Une famille de Sainte-Anne de l’île de La Réunion porte plainte contre la compagnie Costa Croisières. Le couple et ses cinq enfants ont failli mourir au large de la Toscane lors du naufrage du Costa Concordia, soutiennent-ils. Me Satish Rambhujun, d’origine mauricienne et inscrit au barreau de Saint-Denis, défend les intérêts de la famille.
Les plaignants réunionnais, qui ont requis l’anonymat, accusent le capitaine du paquebot d’être le seul responsable du naufrage. La plainte, qui est également dirigée contre Transcontinents Réunion, l’agence qui avait organisé le voyage de la famille plaignante à bord du Concordia, a été déposée à la fin de la semaine dernière au bureau du procureur de la République française. Elle sera entendue au tribunal de haute instance de Paris.
Dans la plainte, qui porte la signature de Me Rambhujun, les plaignants indiquent que le séjour à bord du navire était agréable au cours des six premiers jours de la croisière, qui avait commencé le dimanche 8 janvier et programmé pour terminer le 15. À l’approche de l’île de Giglio, Toscanne, le commandant du paquebot Franchesco Schettino a voulu faire plaisir à quelques passagers en se rapprochant de cette île. Mais cela a été fait dangereusement, à tel point que le navire a talonné un rocher de l’îlot La Scole, qui se trouve à proximité de l’île de Giglio. Et une brèche a même été ouverte sur son flanc bâbord sur une longueur estimée par les plaignants à entre 80 et 90 centimètres.
« Cette brèche a permis à l’eau de mer de s’engouffrer très rapidement, le commandant a échoué le navire à la côte, à la pointe Gabbiamata, le navire s’est couché progressivement sur son flanc tribord pour se stabiliser dans la matinée », souligne la plainte. Les plaignants ajoutent qu’en se déviant de sa trajectoire normale, le commandant de bord a délibérément mis en danger l’ensemble des personnes se trouvant à bord, tant les passagers que le personnel. Il est également blâmé pour n’avoir entrepris aucun exercice de sauvetage.
Me Rambhujun relate dans la plainte les péripéties qu’a vécues Éric, le père de famille réunionnais dont c’était la première sortie en croisière. « Pendant l’évacuation, Éric n’avait plus de nouvelles de deux de ses enfants en bas âge, qui étaient au mini-club au moment de l’accrochage du navire. Il a parcouru jusqu’au onzième pont pour les rechercher, en sachant bien qu’il aurait pu laisser sa vie. Entre-temps, son épouse et les trois enfants étaient désorientés en ne sachant plus s’il fallait se battre pour trouver des places dans les chaloupes ou attendre l’arrivée du père de famille », explique l’avocat.
Pour Me Rambhujun, de par sa maladresse, son imprudence et son manquement, le commandant a délibérément exposé les personnes qu’il avait sous sa responsabilité aux dangers de mort. « Pour preuve, il y a eu environ une cinquantaine de morts ou disparus », dit-il. L’homme de loi cite l’article 221 du Code pénal qui prévoit un terme d’emprisonnement de trois ans et une amende de 45 000 euros comme peine maximale, s’il est trouvé coupable. Pour l’accusation de mise en danger de la vie d’autrui et de celle de non-assistance à personne en danger, l’avocat se réfère à l’article 223.
La défense estime que le tort causé à ses clients est telle qu’il juge dérisoire la somme de 11 000 euros de compensation proposée par la compagnie propriétaire de Costa à chacun des passagers de la croisière.