S’il ne s’appelait pas Ramgoolam, il n’aurait jamais été aux affaires et il n’aurait certainement pas défrayé la chronique pour une affaire de Rs 220 millions. Sa réputation l’avait précédé. Le London Boy ou le Disco Boy était connu pour être un bon vivant, un jouisseur même, toujours très méticuleux lorsqu’il s’agit d’organiser ses soirées festives à Albion et Roches Noires, deux localités entrées dans l’histoire. S’il a un côté enfant gâté qui aime exhiber ses acquisitions, voitures sportives, montres et autres, il cultive aussi un style personnel, autoritaire et monarchique dont ont fait les frais ministres, collaborateurs, policiers et cameramen de la MBC.
On ne sait pas grand-chose de la scolarité au primaire du garçon de sir Seewoosagur Ramgoolam et de Lady Sushil, né le 14 juillet 1947. On sait par contre qu’il a fait ses études secondaires au collège Royal pendant quelques années avant de mettre le cap sur la Grande-Bretagne, pays où il a passé pratiquement toute sa vie d’adulte.
Il fait ses études de médecine au Royal College of Surgeons à Dublin, en 1975. Il a poursuivi sa formation professionnelle au St Laurences Hospital. Navin Ramgoolam a aussi travaillé comme Clinical Assistant (pour la cardiologie) au University College Hospital et en tant que médecin résident à la clinique de Yorkshire en Grande-Bretagne, où il a suivi sur le tard, en 1987 jusqu’en 1990 au London School of Economics and Political Science, des études de droit et obtenu un diplôme d’avocat.
Ceux qui le fréquentent à Londres ou à Dublin ensuite, où son père lui trouve une place à la faculté de médecine, le décrivent un peu comme le copain idéal prêt à rendre service et toujours partant pour organiser des fêtes arrosées en très bonne compagnie.
Marié sans enfant, Navin Ramgoolam aime les biographies politiques, le jazz et la musique classique. Il aime aussi jouer à la batterie et, côté sport, a un penchant pour la boxe et la Formule 1. L’ordinateur, dit-il, « fait partie de son environnement ».
C’est à 33 ans qu’il devient médecin et qu’il commence à se ranger. En 1981, il épouse à Maurice, au cinéma BDC, Veena Brizmohun, mais remet vite le cap sur la Grande-Bretagne où son épouse avait émigré avec ses parents alors qu’elle était en bas âge. La Grande-Bretagne est de toute façon sa vraie patrie, lui qui s’y est installé un certain moment.
Pas satisfait de n’être que médecin, il se tourne vers le droit. Après l’école de droit au Inns of Court, il est reçu membre du barreau de l’Inner Temple en 1993. À Maurice, Navin Ramgoolam aurait exercé comme médecin résident à l’hôpital Jeetoo. Il aurait également exercé comme médecin généraliste.
En 1987, Paul Bérenger fait sa connaissance par des amis communs qui vivaient en Angleterre. Le leader du MMM essaie de le convaincre d’entrer en politique mais même s’il n’est pas très chaud à l’idée, il s’accorde un temps de réflexion. Le 1er mai à Port-Louis, Bérenger lui lance un appel public à s’engager qui restera sans suite. Sa priorité alors étant de terminer ses études de droit.
Sir Gaëtan Duval aura plus de succès puisqu’il réussira à convaincre Navin Ramgoolam. Son retour en 1990 est soigneusement préparé par un comité présidé par James Burty David. Et dès qu’il débarque à l’aéroport, il lance aux partisans rouges que « lion pa manz lerb ». Il jette d’ailleurs tout son poids pour faire capoter un projet de république de l’alliance MSM-MMM dirigé par le tandem SAJ-Prem Nababsing que le leader d’alors du PTr, Satcam Boolell, avait pourtant avalisé au Conseil des ministres.
1991 : un des trois rescapés
Lorsque le MMM conclut une alliance avec le MMM, alors au pouvoir, et que les élections sont organisées en septembre 1991, Navin Ramgoolam n’a d’autre choix que de se jeter dans la bataille. Il a été trop loin pour reculer. Et c’est lui qui conduit l’équipe de l’alliance PTr-PMSD aux élections. Si cette alliance est laminée, le leader du PTr est, lui, avec Vasant Bunwaree et Arvin Boolell parmi les trois rescapés de la déroute. Il devient le successeur attitré de son père au N°5.
Devenu leader de l’opposition, il se signale surtout par ses absences de l’Assemblée nationale. En 1993, année cruciale pour ses examens de repêchage, il est confronté à une action connue concoctée par SAJ, le Speaker Iswardeo Seetaram et Madan Dulloo, alors ministre de l’Agriculture, en vue de lui faire perdre son siège. C’est le témoignage d’un ministre en cour, Paul Bérenger, confirmant que la convocation de la séance avait été faite de manière tardive, qui permettra de conclure au colourable device.
Bérenger est révoqué du gouvernement Jugnauth en août 1993 et le rapprochement MMM-PTr confirmé et conclu en avril 1994. Aux élections de décembre 1995, c’est un 60/0 sans appel qui balaie SAJ, son MSM et le RMM, une formation dissidente du MMM menée par les de l’Estrac, Nababsing, Fokeer et Boulle.
