Ancienne attachée de presse d’Eddy Boissézon, Naveena Ramyad a été élue sous la bannière de l’Alliance Morisien à Vieux-Grand-Port/Rose-Belle. Pour cette enseignante de carrière, la politique est une passion qu’elle vit depuis l’âge de 18 ans. Après plusieurs années passées dans l’ombre, elle fait ses premiers pas à l’Assemblée nationale cette semaine. L’économie, le bien-être des citoyens et les besoins de sa circonscription sont parmi les sujets qui l’intéressent. Concernant la représentativité féminine au Parlement, elle se dit contre le quota.

Vous allez bientôt siéger à l’Assemblée nationale. Quel a été votre parcours jusqu’ici ?
Je suis Mauricienne dans l’âme et dans l’action. Je suis enseignante de carrière. J’ai travaillé dans un collège d’Etat de 2000 à 2009. De 2010 à 2016, j’ai travaillé au MGI de Nouvelle-France. Ces trois dernières années, j’ai été Adviser au ministère de la Fonction publique. Auparavant, j’ai également travaillé comme conseillère au ministère de l’Education, sous Steven Obeegadoo. J’ai fait mes études au collège de Lorette de Rose-Hill. Et ensuite, des études universitaires en biologie marine. J’ai aussi un BA en musique orientale, de même qu’un Master of Business Administration (MBA). Je détiens également un diplôme en événementiel, un LLB et un Post Graduate Diploma en HR Management. Comme vous le voyez, j’ai touché un peu à tous les domaines. Je dirai que j’ai fait tout ce que j’ai eu la chance de faire. Je n’ai pas planifié ma vie à l’avance et je ne fais pas les choses à moitié.

Devenir députée, c’était dans vos projets ?
Quand j’ai eu 18 ans et que je devais voter, j’ai dû faire un choix politique. C’est comme cela que j’ai intégré le parti, à commencer par l’aile jeune, puis l’aile féminine et la régionale. La politique est une passion pour moi. Toutefois, en 2010, j’ai décidé de faire un break. Je me suis dit, qu’en tant qu’enseignante, je pouvais aussi servir mon pays. Mais je ne me suis jamais désintéressée de la chose politique pour autant. Je suis retournée dans la politique active quand j’ai vu que nous avions un jeune Premier ministre, avec une vision très claire et structurée. J’ai voulu apporter ma contribution à ce projet. Toujours est-il que je ne m’attendais pas à être candidate. Cela a été une bonne surprise. J’ai démissionné sans hésitation et sans regrets pour m’engager activement dans la campagne.

Comment s’est passée justement votre première campagne ?
Cela a été une campagne magnifique, intense, courte et rapide… J’ai appris beaucoup de choses en un mois. J’ai grandi et je me sens rassurée d’avoir pris la bonne voie. Vieux-Grand-Port/Rose-Belle est une région que je connaissais déjà. D’abord, parce que j’étais enseignante au MGI de Nouvelle-France, et donc je connaissais la partie centrale de la circonscription. La partie côtière ne m’était pas inconnue non plus, étant donné que je suis aussi biologiste marine. J’ai fréquenté cette région pour la richesse de sa biodiversité, la beauté du paysage et son style de vie. Je ne savais pas que cela allait devenir ma circonscription un jour. C’était une bonne surprise.

Comment avez-vous été accueillie en tant que femme ?
Je dois dire que l’accueil a été très chaleureux. Je n’ai pas eu à me plaindre. Je crois que les gens ont compris que la politique n’est pas une question d’homme ou de femme. C’est la personne qui compte. Les Mauriciens sont très mûrs. Pour eux, le plus important, c’était le message qu’on passait. C’était nous, en tant qu’humain. J’ai apprécié cela, car je ne voulais pas qu’on me juge en tant que femme, quoique j’adore mon identité de femme.

Quels sont les besoins de votre circonscription ?
Vieux-Grand-Port/Rose-Belle est une circonscription très diverse. D’un côté, on a la côte, qui a des besoins particuliers, comme la fourniture d’eau 24/7, des infrastructures simples comme les trottoirs, la sécurité, etc. L’autre partie, c’est Saint-Hubert, Saint-Hilaire, Cluny et Banane où, selon moi, l’accent doit être mis sur la qualité de vie. Les infrastructures sont là, le gouvernement sortant a fait certains projets. Mais la qualité de vie aussi est primordiale. La dernière partie, ce sont les villages développés comme Nouvelle-France, Rose-Belle, New-Grove, Union-Park, etc. Là, je pense qu’il faut une dose de culturel. Il faudra mettre plus l’accent sur les facilités et moderniser l’administration.

On a beaucoup parlé également du problème du chômage, surtout chez les jeunes. Avez-vous pris connaissance de cette réalité ?
Oui. Vous savez, aujourd’hui, l’éducation est totalement gratuite. En sus de cela, c’est obligatoire jusqu’à 16 ans. Même après cet âge, maintenant, tout le monde a des opportunités. Si vous êtes bon académiquement, vous allez vers la filière académique, Form V, HSC et l’université. Autrement, vous avez le polytechnique, avec une large panoplie de formations. Il n’y a aucun jeune qui peut dire qu’il n’a pas les opportunités. Définitivement, dans un tel contexte, il y a plus de jeunes qui sont diplômés et c’est là que se pose le problème du chômage. Mais la politique nationale va se charger de régler cela. Le chômage n’est pas un problème si on a une politique nationale bien structurée et fondée, si vous savez où emmener le pays. Tous ces jeunes professionnels et semi-professionnels seront recadrés dans un plan structurel que nous avons. Dans cinq ans, selon moi, le chômage ne sera plus un problème.

