Après presque cinq mois d’accalmie sur le front des enquêtes policières avec l’opération « Lakaz Lerwa Lion », l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam, devra se préparer à retourner au QG du Central CID pour la reprise de son interrogatoire “under warning”. C’est ce qu’indiquent des recoupements d’informations de sources concordantes par rapport aux derniers développements dans la plus importante composante de la « Navin Coffers’ Saga », soit la source des Rs 220 millions, dont Rs 110 M en “Never-Used US Dollar Notes”, saisies en sa résidence de River Walk lors d’une perquisition dans la soirée du 6 février 2015. Le nouveau rendez-vous pourrait être fixé au cours de la semaine du 23 mai, soit après sa prochaine comparution, le 20, devant la Cour intermédiaire pour le procès instruit par l’Office of the Director of Public Prosecutions dans le complot présumé du bungalow de Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011. Cette séance d’interrogatoire, initiée en décembre dernier, a connu un long Break suite à la demande formulée par le Leading Counsel, Me Gavin Glover, Senior Counsel, pour avoir accès à des documents en possession du Central CID pour les besoins de cet exercice.
Ainsi, dès les premières questions en décembre dernier, la “Legal Team” assurant la défense de Navin Ramgoolam, a réclamé que ces documents obtenus de différentes banques commerciales, suite à l’exécution d’un Judge’s Order de la Cour suprême, soient mis à sa disposition. Les limiers du Central CID ont préféré solliciter un “Legal Advice” auprès des instances compétentes au sujet de cette demande. Il semblerait que la position de la police sur cette demande aurait déjà été communiquée à la partie adverse. Il n’est pas exclu que si les hommes de loi de Navin Ramgoolam n’obtiennent pas satisfaction, ils pourront chercher d’autres recours, repoussant du même coup l’échéance de l’interrogatoire.
Les documents en question portent essentiellement sur les transactions bancaires, y compris des transferts sur les 23 cartes de crédits, dont des AMEX (American Express) Black Cards sans aucune limite de dépenses, opérées par Navin Ramgoolam ces dernières années. Du côté des enquêteurs de la police, ce “Money Trail” a un double objectif : confirmer la thèse de défense de Navin Ramgoolam sur les “Sources of Funds” de ces Rs 220 millions dans les trois coffres-forts de River Walk ; déceler le moindre indice au sujet de la provenance des coupures de 100 US dollars pour un montant de Rs 110 millions.
Dans une première explication sommaire, l’ancien Premier ministre avait évoqué trois sources pour justifier la présence de ces Rs 220 millions en espèces à son domicile, à savoir le “Per Diem”, représentant un maximum de Rs 30 M, versé lors de ses différentes missions en tant que chef du gouvernement, ses salaires de Premier ministre et des donations des bienfaiteurs politiques au Parti travailliste. Tous les documents, qui ont été remis à la police par les banques commerciales et autres institutions financières et “Money Changers”, ont fait l’objet d’un Trail mené par des comptables pour le compte du Central CID en vue de contrer la ligne de défense adoptée par Navin Ramgoolam.
“Flow Chart”…
Lors de ce prochain round d’interrogatoire aux Casernes centrales, Navin Ramgoolam pourrait être confronté à un “Flow Chart” récapitulant le « Movement of Funds », que ce soit pour les “Per Diem” et les salaires de Premier ministre. Cet interrogatoire comprend deux étapes distinctes, soit les Rs 110 millions, principalement en grosses coupures de la Banque de Maurice, et le reste des Rs 110 millions en billets de 100 dollars américains.
Dans le premier cas, des coupures de Rs 2 000, le Central CID a tenté d’obtenir auprès de la Banque de Maurice s’il existe un relevé des numéros des billets alloués à des banques dans le circuit local. L’examen d’un tel document à la Banque Centrale aurait facilité la tâche des enquêteurs pour mieux suivre les transactions bancaires.
Concernant les billets de 100 dollars américains, jamais utilisés dans le circuit, la partie se joue sur le plan international. Un monitoring des opérations en devises étrangères, que ce soit dans le circuit des banques commerciales ou dans le réseau de “Money Changers”, confirme qu’à aucun moment ces billets de 100 dollars US ont transité dans une banque commerciale quelconque à Maurice. Aucune trace de ces dollars n’a été relevée au niveau des livres de la Banque de Maurice, semble-t-il. Cet élément d’information, qui devra être confirmé formellement par les autorités mauriciennes auprès de l’European Corresponding Bank de la Federal Reserve Bank de Chicago, ouvre la porte à des spéculations selon lesquelles ces coupures bancaires des États-Unis sont arrivées à Maurice directement par avion, probablement privé.
À ce jour, aucune des sources approchées n’a voulu faire de commentaire sur un éventuel rapport du Federal Bureau of Investigation (FBI) des États-Unis, qui avait délégué des officiels à Maurice en vue de tirer au clair cette affaire de “Never-Used US Bank Notes” en la résidence de l’ancien Premier ministre. Le Central CID n’a pas écarté l’option de recourir à la formule de “Legal Mutual Assistance” avec le pays européen concerné, dernier point de transit de ces Rs 110 millions en dollars US, pour verser des compléments d’informations quant à l’identité de ceux impliqués dans cet important transfert de fonds et les raisons de ce deal hors de l’ordinaire…