Malgré l’accalmie apparente au sein du MMM après les élections de son comité central et bureau politique du 8 et 14 février respectivement, la tension reprend de plus belle.  Il est indéniable que ce parti reste en mode de crise latente. Les causes de son embourbement, comme on avait conclu dans un article précédent (HYPERLINK « http://www.lemauricien.com/article/naufrage-du-mmm-1re-partie-la-boussole-affolee-du-navire-mauve »LE NAUFRAGE DU MMM (1RE PARTIE): La boussole affolée du navire mauve – Page Forum du Mauricien : 26 février), on doit les chercher dans le changement drastique du paradigme stratégique qu’a connu ce parti dès l’aurore de son imposition sur l’échiquier politique local. Il a commencé ainsi à emprunter lentement une pente glissante qui l’aura finalement l’englouti dans la folle fièvre électorale de 2014.
La question du pouvoir
Le MMM commençait à perdre « à moitié » sa virginité politique, dans la période des années de braise, lorsqu’il abordait la problématique de l’attitude à adopter vis-à-vis du pouvoir économique et de l’Etat dans le système contemporain. La direction du MMM trempait dans l’illusion qu’il pouvait entamer un démantèlement graduel du pouvoir du capital et de l’Etat. Au départ, avec une apparente sincérité naïve, elle croyait qu’il était possible d’investir l’Etat, considérant ce dernier comme un arbitre neutre au-dessus de la mêlée sociale. A partir de là, la direction mauve estimait être en mesure de pousser le capital à céder son pouvoir politique car, selon elle, les leviers du pouvoir suprême seraient définitivement entre ses mains. Cette conviction naïve l’amenait à croire qu’en « rôtissant le cochon à petit feu, il ne le sentirait pas et se laisserait faire… ».
Dans cette optique, Bérenger ne rate jamais une occasion de se gargariser de grandes envolées socialisantes en faisant toujours allusion à la gauche réformiste internationale. Le Week-End du dimanche 4 janvier rapportait les derniers propos de cette nature de celui-ci : «Si en matière de programme, Paul Bérenger assure que le MMM n’a pas, fondamentalement changé au fil de ses 45 ans d’existence, il reconnait, néanmoins, que son parti a, quand même, évolué, avec le temps, en un parti de centre gauche qui, tout en reconnaissant les vertus de l’économie de marché, insiste, parallèlement, sur la nécessité de garantir la plus grande justice sociale. Une ‘évolution assumée’, dit-il, dans la mouvance de l’évolution du socialisme au plan international depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes en France en 1981 ». Mais le MMM connaîtrait au fil des ans la même décrépitude « de cette mouvance socialiste internationale ». Cette dernière, enrobée dans une politique de collaboration de classe outrancière sous toutes ses coutures, nous faisait miroiter un monde avec moins de guerre, moins de répression, moins de conflits sociaux explosifs entre autres. L’histoire nous a prouvé le contraire, cette mouvance ayant échoué sur tous les fronts.
Ainsi depuis belle lurette, après la grande répression au début des années 70 et la période d’incarcération, les dirigeants en vue du MMM de cette époque ont eu chaud. Dans sa trajectoire réformiste engagée, le MMM se laissait envahir par une obsession du pouvoir. Celui-ci devenait obsédé par chaque parcelle de pouvoir conquis, à préserver coûte que coûte – les partielles, les villageoises, les législatives, la soif de pénétrer les institutions. Le but initialement projeté pour une vraie transformation sociale s’estompait. Le mouvement était tout, la tactique était privilégiée au détriment de la stratégie originelle, et dans ce sillage le MMM perdrait son âme dans des compromis tantôt futiles, tantôt immoraux.
Une des premières manifestations de ce virage fut les départs, au début, l’érosion graduelle et finalement l’épuration des têtes pensantes de la vraie gauche du parti issue de la manifestation anti-Alexandra en 1969. Ce lot de militants comprend les frères Jeeroburkhan et autres, les camarades qui militent à Lalit, à Rezistans ek Alternativ, et au Mouvement Premier Mai, pour ne mentionner que ceux qui n’ont pas fléchi dans leurs convictions, contre vents et marées. Les critiques qu’ont émises ces derniers sur leur ancien parti à différentes époques prennent des allures de prophéties politiques compte tenu de l’actuel désarroi de ce MMM qui vogue ‘comme une âme en peine’.
