et danse bhojpuri, le séga chagossien et le séga tambour de Rodrigues font l’objet d’un atelier de travail organisé par le National Heritage Fund (NHF). Des artistes, représentants de centres culturels et des organisations travaillant dans le cadre de la préservation du patrimoine mauricien se sont réunis hier au Centre culturel islamique à Plaine-Verte pour en discuter.
Cet atelier fait suite à une première prise de contact que le NHF a eu récemment avec ses partenaires et au cours duquel une liste du patrimoine intangible local avait été dressée. Le séga traditionnel mauricien, la musique, chant et danse bhojpuri, le séga chagossien et le séga tambour de Rodrigues sont les quatre éléments qui ont été retenus pour être envoyés au siège de l’UNESCO en vue de leur inscription.
Le séga traditionnel mauricien connu comme le sega tipik est présenté comme une des musiques représentatives de la culture et l’identité mauricienne. Issu de l’esclavage, il a un rythme malgache ou africain. Après l’abolition de l’esclavage, fait ressortir un document diffusé par le groupe de travail, il a été accepté par tous les Mauriciens : «… a form of music which encourages dialogue among different communities of the country and among the islands in the Indian ocean ». Le groupe de travail considère que le séga encouragera davantage le rapprochement des gens y compris sur le plan international et ceci sera facilité à travers son inscription. Et de préciser qu’il n’est associé à aucun rituel.
Il décrit le séga comme l’héritage nostalgique des descendants africains et malgaches et qui narrait les joies et peines des esclaves. « Sega was a means for the slaves to free their minds and bodies from fatigue and miseries of a long and hard day’s work in the fields ». Il est aussi considéré comme « a final expression of their own freedom ». Aujourd’hui, il est diffusé dans des fêtes. Les trois instruments de base, indique le document, sont la ravanne, la maravanne et le triang.
Le comité propose de sauvegarder cet héritage à travers la mise en place d’un creole speaking union, de campagnes de sensibilisation et sa transmission aux jeunes générations. Il est également question d’encourager des recherches et des publications et de soutenir les artistes.
Issus du centre de l’Inde, la musique, le chant et la danse du bhojpuri connus comme le Jhumar sont arrivés à Maurice par le biais des travailleurs engagés. Sa particularité : il a subi l’influence du séga et s’est adapté aux instruments présents sur le territoire. Ce processus d’acculturation eut lieu dans un contexte de camp sucrier notamment à travers le contact avec les anciens esclaves et les travailleurs engagés. Le document indique que cet art est apprécié de tous les Mauriciens et aujourd’hui, le Jhumar dans sa forme traditionnelle est préservé par des femmes de la communauté hindoue « who use the music for special occasions as wedding or child birth along with other types of bhojpuri music ». Il est transmis par ces dernières à la jeune génération.
L’équipe de travail estime que le classement de cette musique la mettra en exergue de même que son histoire. Il lui procurera également une reconnaissance internationale et le mettra sur le pied d’égalité avec la musique moderne. En même temps, poursuit l’équipe, « the bhojpuri folk is a concrete example of the beautiness of diversity in a peaceful society ». De plus, « il encourage le dialogue entre les différentes communautés de Maurice ».
Parmi les mesures qui seront prises pour sauvegarder ce patrimoine, l’équipe propose entre autres la création d’un centre.
Le séga tambour de Rodrigues quant à lui est une forme traditionnelle de musique et de danse qui a pris naissance parmi les esclaves à Rodrigues. Il s’est développé et reste unique à l’île. « Other sega types are found in other islands but Sega Tambour has its own originality and despite having the same name it is different in its music, beats and dance. » Le principe de cette danse est que le danseur n’a pas une seule partenaire. « When a dancer had to dance with a female dancer, a second partner attempt to terminate her dance by trying to block or stop the latter. While the intruder persists, the male partner eventually cedes his place », fait ressortir le groupe de travail. L’instrument majeur est le tambour fait de peau de chèvre. Il est accompagné d’un triang et d’un bobre. Le séga tambour au coeur des bals est considéré comme une occasion de développer des rapports avec les autres : « it is an opportunity for socialization, mobility and respectability of the citizens ». Selon le document préparé dans le cadre du dossier qui sera présenté à l’UNESCO, il ressort que le Séga tambour s’est en outre fait une place au sein de la République de Maurice et dans le monde. La danse et la musique sont enseignées aux jeunes, de même que les techniques de fabrication des instruments musicaux. L’inscription du Séga Tambour sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO favorisera sa promotion et sa reconnaissance internationale. Par la même occasion, cela valorisera davantage la communauté rodriguaise.
Le quatrième élément qui sera proposé est le séga des Chagos, plus connu comme séga tambour Chagos. Il est représentatif de tout l’archipel de Chagos soit les îles Salomon, Peros Banos et Diego Garcia. Selon les informations diffusées dans ce contexte, l’on affirme que « cette musique issue de la population d’esclaves des îles Chagos proviendrait des Seychelles et du Sud de l’Inde ». Le peuple chagossien estime important de préserver cette culture d’autant qu’ils n’habitent plus leur île. La langue utilisée est le créole chagossien dont l’accent est différent de celui de Maurice et de Rodrigues. Si au départ, lorsqu’ils vivaient dans l’archipel, cette musique en était une célébration, aujourd’hui elle sert surtout à se remémorer des souvenirs d’antan. « A cry for their island and willingness to go back, a non stop fight to keep their culture and traditions ». Son inscription donnera, d’abord, la possibilité aux Mauriciens de la connaître, favorisera sa transmission parmi les jeunes Chagossiens et Mauriciens, et ensuite, permettra à la communauté internationale de connaître, de reconnaître et de respecter ce peuple.