L’ex-Premier ministre et leader du PTr, Navin Ramgoolam, poursuit sa collection de convocations pour interrogatoire “under warning” et d’inculpations provisoires. En ce début de semaine, il a été de nouveau contacté par le Central CID pour se mettre à la disposition des hommes placés sous la supervision de l’ACP Heman Jangi pour des séances d’interrogatoire sur le dossier des commissions alléguées de Rs 100 millions obtenues sous le contrat alloué à la société Dufry, de Suisse, pour la gestion et la fourniture de produits de luxe à la Mauritius Duty Free Paradise Ltd (MDFP). Ce dossier a d’ailleurs été un des premiers transmis officiellement aux autorités italiennes en vue de soutenir la demande d’extradition de Nandanee Soornack. D’autre part, Navin Ramgoolam continue d’être sous pression quant à ses avoirs bancaires avec les premières conclusions de l’Audit Trail initié par l’Assets Recovery Unit (ARC) du bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) au sujet du joint account portant le numéro (…) R9TDT à la Mauritius Commercial Bank (MCB), avec des dépôts de Rs 16 millions au dernier décompte officiel.
Après le volet consacré aux Rs 224 millions saisies dans les coffres-forts en sa résidence à River-Walk le vendredi 6 février dernier – avec des délits de blanchiment de fonds –, le dossier de trafic d’influence lors de l’octroi des terres de l’État et l’affaire de vente des biens immobiliers de Bramer Property Fund Ltd de l’empire de Dawood Rawat, Navin Ramgoolam sera confronté dans les prochains jours au dossier de fraude et de corruption lors de l’allocation du contrat de gestion des boutiques hors taxes au SSR International Airport et au Sir Gaëtan Duval Regional Airport de Rodrigues. L’enjeu de cette nouvelle affaire accablante pour l’ex-Premier ministre est de taille, avec un montant de Rs 100 millions obtenues par le truchement d’un Sales Agency Agreement avec la société Frydu, incorporée au nom de Nandanee Soornack en Suisse. Toute la “documentary evidence”, portant sur les détails de cet accord et les versements des commissions à Frydu et à Wigam Holdings Ltd de la bande à Franck Gleeson, a déjà été versée dans le dossier à charge au Central CID.
Lors de ce prochain rendez-vous au Central CID, qui devrait intervenir au cours de la semaine prochaine si ce n’est pas en cette fin de semaine, Navin Ramgoolam sera confronté à ces différents éléments, avec très probablement de nouvelles inculpations provisoires de trafic d’influence sous la Prevention of Corruption Act et de blanchiment de fonds sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. À ce stade, Navin Ramgoolam fait face à huit inculpations provisoires avec des cautions de Rs 850 000. Dans l’éventualité de nouvelles accusations avec le scandale Dufry/MDFP, ce montant devrait crever la barre de Rs 1 million, à moins que la demande pour une caution symbolique réclamée par ses conseils légaux soit acceptée par le magistrat siégeant à la Bail and Remand Court (BRC) après la “caution Mammouth” accordée à Brian Burns, l’ex-Chief Executive Officer (CEO) d’Iframac.
Effet surprise
Entre-temps, en vue de renforcer le dossier pour la demande d’extradition de Nandanee Soornack, les autorités mauriciennes ont déjà envoyé en Italie le dossier complet des commissions de Rs 100 millions exigées de Dufry au cours de ces dernières années. Les spécialistes des procédures d’extradition attirent l’attention sur le fait que si Nandanee Soornack était extradée à Maurice, elle ne devra être interrogée “under warning” que sur les dossiers qui ont été présentés aux autorités italiennes pour réclamer son rapatriement forcé. Ainsi, depuis la semaine dernière, les enquêteurs du Central CID mettent les bouchées doubles pour compléter tous les dossiers à charge qui pourront être retenus contre la patronne d’Airway Coffee. Dans la conjoncture, les sources approchées par Le Mauricien n’ont pas voulu se prononcer sur le nombre de dossiers d’enquête, préférant garder l’effet surprise.
Les procédures d’extradition, qui ont déjà bénéficié du soutien des autorités italiennes avec la mission conjointe du chef inspecteur Dawoodharry et de l’inspecteur Goinden, devront s’échelonner sur une période maximale de deux mois, à moins d’un développement majeur intervenant entre-temps, avec Nandanee Soornack se transformant en “Star Witness”, ou encore que son permis de séjour soit révoqué prématurément par les autorités italiennes. Celle par qui les malheurs politiques de Navin Ramgoolam sont arrivés détient un permis de séjour arrivant à expiration en 2017. Néanmoins, avec son assignation à résidence chez sa soeur à Parme, elle ne dispose que d’une heure de liberté le matin et une autre l’après-midi en semaine pour aller quitter et chercher sa fille à l’école. Elle ne peut recevoir la visite de ses proches que sur ordre du magistrat de Parme.
“Joint account”
Par ailleurs, les problèmes de Navin Ramgoolam continuent à s’accumuler davantage. Ainsi, dans la bataille pour le Freezing Order sur le joint account avec Ah Fat Lan Hing Choy portant le numéro R9TDT à la MCB, des indications sont que le leader du PTr est soupçonné de puiser de ce compte pour alimenter et financer ses cartes de crédit bancaires sans limites. Il y a eu un transfert de Rs 4 millions en date du 18 novembre 2011 pour le refinancement des dépenses avec ses cartes de crédit. Mais l’examen des transactions opérées par Navin Ramgoolam a permis aux enquêteurs affectés à l’ARC du bureau du DPP d’établir un autre “pattern” pour démanteler la thèse selon laquelle ces fonds appartiennent au PTr. En pas moins de deux autres occasions, les dépôts de ce joint account ont été utilisés pour assouvir les besoins financiers de Navin Ramgoolam.
L’ex-Premier ministre a fait l’acquisition de voitures en utilisant sa carte de crédit, dont une Perodua et une autre auprès d’Iframac de la bande à Rawat. Pour couvrir ses dépenses personnelles en excédent sur sa carte, il a effectué des transferts de ce compte conjoint du PTr. À cet effet, des retraits de Rs 7,8 millions, de Rs 4,5 millions, de Rs 1,3 million et de Rs 300 000 auraient été relevés de ce compte conjoint, soi-disant pour les besoins du PTr. L’Audit Trail se poursuit avec d’autres révélations en vue…