« J’ai beaucoup de difficultés avec la proposition de Paul Bérenger concernant la présentation de deux textes de loi séparés sur la proportionnelle et le Best Loser System »
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a laissé entendre mardi qu’il éprouvait beaucoup de difficultés au sujet de la proposition de Paul Bérenger de présenter deux législations séparées sur la proportionnelle et le Best Loser System respectivement et de laisser les parlementaires voter selon leur conviction. Le leader de l’opposition Paul Bérenger a formulé cette proposition à la troisième réunion gouvernement-opposition à Clarisse House lundi après-midi.
 Le chef du gouvernement a « souhaité qu’un accord puisse être trouvé au nom de la démocratie ». Il a abordé lundi la réforme électorale en soulignant qu’il n’avait aucun doute sur le fait que le ministre défunt James Burty David, dont le nom a été donné au gymnase inauguré à Curepipe, aurait été d’accord avec lui qu’il est inacceptable que 44 ans après l’indépendance du pays un Mauricien doit obligatoirement dire à quelle communauté il appartient pour être candidat aux élections législatives.
« Savez-vous ce que dit la Constitution à ce sujet ? Elle précise qu’il y a trois communautés, à savoir hindoue, musulmane et sino-mauricienne. Comment savoir qu’une personne fait partie d’une de ces communautés ? Comment savoir de quelle communauté fait partie Michael Sik Yuen ? C’est par la manière dont il se comporte dans la vie. Peut-on dire que quelqu’un est hindou, créole ou chinois uniquement par la façon dont il se comporte dans la vie (soit le way of life). Il est précisé dans la Constitution que si on ne peut vous classer dans aucun des groupes créole, hindou, musulman, on vous jette dans la communauté générale », a dit Navin Ramgoolam, avant de préciser sa position concernant le système de best losers.
« Je vois que beaucoup de personnes disent que je préconise l’abolition du Best Loser System. C’est faux ! Ce que je dis c’est qu’il faut trouver un mécanisme pour qu’une personne ne déclare pas la communauté à laquelle il appartient dans le cadre d’une élection et trouver un mécanisme pour intégrer le système de best losers dans le nouveau mécanisme. C’est cela qu’on appelle subsume en anglais », a lancé le Premier ministre.
Selon Navin Ramgoolam, il y a des gens qui font des commentaires sans avoir lu le rapport Carcassonne. « Même Carcassonne ne préconise pas l’abolition du BLS. Il a dit qu’il faut faire attention et qu’il ne faut pas abolir le Best Loser System sans trouver un substitut qui garantit à chaque communauté qu’elle sera normalement représentée », a relevé le Premier ministre. Il s’est demandé comment pouvons-nous vivre comme une nation lorsqu’on doit déclarer son appartenance ?
« On ne parle pas de réforme depuis hier. Il y a eu dans les années 1960 le professeur de Smith qui était un grand constitutionnaliste du London School of Economics. Il a qualifié le système de best losers de distasteful et avait affirmé que ce système allait institutionnaliser le communalisme à Maurice. Le professeur a dit que ceux qui croient que ce système les protégera verront le contraire se produire. Il avait dit cela dans les années 1960. Aujourd’hui, nous sommes en 2012. Ce que de Smith avait dit dans les années 1960 se produit aujourd’hui. Dès qu’une personne est nommée à un poste, vous verrez des commentaires. Les gens diront : voyez il a nommé un vaish, si c’est un baboojee maraj, ils diront voilà, ces derniers ont toujours été protégés, si c’est un ravived, ils diront voilà, il a tourné de l’autre côté, si c’est un musulman, ils diront qu’il protège les musulmans comme toujours, il vient de Plaine-Verte lui. C’est exactement ce qui s’est produit », a souligné Navin Ramgoolam.
Évoquant sa rencontre avec Paul Bérenger, Alan Ganoo, Rashid Beebeejaun et Rama Sithanen, Navin Ramgoolam a affirmé avoir dit qu’« il faut que les gens se rendent à l’évidence (parski pa ekrir kouyon lor mo front) quel Premier ministre dans le monde qui a remporté trois élections avec un système électoral voudrait le changer ? » « Quel Premier ministre voudrait introduire un système où sa majorité serait moindre. Je veux changer le système pas pour moi mais pour le pays ? Or, c’est ce que je fais puisqu’il nous faut un système équitable, où chaque vote est important », a-t-il renchéri.
