L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Infrastructure publiques Anil Bachoo a échappé à une nuit en cellule policière quasiment in extremis en fin de journée. Après plus de six heures passées dans les locaux du Central CID pour affronter une quarantaine de questions sur l’allocation d’une quinzaine de contrats d’une valeur de Rs 500 millions pour des projets de réhabilitation après les flashfloods du 13 février 2013, il avait été « committed to cell », même si ses hommes de loi, menés par Me Rama Valayden, martelaient qu’à aucun moment les limiers du CCID, dont le surintendant Appayah et le chef inspecteur Kokil, n’ont dévoilé la charge retenue contre lui dans cette affaire. Toutefois, revirement de dernière minute quand la décision de la liberté sur parole a été prise et communiquée, alors que la porte d’une des cellules du Moka Detention Centre devait s’ouvrir pour l’accueillir. En début de soirée, s’adressant à la presse, en compagnie de ses conseils légaux, et également Arvin Boolell, il devait concéder que « pandan 38 ans, mo inn fer politik, zame mo inn pey enn roupi lamand. Premie fwa mo inn passe enn kalver parey » car en fin de journée, alors qu’il attendait son transfert du QG du Central CID au Moka Detention centre, il avait laissé échapper que « zame dan mo lavi mo ti kwar pou al pass enn nwit dan kaso ».
Le principal grief des hommes de loi d’Anil Bachoo aux limiers du Central CID, engagés dans son interrogatoire Under Caution, est qu’à aucun moment pendant toute la journée, la charge retenue contre leur client n’a été révélée. Et cela en dépit de nombreuses requêtes formulées pour que « the charge be put » et que le numéro 4 de l’ancien gouvernement travailliste soit traduit devant le tribunal en vue de leur présenter une motion pour la remise en liberté provisoire. « Tout a été planifié avec un Dilly-dallying des plus flagrants pour pouvoir placer Anil Bachoo en détention pour la nuit d’hier à ce matin et éviter que la Cour soit saisie d’une Bail Motion », a déclaré en substance Me Valayden. De son côté, Anil Bachoo a placé la responsabilité de ses malheurs sur le dos du ministre de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain, qui est parti en mission à Dubaï depuis jeudi soir.
Une tentative des hommes de loi de faire appel à la Cour suprême avec une motion Habeas Corpus contre le commissaire de police, Mario Nobin, hier après-midi, devait échouer. La juge Rita Teeluck, siégeant en référé, a « set aside » la motion peu après 16 heures. Avec sa remise en liberté sur parole, Anil Bachoo devra retourner aux Casernes centrales pour une éventuelle comparution devant la Bail and Remand Court.
Me Valayden, qui a animé un point de presse dans la soirée d’hier, a dressé les différentes séquences de l’interrogatoire de l’ancien vice-Premier ministre dans cette affaire de contrats de Rs 500 millions sans avoir recours aux procédures d’appels d’offres après les pluies diluviennes du mercredi 13 février 2013. D’entre de jeu, il s’est appesanti sur le fait que « s’il y a un mot pour qualifier ce qui s’est passé au Central CID avec l’interrogatoire d’Anil Bachoo, il se résume à un mot en quatre lettres, que ce soit en français ou en anglais. C’est un viol ou un Rape of Justice. Je n’ai aucun doute à ce sujet. Quand les gens vont prendre connaissance de ce qui s’est passé, ils me donneront encore plus raison ».
Bail Motion
Se basant sur son expérience d’homme de loi en matière de droit pénal, Me Valayden avance que « la première chose à faire lors de l’interrogatoire est de demander la nature de la charge retenue contre le client. C’est ce que j’ai fait et collectivement avec les autres avocats, dont les services ont été retenus par Anil Bachoo. Le chef inspecteur Kokil, dont le fils a été témoin à charge contre Yatin Varma, a tout simplement répondu : nou pa pou dir ou sarz-la ».
À ce stade, Me Valayden a rappelé que les clauses 5 et 10 de la Constitution stipulent que la charge doit être révélée. Sur ce, le Main Investigating Officer devait rajouter « mo pou dir a la fin si ena sarz ». Entre-temps, Anil Bachoo avait clairement fait comprendre qu’il allait exercer son droit constitutionnel au silence aux termes de l’article 10 de la Constitution.
Revenant à ce qui est présenté comme des tactiques de Dilly-dallying, Me Valayden a dénoncé les longs délais accumulés pour démarrer l’exercice de Questioning. « Le rendez-vous fixé la veille était à 11 h vendredi. Nous sommes arrivés au Central CID à 10 h 44 et nous avons attendu jusqu’à 12 h 05 dans la chambre No 16, réservée à l’interrogatoire des terroristes, et cela après des appels téléphoniques à l’ACP Jangi. Le but était clair : nous empêcher de présenter toute motion de remise en liberté provisoire devant la Bail and Remand Court », ajoute-t-il en rappelant le long break subséquent pour le déjeuner avec Anil Bachoo en état d’arrestation.
