L’audition du public par le sous-comité de la National Energy Commission a été dominée hier par les dépositions de Somduth Dulthummun et de Mgr Maurice Piat. Le président de la Sanathan Dharma Temples Federation a défendu le projet de CT Power estimant que s’il avait démarré avant le pays aurait économisé environ Rs 3 milliards. L’évêque de Port-Louis a quant à lui insisté sur la dimension morale de l’utilisation des énergies renouvelables. « L’écologie représente une excellente plate-forme pour les principaux chefs religieux en vue de travailler ensemble pour le bien du pays », a-t-il déclaré. Rehman Habib Toofany a aussi déposé hier.
Premier à se présenter devant la National Energy Commission hier, Somduth Dulthummun a passé en revue la production énergétique à Maurice. Le président de la Sanatan Dharma Temples Federation (SDTF) a rappelé l’objectif du gouvernement d’augmenter de 35 % la part des énergies renouvelables dans la production énergétique d’ici 2025. Pour lui, dans les circonstances actuelle, le charbon qui est disponible facilement est l’option la moins chère pour le pays. « Les IPPs (Independent Power Producers) qui produisent 60 % des besoins énergétiques du pays utilisent tous du charbon sans que cela étonne le public », a-t-il soutenu.
Le président de la SDTF a inscrit l’arrivée de CT Power dans le cadre de la démocratisation de l’économie. Selon Somduth Dulthummun, cette compagnie a essayé d’obtenir une part du marché en vue de répondre aux besoins immédiats du pays. Or, a-t-il estimé, « much is being done from several quarters to kill this project ». Il a observé que le projet de Point-aux-Caves, le « meilleur site pour la production de l’énergie thermique », a été approuvé par K and M Engineering (2002) et Hurton and Williams. « C’est le premier projet privé dans lequel le gouvernement est actionnaire à travers le CEB », a-t-il soutenu.
Somduth Dulthummun n’a pas manqué de critiquer les six IPPs. Selon lui, l’industrie sucrière empochent tous les gros profits réalisés par ces derniers. Il s’est dit étonné que ces producteurs aient pu rembourser des prêts de Rs 5 milliards en cinq ans. Par contre, a-t-il soutenu, le CT Power sera transféré au gouvernement dans 20 ans.
Le président de la SDTF a aussi critiqué les 31 conditions imposées par le ministère de l’Environnement au EIA Permit accordé à CT Power. Ce qui n’a pas été le cas pour les autres IPPs, a-t-il avancé. « Can we say that the same level of playing field has been offered to CT Power as the IPPs ? » s’est-il demandé. Il a rappelé que les responsables de CT Power ont déjà engagé des consultations avec les habitants de la région d’Albion, de Petite-Rivière, de Gros-Cailloux, de Canot, entre autres. Selon lui, si cette compagnie avait été autorisé à opérer, le pays aurait économisé environ Rs 3 milliards alors que le CEB est en train d’investir Rs 5 milliards dans l’achat de six nouveaux générateurs pour St Louis.
Perspective morale
De son côté, Mgr Maurice Piat a placé son intervention dans une perspective morale. L’évêque de Port-Louis a reconnu ne pas avoir les compétences techniques voulues pour pouvoir faire des propositions concrètes sur la question complexe du passage nécessaire de dépendance actuelle sur des sources d’énergies fossiles à une utilisation des sources d’énergies renouvelables. Tout en étant de nature hautement technique, cette question, selon lui, est traversée par une dimension morale. « Cette dimension morale vient de l’enjeu humain considérable que comporte la question du choix des sources d’énergies. Il s’agit en fait de choisir si nous voulons ou non contribuer concrètement à diminuer la pollution et le réchauffement de notre planète, et donc de notre île, afin de léguer aux prochaines générations une planète encore humainement viable », a-t-il dit.
En matière de production énergétique, Mgr Piat s’est demandé si « notre seul objectif est de faire de l’argent rapidement sans se soucier du bien-être de la population ou si nous voulons prendre du recul et chercher d’autres moyens pour permettre à la population d’accéder aux sources existantes d’énergies renouvelables plus propres et plus respectueuses de l’environnement ». « Les experts nous le disent et nous le répètent : ces moyens sont là. Il faut une volonté politique inspirée par une responsabilité morale envers la population. »
L’évêque de Port Louis a insisté sur l’importance d’un plan stratégique sous la forme d’une charte pour notre politique énergétique et sur la nécessité de susciter un élan national autour de la question énergétique. « Il faut à tout prix éviter un rapport de force entre les pour et les contre l’utilisation des sources d’énergies polluantes, mais susciter un élan national qui mobilise la nation toute entière autour d’un objectif clair abordé avec réalisme dans un calendrier de transition raisonnable. Un objectif qui a besoin de la participation de tous pour réussir. »
Mgr Piat a souligné que l’Église catholique est disposée à participer à un effort de mobilisation nationale à travers ses différentes institutions scolaires, sociales, etc. « C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’elle a lancé un programme de production d’électricité dans les institutions scolaires à partir de panneaux photovoltaïques et un projet pour mesurer l’empreinte écologique des écoles et collèges », a-t-il soutenu. Et d’ajouter : « L’écologie représente une excellente plate-forme sur laquelle les principaux chefs religieux peuvent travailler ensemble pour le bien du pays. De plus, le projet d’une politique énergétique basée sur la production d’énergies renouvelables est un thème fédérateur qui va au-delà des religions et touche tous les Mauriciens, y compris les non-croyants. »
Rehman Habib Toofany a, pour sa part, mis l’accent sur la bonne gouvernance et la transparence. Il a souhaité que le CEB s’engage à nouveau dans le projet d’ampoule économique. Il a suggéré que des tarifs punitifs soient introduits pour l’utilisation excessive des appareils électroménagers durant les heures de pointe, que des bonus soient accordés à ceux qui les utilisent en dehors des heures de pointe. Il a aussi souhaité qu’un « discount » de 5 % soit accordé à ceux qui paient leurs factures en avance.