Dix-huit mois bientôt que le mystère des Rs 220 millions, dont 17 blocs de 100 000 dollars américains intacts en provenance de la Federal Reserve Bank de Chicago, saisies en la résidence de Navin Ramgoolam à River Walk, demeure entier. Après une accalmie depuis le début de l’année, l’ancien Premier ministre, accompagné de ses conseils légaux, dont Me Gavin Glover, Senior Counsel, a effectué un passage éclair au cours de la semaine écoulée à la Special Cell du Central CID aux Casernes centrales. Le bras de fer engagé depuis décembre de l’année dernière se poursuit, avec Navin Ramgoolam réclamant l’accès préalable aux preuves en possession des limiers de la police avant de répondre aux questions. Devant ce qui semble devenu un dialogue de sourds, des consultations au plus haut niveau de la police et des autorités compétentes ont été engagées pour décider de la marche à suivre vu qu’il est question du sort qui pourrait être réservé aux charges provisoires déjà logées. Toutefois, dans un autre ordre d’idée, l’Attorney General’s Office se prépare à ouvrir un autre front en sollicitant les services des autorités américaines pour initier une enquête sous les dispositions de la Foreign Corrupt Practices Act contre le leader du Parti travailliste. De son côté, Londres a été approché pour des compléments d’informations au sujet de la Rolls Royce RR10 RAM, dont l’existence avait été révélée en exclusivité dans l’édition de Week-End du 13 avril 2014. L’Aston Martin, qui a fait tant parler d’elle du temps de Navin Ramgoolam Premier ministre, devrait également revenir dans l’actualité.
Les prochaines semaines pourraient s’avérer déterminantes dans le cadre de l’opération Lakaz Lerwa Lion, surtout après l’interrogatoire avorté de mardi dernier. À ce stade, Navin Ramgoolam fait prévaloir son droit constitutionnel au silence face aux questions du Central CID sur la provenance de ces Rs 220 millions, dont Rs 110 millions en never-used dollar bank notes, et même des fonds du parti. En contrepartie, cela fait déjà plus d’une année que ces premières inculpations provisoires ont été logées devant la Bail and Remand Court et le tribunal de Curepipe. Très peu d’indications ont transpiré quant à la teneur des échanges officiels sur ce dossier ou des recommandations en route vers l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP) en vue de résoudre cet imbroglio.
Par contre, des recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que des récents développements aux États-Unis dans le cas du Premier ministre de Malaisie, Najib Razak, dans le scandale du Malaysian State Fund 1MDB, avec des saisies de propriétés et de tableaux ordonnées par le Département américain de la Justice avec même le groupe Goldman Sachs mis en cause par le truchement de Subpoenas, sont de bon augure pour la traque des centaines de millions de Ramgoolam. L’Attorney General’s Office aurait déjà signifié son intention de saisir les autorités américaines pour l’ouverture d’une enquête au sujet des transactions bancaires opérées à partir de la vingtaine de cartes de crédits, dont une Black American Express Card (AMEX), émise au nom du leader du PTr à partir de la Malaisie.
Unexplained wealth
Sur la base des informations obtenues auprès des banques commerciales, une séquence d’utilisation de ces cartes de crédits a été confirmée avec les autorisations de la Correspondence Bank aux États-Unis. Ce détour américain ouvre la voie à une éventuelle enquête sous la Foreign Corrupt Practices Act même s’il n’est pas un citoyen américain, le Département de la Justice des États-Unis étant en mesure de réclamer des relevés auprès de cette banque.
 Cette menace qui pèse sur les épaules de l’ancien Premier ministre sous la Foreign Corrupt Practices Act se précise davantage avec les 17 blocs de $ 100 000 dont des coupures de $ 100 dans des coffres-forts en sa résidence de River Walk. Le FBI a déjà authentifié ces billets comme provenant de la Federal Reserve Bank de Chicago à destination de deux banques en Allemagne avant d’être acheminés à Maurice en transitant dans une autre capitale pour déjouer toute filature.
 Les autorités mauriciennes pourraient également approcher les États-Unis pour leur demander d’élucider les circonstances dans lesquelles Navin Ramgoolam a fait son entrée dans ce club of privileged and selected few de détenteurs de Black American Express Card, soit des détails sur le montant des comptes bancaires offerts en garantie en Malaisie contre l’octroi de cette carte de crédit sans limite de même que d’entreprendre un audit de l’utilisation de ces fonds.
 Même si l’enquête sur les comptes bancaires du PTr, sous le contrôle du leader, piétine, ce dernier pourrait être rattrapé par deux autres épisodes de unexplained wealth. D’abord, la Rolls Royce, avec la plaque minéralogique personnalisée, à Londres. Maurice est dans l’attente d’un dossier complet au sujet de l’acquisition de cette grosse cylindrée, notamment les sources of funds et ce qu’il advient de la RR10 RAM, maintenant que Navin Ramgoolam, cloué à Maurice, ne peut plus se déplacer à l’étranger pour des raisons évidentes.
 L’autre cas concerne l’Aston Martin qui avant fait tant de bruit dans le passé, au risque de revenir hanter de nouveau les nuits de l’ancien Premier ministre.