Le naufrage du MMM fait couler beaucoup d’encre depuis la débâcle de ce parti aux dernières élections. La polémique enfle autour du devenir de cette formation politique qui a marqué l’histoire du pays depuis ces 44 dernières années. Les folles spéculations de ces dernières semaines sur le sort des caciques du MMM en marge de l’élection de sa direction le samedi 8 février, se sont tues, car les militants ont choisi l’option de ‘bouge fixe’en ce qui concerne la composition du sommet de cette entité.
Pourtant Steve Obeegadoo, dirigeant mauve très en vue qui arrive juste derrière le leader historique lors de la joute pour l’élection du comité central mauve, dans une plate confession saupoudrée de supplications au pardon, lançait ceci dans l’édition de Week-End du 6 février : « Le MMM doit se réinventer, c’est une question de vie ou de mort ». En mesurant l’étendue de la défaite de son parti, il se montre optimiste à l’effet que ce dernier peut se remettre sur les rails : « À condition que nous fassions une analyse sans complaisance de cette défaite ». La question qui se pose : le MMM est-il capable d’emprunter une possible voie de la réinvention ?
La posture des mauves traditionnels
Divers quartiers interprètent la faillite du MMM, avancent des diagnostics et cherchent la Boule de cristal appropriée pour prophétiser sur le devenir du parti Coeur.
A commencer par le leader du MMM, Paul Bérenger, qui se trompe de phase de l’histoire, encore sous l’électrochoc de l’issue des dernières élections, et qui conserve la nostalgie d’une époque révolue. Il s’est précipité lors d’une première conférence de presse parue dans le Week-End du 14 décembre dernier pour se réconforter avec la déclaration suivante : « Certes, c’est une cuisante défaite pour nous, mais ceux qui connaissent le MMM savent que nous allons rebondir bien vite ». Faut pas seulement le dire, il faut pouvoir le faire !
Le biographe de Bérenger, Kris M. Valaydon s’est aussi immiscé dans ce débat, pour emboîter le pas à ce dernier dans la tribune de L’express du 6 février 2015 sous le chapeau : « MMM : défaite du… peuple ». D’un revers de main, il dédouane le MMM et colle toute la responsabilité de la défaillance du navire mauve sur le dos du communalisme et du supposé réflexe ethnique primaire de la population mauricienne. Cette tentative de lancement d’une bouée de sauvetage au parti de son leader vénéré me semble très simpliste et expéditive face au sens d’observation objective populaire quelque peu plus averti que le point de vue de Valaydon.
La fronde d’Ivan Collendavelloo
Pour sa part, Ivan Collendavelloo, ancien fidèle lieutenant du principal dirigeant mauve, se permet de narguer les réflexes élaborés plus haut dans son interview à L’express du samedi 13 décembre : « Si on demande à un cadavre de s’autopsier lui-même, ça ne marche pas. » Pour lui, le MMM n’est pas mort. Il se targue, en avançant qu’en lui passant les rênes temporairement il saurait donner à son ancien parti « un nouveau souffle, des idées fraîches » avec la destitution du triumvirat qui avait conduit le MMM à se faire hara-kiri le 10 décembre dernier. Pour le dirigeant du Parti Liberater, son ancien parti est imprégné de grandes vertus et que son seul et unique péché est d’avoir goûté une nouvelle foi au baiser venimeux du parti rouge. Là, l’ancien MMM, Suresh Moorba, premier transfuge MMM, qui mourra travailliste, fait école. Dans un pamphlet dont il est l’auteur, il prophétisait, dans les années 70, pendant la période de braise que « tous ceux qui ont goûté au baiser mortel de sir Seewoosagur Ramgoolam sont entrés dans l’histoire avec des béquilles en bagasse ». Moorba lui-même en a fait l’expérience. Pour Ivan Collendavelloo, le MMM de Bérenger a vécu cela avec le fils du « père de la nation » à la fin de l’année dernière. Mais pour tout observateur attentif, le frondeur Ivan, en tant que fin tacticien de la ‘realpolitik’, avance subtilement ses pions pour mieux faire feu sur le MMM. Tout en entretenant l’espoir d’un possible renouveau dans le bassin mauve, la tactique consiste à attirer la sympathie des militants et sympathisants du MMM pour mieux construire son Parti Liberater à partir des leviers du pouvoir. De toute façon, si par défaut il a réussi à faire percuter le choc dans un bastion mauve (la circonscription n°19) lors des dernières législatives, à partir de samedi dernier il paraît qu’il n’est pas parvenu à provoquer le déclic au sein de ce MMM mortifié post-2014.