« Le système actuel n’est pas bon »
Pour démontrer que le système actuel n’est pas équitable, le Premier ministre a cité le cas du Dr Swaley Kasenally, le candidat du MMM en 1987 qui même s’il avait obtenu 48 % des suffrages n’a pu être best loser. Par contre, Mike Nawoor qui s’était présenté dans la circonscription Port-Louis maritime / Port-Louis est (n°3) était best loser avec 12 % de votes.
L’exemple le plus intéressant, selon Navin Ramgoolam, se rapporte à Paul Bérenger lui-même. Celui-ci, classé dans la population générale, obtient plus de 49 % de votes en 1987. Il n’est pas nommé. Par contre, Régis Finette, candidat à Beau-Bassin, entre au parlement comme candidat du MSM. « Est-il logique qu’en 1982, lorsque le Parti travailliste perd le pouvoir, l’ancien Premier ministre sir Seewoosagur Ramgoolam n’entre pas au parlement ? Aucun leader du Ptr travailliste n’entre au parlement et – avec tout le respect que j’ai pour elle – c’est Mme Roussety qui va représenter le Parti travailliste. Le système est compliqué et n’est pas bon. »
« J’accepte la réforme électorale »
Poursuivant son intervention, Navin Ramgoolam s’est demandé : « Quel Premier ministre qui a bénéficié du système a trouvé que le système n’est pas bon ? »  « Je suis le seul qui a eu le courage de dire que j’accepte la réforme électorale. D’ailleurs, lorsque j’ai fait mon discours à l’Assemblée nationale dans le cadre des débats sur le rapport Sachs, Paul Bérenger qui est intervenu après moi a dit qu’un événement historique s’est produit sans que personne ne remarque. Il a relevé que pour la première fois dans l’histoire du pays, le leader du Parti travailliste a accepté l’idée d’une réforme électorale. Je l’ai rappelé cela encore aujourd’hui (mardi).
« Personnellement, je n’ai pas besoin de réforme électorale. Mo pena la gratelle. J’ai déjà remporté trois élections. Je suis persuadé de pouvoir remporter deux autres élections. Pourquoi donc est-ce que je veux introduire la réforme électorale ? Parce que comme je l’ai expliqué, le système n’est pas équitable. J’ai donné quelques exemples et je peux vous en donner d’autres.
« En 1995, le MSM a obtenu 19 % sans obtenir de députés. Le Parti travailliste a été victime du système en 1982, 1991 et 2000. Le MMM en a aussi été victime. En 1987, la différence entre le MMM et le groupe Bachoo et le groupe travailliste PMSD-MSM est de l’ordre de 1,7 %. Cependant, la majorité a un écart de 18 députés. Pourquoi n’avons-nous pas accepté la solution Sachs. Si on l’avait appliqué, l’écart de dix-huit aurait été réduit à zero.
« Ce n’est pas acceptable parce qu’il faut un gouvernement qui peut gouverner. Il faut un système qui est plus juste et qui reflète le vote des électeurs. Ces derniers doivent sentir qu’ils n’ont pas voté pour rien. Il faut que chaque personne puisse participer dans la démocratie. C’est la raison pour laquelle on veut changer le système », a souligné le Premier ministre.
Proposition de Bérenger
« Les discussions entre le Ptr et le MMM se poursuivent. Ce sera assez difficile d’après moi », estime Navin Ramgoolam. « Je suis prêt à prendre un engagement. Je donne une garantie à toutes les communautés qu’elles ne seront pas marginalisées. J’avais fait une proposition à la réunion de la semaine dernière qui n’a pas été acceptée. Maintenant, Paul Bérenger est arrivé avec une nouvelle proposition demandant de delink les deux systèmes. Il propose d’avoir une législation pour la proportionnelle et une autre pour le système de best losers et chacun vote selon sa conviction. Je lui ai dit que j’ai beaucoup de difficultés avec cette proposition. Pour moi on ne peut séparer les deux. Il faut qu’il y ait un package. Je vais le discuter avec les autres collègues du parti. J’ai fait une contre-proposition. J’espère pour la démocratie, pour l’unité nationale que nous puissions arriver à un accord. »
« We can’t eat the cake and keep it at the same time », comme dit l’Anglais. Il y a aussi l’expression française : « On ne peut avoir le beurre, l’argent du beurre, la vache et ta femme. » Je ne pense pas en termes politiques mais en termes du pays.