Que ce soit dans le volet consacré à la Navin’s Coffers’ Saga sous l’opération Lakaz Lerwa Lion ou encore à l’écroulement de l’empire Dawood Ajum Rawat, dont un Ponzi Scheme de Rs 25 milliards avec l’opération « Daylight Robbery », la collaboration et la responsabilité des banques commerciales sont jugées cruciales dans les enquêtes criminelles en cours. Avec le chapitre V, consacré au détournement de Rs 3,7 milliards par le système Rawat et consorts, le Draft Report de nTan Corporate Advisory Pte Ltd a étalé au grand jour le réseau de « deliberate, incomplete and inaccurate information » adopté par la Bramer Bank Corporation Ltd et les manquements dans la supervision au niveau de la Banque de Maurice. Depuis le début de cette semaine, le Central CID est passé à l’offensive avec un Judge’s Order en bonne et due forme émis par la juge Ah Foon Chui Yew Cheong, siégeant en référé par rapport au Money Trail des Rs 110 millions de Never-Used Dollar Bank Notes avec des numéros de série successifs, découverts dans des coffres de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, en sa résidence de River Walk, lors de la perquisition du vendredi 6 février de l’année dernière. En parallèle à cette démarche de la police, d’autres développements sont à prévoir au vu de la convocation, demain, au QG du CCID, de l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, sous le coup d’inculpations provisoires de Possession of Stolen Property et de Money Laundering depuis le vendredi 13 février 2015.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de sources concordantes indiquent que depuis vendredi dernier, la juge Ah Foon Chui Yew Cheong a émis un Judge’s Order dans l’affaire des coupures de 100 dollars US de Rs 110 millions de l’ancien Premier ministre suite à des démarches effectuées par le CCID sous la supervision de l’assistant commissaire de police, l’ACP Heman Jangi. Depuis le début de la semaine, des copies de ce Judge’s Order ont été servies formellement à toutes les banques commerciales du pays, même si seulement deux banques commerciales seraient dans le collimateur des limiers de la police engagés dans cette enquête.
Même s’il n’a pas été en mesure de confirmer officiellement si la Banque de Maurice, le principal régulateur du secteur bancaire, aurait été intégrée à la liste des parties concernées par le Judge’s Order, le principal élément d’informations recherché par le CCID auprès des banques commerciales est simple : un relevé de toutes les transactions bancaires effectuées en dollars américains depuis 2009 au moins, de même que l’identité des clients des banques concernées et les raisons avancées pour justifier ces besoins en dollars américains.
Pourquoi l’année 2009 pour les besoins de ce Judge’s Order réclamé par le CCID ? Très peu d’informations officielles sont « forthcoming » à cette question. Mais tout semble indiquer que cette date aurait été déterminée sur la base d’échanges d’informations entre le CCID et la Federal Reserve Bank, qui maintient la traçabilité des coupures de dollars mises dans le circuit, et le Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis avec des agents ayant fait le déplacement à Maurice l’année dernière pour les besoins de cette enquête. Dans les milieux des enquêteurs de la police, l’on croit savoir que les informations réclamées auprès des banques commerciales sur la base de ce Judge’s Order devraient constituer un « breakthrough » quant à la provenance de ces Rs 100 millions en dollars américains avec des numéros de série successifs.
À ce stade, il est difficile de spéculer sur la période durant laquelle ces informations sur les mouvements de dollars américains seront communiquées au CCID même si cela fera bientôt un an que ces coupures de 100 dollars américains ont été saisies et ont fait l’objet d’un Freezing Order de la Cour suprême et en tant qu’Exhibits. Entre-temps, la reprise de l’interrogatoire Under Warning de l’ancien Premier ministre au sujet de la provenance de ces Rs 220 millions + Rs 4 millions, saisies le jour de son arrestation l’année dernière, bute sur un obstacle majeur.
Les conseils légaux de Navin Ramgoolam, dont Me Gavin Glover, Senior Counsel, objectent à la poursuite du Questioning de leur client s’ils n’ont pas accès à la Documentary Evidence compilée, notamment les documents bancaires au sujet des virements, de Vouchers ou de chèques crédités sur les comptes du principal concerné. Le bras de fer entre les deux parties est encore On avec des demandes de Legal Advice logées auprès des instances compétentes.
Dans l’immédiat, un autre protagoniste de premier plan et faisant partie de la galaxie politique de Navin Ramgoolam, Manou Bheenick, a été convoqué aux Casernes centrales demain pour la reprise de son enquête suite à son arrestation le vendredi 13 février de l’année dernière. Il devra être accompagné de son homme de loi, Me Hervé Duval (Jr) à cet effet. Les démêlés de l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice portent sur la présence de documents confidentiels, subtilisés du Registry de la banque et saisis en son domicile à Moka.
Cette nouvelle convocation pourrait marquer la dernière étape de l’enquête du CCID avant la soumission du dossier à l’Office of the Director of Public Prosecutions. Devant le retard accusé dans cette affaire avec une année bientôt écoulée, les risques d’une motion de Me Duval (Jr) en vue de rayer les accusations provisoires contre Manou Bheenick pourraient se préciser dans les jours à venir.
Affaire à suivre.