Posture de gestionnaire patenté
Le rêve de ce MMM serait d’administrer l’Etat dans le cadre de cette stratégie de collaboration étroite des différentes classes sociales ; dans ses propositions, il s’accommodait à travers une panoplie de concessions avec le capital. Tout projet de changements structurels essentiels du pouvoir d’Etat serait jeté aux orties. Le MMM enfourchait désormais le canasson du ‘socialiste gestionnaire’.
Cela devait entraîner une modification profonde de l’appareil de ce parti. La composition du corps personnel mauve serait considérablement altérée. Le recrutement des militants qui se basait principalement au départ sur le bassin ouvrier (port/transport/industrie sucrière/CEB/municipalité etc), privilégiait, au fil des ans, le profil d’administrateur, de cadres technocrates, des gens de la profession libérale. Il a déjà été rapporté que Bérenger, en pleine session parlementaire, se targuait que son côté de l’hémicycle comprenait plus d’avocats que celui de son vis-à-vis gouvernemental… La compétition s’engageait avec les autres partis traditionnels pour une démonstration du ralliement du plus grand nombre de bureaucrates, de technocrates, de compétences professionnelles pour gaver et gérer les corps paraétatiques et la fonction publique.
Un nombre considérable de cadres intégrait le MMM dans le contexte d’une permanente opération de séduction. La psychologie de certains nouveaux arrivistes pour des privilèges matériels, leur soif pour leur avancement personnel qui ne cessait d’être étanchée, pèserait lourd dans la métamorphose du MMM. Pour le MMM, « partis de gestion et d’administrateurs » signifiaient « parti d’idées » et «partis de propositions »…
Ce nouveau sang, qui coulait dans les veines de ce parti, amenait ce dernier à n’oser toute sa mise que sur les résultats électoraux. Remporter les élections devenait une finalité. Le parti se dépouillait de ses principes d’antan et se transformait en une véritable machine électorale. Le MMM n’était censé que représenter des électeurs et des électrices. Le calcul ainsi que l’héritage communaliste et castéiste devenaient les préoccupations premières pour designer le quota des candidats technocrates au niveau national et au plan des circonscriptions. La masse des travailleurs et des salariés, ne servant que de dépôt électoral, était reléguée à l’arrière-plan.
C’était dans cette posture obsessionnelle que se dessinait l’appétit gargantuesque chez les mauves de toujours concocter des jeux d’alliances pour se hisser au strapontin du pouvoir. C’était de là que provient la fixation maladive du leader du MMM de toujours idéaliser un pacte rouge-mauve dans le cadre de cette entreprise.
Conséquences dramatiques : la désintégration
En conséquence,  la vie et la lutte politiques des militants mauves connaîtraient un degré de dépolitisation considérable. Elles seraient tout simplement désidéologisées. La confrontation programmatique et des idées s’estomperait. Une contre-culture ouvrière s’installait. Les écoles de formation, les cellules et autres espaces de réflexion disparaissaient. Les discussions et les débats jouaient aux abonnés absents dans le schéma mauve. La presse militante, les brochures, les articles d’orientations politiques à l’intérieur comme aux confins du MMM partaient en fumée.
Toutes ces qualités existantes à l’époque construisaient une sorte de rempart contre l’influence et les préjugés bourgeois, tel l’individualisme, l’affairisme et l’avidité pour le profit absolu. Nous serions témoins d’une désintégration totale et d’un affaiblissement progressif d’une conscience politique qui brodait autour de la solidarité et du partage. Les tares contre lesquelles luttaient les militants du MMM s’installaient en position de maître dans tous les pores du parti de Fareed Mattur et d’Azor Adélaïde. Ces derniers arboraient avec fierté le drapeau mauve frappé de principes phares : « remplacer la lutte des races par la lutte des classes » ou « la liberté c’est la liberté de celui qui pense autrement – de Rosa Luxembourg ». Ils doivent aujourd’hui se retourner dans leurs tombes, quand ce même drapeau, s’il a conservé sa couleur, s’est définitivement débarrassé de ses attraits de noblesse politique.