Trente-trois semaines depuis son arrestation, avec le déclenchement de l’opération Lakaz Lerwa Lion, et vingt-cinq ans depuis son retour « définitif » de Londres pour se jeter dans l’arène politique à Maurice, l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam doit se réconcilier avec une autre réalité. Sous la Legal Mutual Assistance, la Grande-Bretagne l’a littéralement abandonné en donnant le feu vert à la National Crime Agency (UK), présentée officiellement comme le FBI anglais, pour une « Full-Fledged investigation » au criminel sur les transactions financières et bancaires opérées par l’ancien chef du gouvernement. Cette démarche aurait bénéficié de l’aval du Home Office et du Foreign Office compte tenu du Track Record de la VVIP ciblée. Un des premiers axes d’enquête, qui devrait intéresser les limiers de la National Crime Agency, qui a remplacé la Serious Organised Crime Agency depuis octobre 2013, n’est nul autre que le comptable de l’ancien Premier ministre à Londres, un dénommé Iqbal Bundhun. Entre-temps, à Maurice, avec des premiers Income Tax Assessments, susceptibles de dépasser les Rs 50 millions au bas mot, les comptables de Navin Ramgoolam, soit ceux de la firme d’experts-comptables Bacha & Bacha, sont en pourparlers avec la Mauritius Revenue Authority (MRA) en vue de s’acquitter des dus. Mais la principale préoccupation au sein de la MRA est d’identifier les « sources of funds » pour ces Rs 224 millions saisies dans les trois coffres-forts de River Walk.
Après Chypre, où toutes les informations au sujet des transferts bancaires au nom de Frank Gleeson, le Mr Sharp dans le contrat d’Airbus pour le compte d’Air Mauritius, et un proche collaborateur de Navin Ramgoolam, ont déjà été récupérées sous la Mutual Legal Assistance, c’est au tour de Londres d’assurer sa collaboration pour révéler les dessous des comptes et transactions bancaires de Navin Ramgoolam transitant par Londres et également vers d’autres pays en Europe. Les autorités britanniques, qui ont déjà répondu favorablement à la requête formelle de Maurice, auraient été plus loin en confiant à la National Crime Agency d’initier une enquête approfondie sur les « trésors cachés » de l’ancien Premier ministre en Grande-Bretagne et dans d’autres pays d’Europe.
Pour entamer cette nouvelle étape dans la Navin’s Coffers Saga à l’étranger, la National Crime Agency de Grande-Bretagne a soumis une demande de compléments d’informations sur les comptes bancaires et cartes de crédit identifiées au cours de ces sept premiers mois d’enquête que ce soit au niveau du Central CID, de l’Assets Recovery Unit de l’Office of the Director of Public Prosecutions ou encore d’autres instances engagées dans la lutte contre le Money Laundering, comme la Financial Intelligence Unit (FIU). Cet échange d’informations dans le sens Maurice – Grande-Bretagne s’inscrit dans le cadre des procédures devant les instances judiciaires à Londres pour des Judge’s Orders en vue d’accéder à ces données de nature confidentielle sous la Banking Act.
Ainsi, très probablement, des limiers du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police, Heman Jangi, devront se rendre en compagnie de Navin Ramgoolam, à la Banque de Maurice, en vue d’ouvrir non seulement les trois coffres-forts mais également les enveloppes sous scellés contenant les informations recherchées par la National Crime Agency. Mais à ce matin, aucune des sources approchées n’a voulu confirmer si les conseils légaux de l’ancien Premier ministre, en l’occurrence Me Gavin Glover, Senior Counsel, et Me Showkat Oozeer, auraient été informées formellement de cette éventualité.
Les informations réclamées par les autorités portent sur les comptes bancaires à l’étranger, répertoriées jusqu’ici et les 28 cartes de crédit, dont des AMEX (American Express) Black Cards avec des possibilités de retrait avec plafond illimité, en faveur de l’ancien Premier ministre. Le montant des transactions est estimé à environ Rs 500 millions mais il n’y a aucune confirmation officielle en ce sens. À ce jour, Navin Ramgoolam détient des comptes dans différentes banques en Grande-Bretagne et en Europe, comme à la HSBC, chez Lloyds Bank, Abbey Bank et même Santander en Espagne.
Au chapitre des cartes bancaires, environ dix ont été identifiées en Grande-Bretagne, dont deux AMEX Platinum Cards, deux cartes de crédit de Santander et deux de HSBC. Sur la base des Judge’s Orders obtenus par le Central CID et l’Assets Recovery Unit, depuis l’arrestation de Navin Ramgoolam le vendredi 6 février dernier, une vingtaine de cartes de crédit bancaires ont été gelées, dont neuf cartes de crédit AMEX (Black Cards), deux cartes Centurion – avec un nombre de cartes restreint émises –, quatre de la HSBC et également quatre de Lloyds.
La National Crime Agency britannique s’intéresse également aux Stored Credit Cards émises au nom de Navin Ramgoolam. Ces Stored Cards, dont de John Lewis Financial Services, de Marks and Spencer Financial Services, de M & S Bank Credit, Sephora Champs Elysées, Harrods, VIP Printemps (France) ou encore de Creation Customer Services, ont une double fonction, soit permettre aux détenteurs de financer des achats dans ces chaînes de magasins de luxe mais également d’effectuer des transferts bancaires sans éveiller les soupçons des autorités par rapport à d’éventuels délits de Money Laundering.
La National Crime Agency, qui a lancé une offensive contre « more than 20 of the world’s most corrupt politicians involved in laundering millions of pounds through London » (selon The Independent en date du 4 septembre mais sans les identifier nommément), attend la confirmation de ces numéros de compte et des Sorting Codes avant de convoquer le comptable personnel de Navin Ramgoolam à Londres pour des explications sur la provenance de ces financements.
À Maurice, cette étape a déjà été franchie avec des Income Tax Assessments sur les Rs 224 millions, dont Rs 110 millions en devises étrangères, principalement des Never-Used Dollar Notes. À ce stade, on avance que les réclamations de la MRA pourraient être de l’ordre de Rs 50 millions. Toutefois, le principal concerné conteste ces Assessments en retenant les services d’experts-comptables de la firme Bacha & Bacha.
Les discussions entre les comptables de Navin Ramgoolam et les officiels de la MRA sont actuellement « in full swing » avec ces derniers davantage intéressés de savoir les « sources of funds » de cette fortune dans les coffres de River Walk et également les multiples versements dans les différents comptes à Maurice principalement…