Lundi 8 février, Roshi Bhadain a annoncé que la MBC va désormais opérer sur le modèle de France Télévisions. Une nouvelle chaîne sera ajoutée au bouquet de 17 chaînes déjà proposées. Cette chaîne, qui se posera en concurrent en matière d’information, disposera de son propre journal télévisé !  Cette annonce suscite un flux d’interrogations et de commentaires sur le pourquoi de cette concurrence interne et ses conséquences, dont la division éventuelle des ressources au sein de la MBC…
« Nous ne sommes déjà pas en mesure de produire un bulletin selon les normes les plus élémentaires et voilà que nous allons nous concurrencer nous-mêmes ? » s’exclame un journaliste vétéran. 
Des questions se posent en effet.  D’abord, dans quelle langue sera ce bulletin: français, créole, hindi, urdu, anglais ? Est-ce logique et conforme à la loi de produire un autre bulletin pour stimuler les journalistes ? Y aura-t-il un deuxième secrétariat ? Comment gérer le flux d’invitations en tous genres ?  Comment départager les équipements ?  Ou seront aménagées les nouvelles rédactions et les salles de montage ? La rédaction sportive est-elle concernée également? La rédaction générale sera-t-elle scindée en deux ? Comment choisir les vedettes qui iront présenter les Jt en concurrence ? Les critères seront-ils liés au poids de l’expérience ? Comment assurer les frais et les supports satellites pour l’international ? Cela signifie-t-il que les ministères vont devoir envoyer deux fois plus de convocations ? Et exiger deux fois de temps d’antenne ?  Et quand SAJ donnera une déclaration, à qui la fera-t-il ? Comment choisir celui qui l’accompagnera en mission ? Les graphistes seront-ils, pour leur part, répartis en deux poules ?
Par ailleurs, quelle sera la ligne éditoriale de cette 2e chaîne?  Tous savent à la rédaction de la MBC qu’un ponte du news desk a passé une audition nocturne chez un autre ponte ministériel avec la bénédiction de deux assesseurs patentés. Est-ce cette même formule qui sera adoptée ?
 Les archives, parlons-en !  Tout le monde aura-t-il accès aux mêmes archives ? Encore faut-il savoir les utiliser.  Tous ont remarqué, avec effroi, avec quelle légèreté ont été utilisées des images d’un documentaire sur l’Indépendance, réalisé par la BBC, pour ouvrir un débat sur la télévision de demain.  Débat durant lequel une intervenante a remis sur le tapis que le nerf de la guerre sera le contenu et pas seulement les passages en ‘digital’.  Le contenu justement. Lors du journal mercredi soir la MBC a fait passer des images du Brésil pour des scènes tournées à Maurice… 
La MBC a déjà beaucoup de mal à gérer ses infrastructures numériques, un personnel mal adapté au traitement de l’information dans un monde où le transmédia est roi; et voilà qu’elle se lance dans de l’autoconcurrence. Elle qui ne parvient pas à faire évoluer ses bulletins répétitifs.  Certains journalistes et cameramen ne savent plus comment cerner un angle dans tous les sens du terme; ils sont déjà blasés par le vedettariat éphémère …  Ah oui, puisqu’on parle de vedette, qui au ministère avalisera la liste des présentateurs ou présentatrices ? Non, ne nous dites pas que vous ne savez pas qui a décidé, il n’y a pas si longtemps, de cautionner certaines lolipops à l’antenne ?
Cette décision annoncée par un ministre se situerait dans le cadre d’une restructuration. Cela veut dire que des professionnels, des membres de la direction par intérim ou pas et le Conseil d’administration se seraient donc penchés sur les détails de la chaîne concurrente: le nombre de réalisateurs, de journalistes, de monteurs, etc. de ce que cela coûtera en overtime. Parce que la chaîne concurrente voudra peut-être travailler un soir d’inondation à Fond du Sac, histoire de voir comment des Mauriciens démunis passent la nuit après avoir tout perdu.  Mais il faut aussi savoir que la MBC du jour ne paie pas d’overtime comme le stipule le PRB.  Puisqu’elle interprète à sa manière le PRB ! 
Ah, il faudra des véhicules.  Et si les deux rédactions décident de couvrir les mêmes événements ? Vont-ils se battre sur le terrain pour avoir des exclusivités ? Et qui interviendra à la radio ? Car il faut savoir que les journalistes qui couvrent pour la télé interviennent aussi à la radio ? Cela sera-t-il décidé à la courte paille ?
Faut-il analyser l’autre annonce ? Celle de nourrir la chaîne de ses propres films « achetés comment et par qui ? ». Par ailleurs, ces six dernières années, la MBC a dépensé Rs 635 millions en films, téléfilms de séries B à Z, documentaires, match de Bundesliga, etc. Quel pourcentage sera-t-il alloué à cet item ? Cela implique des serveurs séparés, des programmateurs, des preview officers, etc qui opèrent indépendamment de ceux des autres chaînes.
Tout ce beau monde sera-t-il abrité à Moka ou ailleurs? Aura-t-il droit à un étage à part ou un nouveau bâtiment? Et quand il faudra acheter des films à Biarritz, au MIP TV à Cannes, en Afrique du Sud ou à Mumbai, la MBC enverra-t-elle deux officiers, qui se partageront le per diem et la même chambre double? Puisqu’on parle de chambre, le ministre a aussi parlé de la réapparition d’émissions très prisées par le public, comme le quizz intercollèges et le fameux «  couple idéal ».  Qui à la MBC se souvient de cette émission?
 Ce que cela veut dire en fait c’est que plus que jamais on prend les Mauriciens pour des imbéciles.  Et surtout qu’on ne sait pas quoi faire de cette station de dérision nationale !