On connaît Paul Bérenger, le «transparent» qui s’arrange toujours pour que toute sa stratégie politique soit étalée sur la place publique et qui ne cache jamais rien de ses intentions, de ses positions, de ses satisfactions et de ses colères, quitte à irriter souvent ses plus fidèles soutiens mais, à voir de plus près, Navin Ramgoolam, lui, l’homme du secret et qui aime les combines de l’ombre, n’en est pas moins déroutant dans ses incohérences et ses volte-face. Avec lui, c’est toujours un pas devant et trois pas derrière. Un petit florilège ci-dessous pour s’en convaincre.
C’est à 20h le 24 mars que Navin Ramgoolam présente son White Paper sur la réforme électorale. Le lendemain, 25 mars, jour de la reprise des travaux de l’Assemblée nationale après trois mois de congé, il est sollicité sur la question par le biais d’une Private Notice Question de Paul Bérenger. Le ton est déterminé, le consensus entre le PTr et le MMM constaté et le texte de la réforme est promis dans un «délai raisonnable».
Les tractations vont bon train entre les deux partis. Pas de 1er-Mai, l’urgence étant la réforme électorale. Les séances de l’Assemblée nationale tombent dans la monotonie dans la mesure où l’opposition ménage le Premier ministre avec qui elle est en négociations. La préparation du texte de la réforme est tellement urgente que le 15 avril, soit après seulement quatre séances, les travaux sont ajournés au 13 mai, le temps de tout boucler et de tenir des consultations avec les intéressés, à commencer par le leader de l’opposition, avec qui rendez-vous est pris le 17 avril.
Le 17 avril, tout le travail de déblayage des agwas semble avoir été concluant puisque, à la sortie de Clarisse House, il n’y que du «positif» dans la bouche des deux leaders, encore que les nouvelles propositions du Premier ministre sur certains aspects de la réforme ont de quoi laisser perplexe. S’il avait été intraitable sur le seuil de 10% pour se qualifier à la proportionnelle, il vient cette fois avec une vraie énormité, soit un seuil de 8,5% plus un élu au moins pour obtenir des représentants à la proportionnelle. Mais quelques jours plus tard, back to square one, «pas question de descendre sous le seuil de 10%».
Le 24 avril, soit le jeudi suivant, deuxième tête-à-tête qui est apparemment davantage consacré à la IIe République et changement de ton puisque, pour ne pas changer, Navin Ramgoolam introduit une nouvelle condition, une République un peu à la française avec une élection du président au suffrage universel. Qu’à cela ne tienne, les agwas reprennent leur bâton de pèlerin et tentent d’aplanir les difficultés. Une fois encore, on nous dit que les choses avancent dans la bonne direction et qu’une alliance électorale, cette fois, est même en bonne voie. Les «conditions sont réunies» pour une telle éventualité, dit le leader du PTr à son exécutif.