Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a choisi le mode politique hier pour répondre aux critiques de l’Opposition faites aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du parlement, se disant à plusieurs reprises confiant de remporter les prochaines élections générales prévues normalement en 2015. « Dire qu’il y a une fracture entre le VPM (Xavier-Luc Duval) et moi relève du non-sens et révèle la profondeur de leur ignorance… », a lancé le PM en réponse aux affirmations répétées des membres de l’Opposition selon lesquelles il aurait imposé des mesures budgétaires aux ministre des Finances.
Pendant trois heures, en l’absence des parlementaires du MMM et du MSM et en présence de Cehl Meeah, Éric Guimbeau et Francisco François (de Rodrigues), Navin Ramgoolam a répondu point par point à ces critiques. Il a affirmé que le budget est préparé dans un dialogue permanent entre le ministre des Finances et lui et que les mesures ne sont pas déterminées de manière collective jusqu’à la réunion spéciale du cabinet qui les approuve le jour de la présentation au Parlement par le ministre des Finances. Il soutient qu’il y a un fil conducteur entre les mesures budgétaires prises depuis 2005. Il a réaffirmé que la réforme électorale sera présentée au moment opportun et a accusé l’opposition d’être plus pressée que lui, en rappelant qu’il ne dispose pas de la majorité des trois quarts nécessaire pour procéder à certains changements.
D’emblée, le Premier ministre a estimé qu’il ne pouvait garder le silence sur « le comportement indiscipliné » à l’Assemblée nationale vendredi dernier. Il a accusé les parlementaires de l’opposition d’avoir intimidé le cameraman de la MBC « qui ne faisait que faire son travail ». Il a accusé l’Opposition d’utiliser l’immunité parlementaire pour se livrer à son « sport favori », celui de « jeter de la boue », de se livrer à du « character assassination » et de proférer des allégations malveillantes sans fondement. Il a accusé l’Opposition de saper la confiance des institutions en s’attaquant à l’intégrité de la Commission électorale, au DPP, au judiciaire, au Parquet et à l’institution du Speaker.
Tout, selon Navin Ramgoolam, a commencé avec la décision du leader de l’Opposition de ne pas intervenir dans le cadre des débats sur le discours du budget. Il a reproché à l’Opposition de ne pas avoir dit qu’il a accepté de modifier l’ordre des interventions des orateurs ce jour-là, permettant ainsi à Arvin Boolell d’intervenir avant Steve Obeegadoo et qu’il était d’accord qu’Alan Ganoo, le N° 2 dans la hiérarchie de l’Opposition, intervienne avant lui. « Ils ont voulu imposer un simple membre de l’Assemblée nationale afin de gonfler l’image d’un leader faible comme le démontre le fait que “papi” a dû sortir de sa retraite pour devenir le leader de facto de son parti ». Pour lui, « on ne peut fabriquer un leader. On est un leader ou on ne l’est pas ».
Consultations
S’en prenant aux affirmations de l’Opposition qui tout au long des débats a soutenu que nombre de mesures budgétaires ont été imposées à Xavier-Luc Duval, Navin Ramgoolam a estimé que cette tentative de division démontre le désespoir de ses détracteurs. Il a expliqué que la préparation du budget donne lieu à toutes sortes de consultations. Cependant, les mesures budgétaires ne sont pas déterminées de manière collective jusqu’à la session spéciale du Cabinet qui approuve le budget le jour de sa présentation. La seule personne qui est consultée tout au long de la préparation du budget est le Premier ministre. « Les mesures budgétaires font donc l’objet de discussions et ce n’est pas vrai de dire qu’il y a une dictature ». Pour lui, par conséquent, venir dire que le Premier ministre et le ministre des Finances ne sont pas d’accord sur certaines mesures budgétaires relève du non-sens et « démontre la profondeur de leur [les membres de l’opposition] ignorance et qu’ils ne sont pas qualifiés pour diriger une démocratie comme Maurice ».
Navin Ramgoolam s’est longuement appesanti sur la situation économique difficile dont a hérité son gouvernement en 2005, estimant que l’économie avait été mal gérée entre 2000 et 2005 alors qu’il n’y avait ni crise économique mondiale ni crise de l’euro, que le pays disposait de filets de protection comme le Protocole sucre et l’Accord multifibre sur le textile. Malgré cet environnement favorable, la croissance économique, dit-il, avait chuté de 10,2 % à 2,7 %. L’investissement étranger, soutient-il, était tombé au plus bas et le niveau de la dette publique avoisinait 70 %, le chômage tournait autour de 9,6 %, le déficit budgétaire atteignait 5,1 % au point où Paul Bérenger avait estimé que la situation économique était dramatique et sans précédent et que Maurice était en état d’urgence économique. « Ce sont ces mêmes personnes qui veulent revenir à la tête du pays ». Le Premier ministre affirme que le taux de la dette est tombé aujourd’hui à 54,1 % et devrait atteindre 50 % en 2018. Il a rappelé qu’à son retour au pouvoir en 2005, une des décisions de son gouvernement avait été de ramener le taux de la taxe à 15 %, faisant de Maurice une des « lowest tax jurisdictions » au monde. Ce qui a donné, soutient-il, un nouvel élan aux entreprises et petites entreprises et a aussi ouvert l’économie aux talents étrangers.