Comment vous préparez-vous pour votre entrée au Parlement ?
En tant qu’ancienne attachée de presse, je suis habituée à l’hémicycle. Maintenant, je serai parmi les élus. J’attends cela avec impatience. Je voudrais contribuer à tous les débats, à tout ce qui touche à notre quotidien. Pour moi, l’Assemblée est aussi un lieu où on a des informations d’importance nationale. J’espère y trouver toutes les réponses à mes questions, aux questions de mes mandants et aux questions de tous les Mauriciens. De même, j’apporterai ma contribution à tous les projets de loi.

Y a-t-il des sujets spécifiques qui vous préoccupent ?
Je pense que le sujet qui m’intéressera le plus sera l’économie. Car tout est basé dessus. C’est notre politique économique qui va faire progresser le pays. Le dossier de l’agriculture m’intéresse aussi. Le secteur agricole est à la croisée de chemin, où il faudra prendre des décisions pour l’avenir du pays.

Il a été beaucoup question de la violence domestique ces derniers temps. Comment pouvez-vous contribuer à combattre cela ?
Je voudrais avant tout faire ressortir que c’est un peu stéréotypé que la femme parle de sujets de femmes. Je voudrais casser cela. La violence domestique me préoccupe, mais cela doit concerner tout le monde. Selon moi, il faut renforcer les capacités des femmes. Beaucoup de femmes en politique parlent de renforcer le “protection order” et ainsi de suite. Moi, je dis que si on “empower” les femmes, cela va aussi aider à contrer la violence domestique. Si la femme est indépendante, forte, sûre d’elle, confiante, elle aidera à nous aider. Parce qu’on peut faire toutes sortes de loi, mais ce sera difficile de trouver une solution à long terme si la femme ne s’aide pas elle-même.

Comment y parvenir, selon vous ?
L’éducation est déjà là. Il faut plus de formations et, surtout, de sensibilisations. Il faut montrer aux femmes ce qu’elles peuvent faire. Leur donner des opportunités et leur faire réaliser leurs potentiels. Les jeunes devraient également faire des choses pour renforcer leur personnalité. Moi, quand j’étais jeune, je participais beaucoup à des camps de vacances organisés par le ministère de la Jeunesse et des Sports, des séminaires résidentiels, etc. C’est là que j’ai eu la confiance en moi. Des petites choses comme cela, peut-être qu’on ne le réalise pas, contribuent beaucoup à la construction de notre société. Que ce soit pour les femmes ou les jeunes. Alors donner ces opportunités, créer les espaces nécessaires, jouer un rôle proactif, c’est ce que je compte faire pour apporter ma contribution à ce combat.

En tant qu’enseignante, comment voyez-vous le problème de violences chez les jeunes ?
Ce problème est réel. En tant qu’enseignante, j’admets que nous avons un problème de violence et de drogue chez les jeunes. La politique nationale doit être très rigide pour combattre ce fléau. La réhabilitation, l’éducation, c’est aussi important, mais moi, je suis pour une loi sévère avant tout afin d’éliminer la mafia de la drogue. Pour ce qui est de la violence, je serai un peu plus souple. Les jeunes sont comme l’argile. Avec un peu de patience, on peut les modeler. L’école peut apporter sa contribution pour combattre la violence chez les jeunes. Bien sûr, la famille a aussi son rôle à jouer. Une famille qui vit sainement et qui encadre ses enfants comme il faut donne les bons repères aux enfants.

On reproche souvent aux députés de disparaître après les élections. Comment comptez-vous passer votre mandat ?
J’envisage une politique de proximité très intense. Je ne vais pas disparaître et je vais me donner à fond, en étant aux côtés de mes mandants, pour leur donner le support politique nécessaire.

Nous avons 14 femmes au Parlement. On dit que ce n’est pas encore suffisant. Comment selon vous peut-on améliorer ce chiffre ?
Je dis d’abord que je suis contre le quota. En tant qu’enseignante, je crois dans le mérite. On ne doit pas être accommodée juste parce qu’on est femme ou jeune. Mais je reconnais qu’il faut commencer quelque part. C’est pour cela qu’on applique le quota. Je crois qu’on est assez éduqué pour réaliser que pour faire de la politique active, il faudra s’engager honnêtement, être patient et avoir un engagement permanent. Il faut croire en soi et en la capacité des Mauriciens. Oui, il faudra avoir plus de femmes, car en plus de nos compétences, on emmène aussi le cœur, la douceur, dans la politique, et on exige le respect. On doit arriver à la parité 50-50 dans les années à venir. À la fois au Parlement et au Conseil des ministres.

J’en profite pour lancer un message aux femmes et aux jeunes pour qu’ils s’engagent. Je ne voudrais pas qu’on vienne me dire que la politique est sale, qu’on ne va pas s’y engager. Si on veut changer ou améliorer les choses, il faut se mouiller. On ne peut prendre un “back seat” et donner des leçons. Il faut avoir plus de courage et mettre la main à la pâte. Engagez-vous, même en tant que citoyens, dans votre région, en sachant que vous faites cela pour votre pays.