Devant la tournure des événements, Me Raj Pentiah a été dépêché pour établir des contacts au niveau de la magistrature vu la possibilité de la présentation tardive d’une Bail Motion. La série de la quarantaine de questions devait être entamée. Les hommes de loi ont pris l’engagement de rendre publiques aujourd’hui ces questions, qui se sont heurtées au droit au silence d’Anil Bachoo. « Les premières questions des enquêteurs n’avaient rien en substance. Nous sommes revenus à la charge pour réclamer que les charges soient connues pour que nous puissions aller en Cour le plus rapidement possible. La réponse a été : bizin al pran lordr lao », poursuit-il.
Le mano-à-mano au sujet des charges éventuelles reprend de plus belle avec l’homme de loi avançant : « pena Charge M. Kokil. » Et au chef enquêteur de la police d’ajouter « pena nanyen solid so far pou met sarz ». À 14 h 44, Me Y. Ramsahok, agissant au nom de Me Valayden, écrit au commissaire de police pour attirer l’attention sur ce qui se tramait dans les locaux du Central CID.
« I am appealing to you in order not to jeopardize any basic rights of M. Bachoo, that the police press charges if ever there are any charges before the appropriate Court so as to allow M. Bachoo to appear before a Court of Law and make appropriate motions for him to be released on bail », écrit-il en ajoutant que « I hope and pray you look into this matter as I, together with my learned friends, fear that this whole process smacks of a political ploy against my client to destroy his reputation, credibility and deeply hurt his fabric as a person ».
Presque à ce même moment, l’ancien Attorney General Yatin Varma devait être mêlé à une controverse suite à un échange téléphonique. Il aurait laissé entendre à son interlocuteur que « zot tou pe travay sous Bhadain ». Ce commentaire n’aurait pas plus aux membres du Central CID présents, qui ont pris la décision de donner une suite à cette affaire. L’interrogatoire était arrivé à la 34e question et des démarches en vue de présenter une motion d’Habeas Corpus en Cour suprême ont été initiées. Cette motion, sur la base d’un affidavit juré par les soins du frère d’Anil Bachoo, a été rejetée par la juge Teeluck.
En parallèle, la police avait pris des dispositions pour la détention d’Anil Bachoo. Rama Valayden confirme qu’une dizaine de policiers étaient en stand-by dans les couloirs du Central CID. « Misie Appayah nek dir : nou pe aret M. Bachoo. Nou inn gagn lordr pou Commit him to Cell », s’insurge l’homme de loi, qui dénonce également le fait qu’ils n’ont pas eu le droit de se concerter en privé avec leur client pour décider de la marche à suivre. « C’est un Gang Rape of the basic Ethics of lawyers », dit-il.
Par la suite, l’ancien vice-Premier ministre est embarqué dans un véhicule banalisé en direction du Moka Detention Centre. Les hommes de loi choisissent de se concerter à l’étude de Me Pentiah à Port-Louis avant d’aller à la rencontre de leur client en détention. Sur ces entrefaites, ils apprennent que la décision de remise en liberté sur parole a été prise. « D’abord, je ne voulais pas y croire. Mais j’ai reçu un appel d’Anil Bachoo, je me suis rendu compte de ce développement », ajoute-t-il en soulignant qu’il compte soumettre un dossier complet à la Human Rights Commission dès la fin de la semaine prochaine et également à Me Geoffrey Robertson, QC.
Anil Bachoo, qui s’est également entretenu avec la presse après sa remise en liberté sur parole, a dénoncé la manière de faire des enquêteurs du central CID. « En assistant à tout ce qui s’est passé dans la journée, je me suis dit, si avec moi, Anil Bachoo, et tous mes avocats, ils n’ont pas hésité à faire ce qu’ils ont fait, je me demande ce qui se passe dans le cas de cet enfant de cité ou d’un village éloigné sans avocat. Ki sa malere-la pase », dit-il.
« La zourne pena sarz. Tanto ferme dan kaso ek apre large», déclare Anil Bachoo, qui s’en est pris au ministre Bhadain. « Pendant les cinq dernières années où j’ai été ministre, je n’ai effectué qu’une mission à l’étranger. Me get Bhadain ki pe fer ? Sak semenn li pe al trene », dit-il en clamant son innocence dans les accusations portées contre lui dans l’affaire des Rs 500 millions de contrats de la NDU. Il affirme que le choix des travaux après les flashfloods du mercredi 13 février 2013 a été dicté par des ONG, la police, le gouvernement, des députés de l’opposition « ek mem Pravind Jugnauth ». « Pa finn fer parti pri », dit-il.
Pour sa part, Arvin Boolell a stigmatisé « la dérive dictatoriale et le non-respect des institutions » en demandant au commissaire de police de se ressaisir en vue de voir « une force policière agissant dans le respect de la Constitution et en toute indépendance ». Il ajoute qu’à « sak fwa dimounn mont leskalye Central CID, mem zafer nou tande : instriksion pe sorti depi lao. Ki kote sa ».
De son côté, Yatin Varma a parlé de « Black Friday » pour le respect des droits fondamentaux et a défié Roshi Bhadain de jurer un affidavit affirmant qu’il ne s’immisce pas dans les affaires de la police. Me Raj Pentiah est aussi intervenu pour dénoncer les vices de procédures lors de cette enquête.
Ce matin, Anil Bachoo devra retourner au Central CID avant de comparaître devant la Bail and Remand Court pour prendre connaissance des inculpations provisoires logées contre lui.