Pour Navin Ramgoolam, l’héritage économique laissé par le gouvernement « MedPoint » a été catastrophique. « Ils promettent aujourd’hui de revenir au pouvoir comme en 2000 pour redresser le pays alors que nous avons montré que nous avons géré l’économie avec prudence tout en maintenant la justice économique. »
Promesses non tenues
Commentant le programme gouvernemental du MSM, le Premier ministre a relevé plusieurs promesses non tenues. Il n’a pas manqué de citer une annonce concernant la privatisation de la troisième chaîne de la MBC pour en faire un BBC local. Au lieu de cela, a-t-il dit, la MBC a accumulé des dettes. De plus, à peine arrivé au pouvoir, le gouvernement a écrit à la l’IBA pour l’informer de la décision gouvernementale de ne pas aller de l’avant avec la privatisation de la troisième chaîne. Le Premier ministre a donné lecture de la lettre. Le Competition Tribunal annoncé dans le programme gouvernemental n’a pas été concrétisé. Il a été institué par l’actuel gouvernement. Navin Ramgoolam a rappelé que l’ancien Premier ministre avait laissé entendre qu’à son arrivée au pouvoir, il éliminera la drogue à Plaine-Verte en 24 heures, en fait, elle s’est développée de plus belle, a-t-il dit. Navin Ramgoolam a annoncé l’introduction de nouvelles drogues sur la liste de la Dangerous Drug Act.
Parmi les autres sujets abordés par le Premier ministre, figure le dossier des marchands ambulants. Navin Ramgoolam a observé que la mise en place de structures permanentes en vue d’abriter les marchands ambulants a été annoncée. Il a accusé la municipalité d’avoir ignoré un ordre de la Cour suprême. Elle refuse de reconnaître, dit-il, les vrais marchands ambulants qui ont leurs permis, pour créer une nouvelle liste pour les « petits copains ».
Au sujet de la réforme électorale, Navin Ramgoolam a accusé l’ancien gouvernement de n’avoir rien fait pendant cinq ans. « Maintenant, lorsque j’évoque la nécessité de ne plus parler en termes de communautés surtout durant les élections mais en termes nationale et parle de réforme électorale, ils sont plus pressés que moi. »
Navin Ramgoolam a également parlé de la création de l’Economic Crime Office (ECO) qui avait commencé à faire un bon travail et avait démarré une enquête sur deux ministres et un secrétaire parlementaire qui ont eu à démissionner de leurs fonctions. Or, en 2002, pour des raisons que nous ne connaissons pas, dit-il, l’ECO a été démantelé.
Deal Illovo
Au chapitre de la démocratisation, le Premier ministre a parlé du deal Illovo et est revenu sur les récentes déclarations de Jean Mée Desvaux. « Auparavant, nous croyions que c’était Rs 6 milliards pour cinq familles. Maintenant, nous savons que c’est Rs 9 milliards pour cinq familles. » Navin Ramgoolam a dénoncé le fait que les conseils du Registrar of Companies, du Sollicitor General et de son assistant, qui avaient recommandé que la taxe prévue par la loi soit payée, aient été rejetés en faveur d’un avocat du secteur privé. Aujourd’hui, a observé Navin Ramgoolam, le gouvernement Ptr-PMSD a permis à 17 000 familles démunies de devenir propriétaires de la terre sur laquelle elles sont construit leur maison. Il a rappelé comment le gouvernement Ptr-PMSD avait permis à 20 000 personnes d’acheter leurs maisons de la CHA et à 2 000 personnes de la NHDC d’avoir un logement. De plus, 600 familles touchant jusqu’à Rs 16 000 ont bénéficié d’un terrain dans le cadre du Site and Services Scheme.
Navin Ramgoolam est revenu sur les circonstances dans lesquelles il a décidé de ne pas aller au sommet des chefs d’État du Commonwealth au Sri Lanka. Toutefois, il a rappelé que Jayen Cuttaree, alors ministre de l’Industrie, a mené campagne en vue d’occuper la fonction de directeur de l’OMC et qu’il s’était rendu au Sri Lanka pour rencontrer le Premier ministre d’alors, aujourd’hui le président du Sri Lanka. Ce qui a amené le Premier ministre à dénoncer la double-face du MSM-MMM.
Le Premier ministre est revenu sur la restructuration de l’économique et la nouvelle architecture économique. Il s’est aussi appesanti sur l’économie de l’océan en insistant sur le fait de ne plus parler de petit pays car le pays a une superficie de 2,3 millions de kilomètres carrés.
Le Premier ministre a insisté sur l’importance de l’éducation de qualité qui est la clé de la lutte contre l’exclusion. Il a insisté sur la nécessité que tous les enfants soient traités de la même manière. Pour lui, l’éducation ne se résume pas aux « passes » mais doit tenir compte de «  l’empowerment ». Il a aussi annoncé la fin du « trauma of failures » et l’abolition graduelle du CPE.
Au chapitre de la Santé, Navin Ramgoolam a exprimé son désaccord avec Satish Boolell concernant la présence de médecins étrangers. Il a aussi insisté sur l’importance du maintien des normes de qualité et a observé que les médecins étrangers apportent un plus au service de santé à Maurice, par exemple dans la lutte contre le diabète. À un certain moment, le Premier ministre a observé ne pas avoir les mains libres pour apporter des changements nécessaires n’ayant pas une majorité des trois-quarts.
Navin Ramgoolam a terminé son intervention en affirmant que le gouvernement Ptr-PMSD a beaucoup fait afin de dresser une feuille de route concernant l’égalité des chances. « Nous ne sommes pas comme les “dream pedlars”, comme ceux de l’alliance MedPoint qui ont trahi les espoirs », a-t-il conclu.