Une observation, à première vue, plus lucide
Dans l’analyse intitulée « Le Parti MMM : les choix du 8 février » (L’express du mercredi 28 janvier 2015) Lindsay Rivière anticipait sur le devenir du MMM en fonction du scrutin interne pour le comité central mauve. Il évoque d’emblée le spectacle désolant d’un MMM, « errant comme âme en peine ». Il avance des interrogations pertinentes d’une façon plus lucide et pondérée que les quelques politiciens traditionnels cités plus haut. Entre autres, il souligne « comment un MMM, censé émaner du peuple, a fini par se couper du peuple ». Tout en martelant que le MMM n’est pas la propriété de Bérenger, il situe bien l’origine du parti Coeur, souligne son parcours et s’interroge sur la possibilité de sa réinvention.
« Le MMM n’est pas un parti comme les autres. C’est une grande idée qui, en cours de route, s’est diluée, s’est déconsidérée et qui, en décembre, s’est finalement dévoyée. Cette grande idée peut-elle encore revivre ? »
Mais si l’analyse de Lindsay Rivière permet un diagnostic de manière très désintéressée, elle ne se focalise que sur les symptômes. La vraie racine du mal est ici occultée. C’est pour cela que cette analyse conclut en fin de compte qu’à des propositions de changement d’hommes, d’âge et d’une nouvelle collégialité. Certes ceci aurait assouvi les frustrations de beaucoup de militants anonymes du MMM, des lève-tard politiques je dirais, qui manifestaient leur approche émotionnelle dans les colonnes du Défi du 19 janvier « Paul Bérenger n’écoute personne » ; « Son langage a contribué à notre défaite électorale » ; « Le MMM n’a pas d’avenir avec Paul Bérenger ».
Symptômes et causes
Les opinions émanant des avenues abordées plus haut, à mon avis, passent à côté de la plaque. On rate le coche en faisant l’amalgame des causes et des symptômes. Comme déjà souligné, jusqu’à maintenant, les protagonistes de ce débat ne se sont au fait focalisés que sur l’aspect symptomatique.
Des éléments, à l’instar de « l’alliance du MMM avec le Parti travailliste », « les koz-koze », « les tangos on/off », le fait du leader inamovible « qui reste collé à la tête du MMM », « les calculs électoraux machiavéliques greffés sur un communalisme scientifique », « le grand macéré concocté avec la vermine de projet de la deuxième république » ne sont que des symptômes d’une crise d’identité profonde dont les origines nécessitent que nous nous y attardions avec une attention particulière. Ceci nous permettra de saisir les méandres des déboires actuels d’un parti qui incarnait l’espoir de « toute une génération des Mauriciens qui ont passionnément aimé leur pays » (pour reprendre les propos de Lindsay Rivière), quarante ans de cela.
Les vraies causes sont ailleurs, enfouies dans l’histoire des années de braise. Elles relèvent du domaine des choix stratégiques. Les réponses à tant d’interrogations doivent être cherchées dans le ‘paradigm shift’stratégique du MMM. Le mal réside dans le saut d’un choix stratégique de calice au bon vin pur à celui d’une cruche à eau impure teintée de quelques traces de vin. C’est dans l’étude de ce virage honteux qu’on pourrait comprendre l’exode des têtes pensantes politiques imbues « de la liberté de penser autrement » vers d’autres cieux. Un processus qui a commencé tôt, quelques années après la naissance du MMM, et qui s’est accéléré à la fin des années 70 et au début des années 80. On y reviendra !
(Février 2015)