Le style Ramgoolam
Très vite, le style Ramgoolam s’impose. Une gouvernance dans le secret, une lenteur insupportable, des décisions importantes toujours remises à plus tard, bref, tout ce qu’il y a pour abîmer les relations avec Paul Bérenger.
En mars 1997, il sera au coeur d’une affaire, celle de la soirée fine, une Macarena Party organisée avec des copains et quelques jolies filles sachant danser et se déhancher. La soirée tourne mal, certains protagonistes éméchés voulant faire à ces demoiselles ce qu’elles ne pouvaient accepter. Tout ce qu’il y a pour envenimer davantage les relations avec le MMM, dont le leader est d’ailleurs révoqué en juin 1997.
Si le style est contesté, le Premier ministre sait jouer de son statut pour séduire et embobiner son électorat. Il remporte la partielle de 1998 au N°9 en raison des votes divisés entre SAJ et Madan Dulloo. L’année suivante sera son annus horribilis avec les émeutes de février provoquées par la mort de Kaya et l’attentat meurtrier de L’Amicale. Les premiers soubresauts avaient pourtant été ressentis lors d’un autre attentat, celui de la rue Gorah-Issac en octobre 1996.
Aux élections de 2000, face à l’alliance MSM-MMM, celle qu’il conduit avec Xavier Duval se fait sèchement battre par un 54/6, mais il est toujours des six élus et redevient leader de l’opposition. Il décide de s’entourer de quelques cadres comme Dan Callikan, Rama Sithanen et Kailash Ruhee, ratisse large, réunit sept partis dans une « Alliance sociale » qui remporte les élections de juillet 2005.
À partir de 2005, les différents scandales, Betamax, hedging, l’EIILM University des Jeetah, etc. affaiblissent son gouvernement. Mais Navin Ramgoolam a plus d’un tour dans son sac et s’acoquine avec la famille Jugnauth. Après le père qu’il avait reconduit à la présidence au Réduit en 2008, il assure même l’élection du fils contre son oncle aux partielles du N°8 (Moka-Quartier Militaire). Et c’est sans surprise que le PTr contracte une alliance avec le MSM en 2010. Si celle-ci remporte les élections générales, Navin Ramgoolam aura vite fait, un an après, de se débarrasser du MSM, avec l’affaire MedPoint.
Enter Soornack
Les municipales de 2012 marquent une étape cruciale dans la vie politique de Navin Ramgoolam, soit celle d’une femme qui va l’entraîner dans sa chute. La fameuse phrase de Nandanee Soornack à Yogida Sawminaden « ou koné kisannla mwa ? » au collège Maurice Curé pour quelques clichés pris déclenche alors une tempête qui va atteindre le leader du PTr dont les largesses envers cette femme seront, depuis, constamment exposées.
Les clichés de sa Rolls Royce mais également de sa fameuse mallette qui lui a donné le surnom de Mr Banker, publiés en exclusivité par Week-End le 13 avril 2014, suivi d’autres images dans la presse d’un Premier ministre dans une fête privée avec Nandanee Soornack, témoignent d’une image qu’une population n’attend pas de son chef du gouvernement. D’autant qu’en 2014, le congé forcé de presque un an du Parlement laisse entrevoir un Navin Ramgoolam pour qui le sens des priorités du pays n’est pas le même que pour d’autres.
S’il a été élu en tête de lice à cinq reprises dans la circonscription N°5, Navin Ramgoolam, qui contracte une alliance avec le MMM pour devenir président pour sept ans avec des pouvoirs accrus, connais une lourde défaite le 11 décembre 2014, lorsque son parti et lui-même perdent les élections générales.
Une défaite qui va avoir d’autres répercussions dans sa vie privée, avec la relance, comme promis par SAJ, d’une enquête sur un vol commis à son campement de Roches-Noires où s’est tenue un fameux 2 juillet une de ces soirées qu’il affectionne. Cette enquête aura finalement dévoilé bien plus que ce qu’on aurait pu imaginer…
Mr Banker
Le 6 février dernier, celui qui avait collectionné les sobriquets Disco Boy, London Boy, Macarena Boy, Rolls Royce Boy, Rolex Boy s’est révélé en fait un vrai « Mr Banker ». Dans ses coffres-forts à River Walk, il gardait soigneusement Rs 220M, dont Rs 110M en devises étrangères.
Son arrivée aux Casernes centrales en cette nuit du 6 février, après plus de quatre heures mises pour sortir de sa maison située à la rue Desforges non sans avoir reçu au passage un projectile de la foule hostile, montre un Navin Ramgoolam abasourdi et abattu. Mais comme à son habitude, il sourit à la caméra.
Le Lion passera même une nuit en cellule, avant d’être traduit et libéré sous caution le lendemain. Depuis, il fait des allers et venues aux Casernes centrales. Hier, après 24 ans passés à la tête du PTr, Navin Ramgoolam a décidé de prendre un congé des activités de son parti. Il ne cède cependant pas le leadership des rouges. Il dit vouloir « défendre rigoureusement » son honneur. Et ne manque pas de rappeler qu’il est « un battant ». Mais il n’y a pas pire combats que ceux qu’on n’avait pas prévus…