Notre ami et collaborateur de longue date, Gérard Cateaux s’est éteint hier à l’âge de 75 ans des suites d’ennuis de santé qui s’étaient aggravés ces derniers jours.

La presse mauricienne perd avec ce départ un acteur important de son histoire. Lui qui a acquis ses lettres de noblesse après avoir gravi tous les échelons. Il a occupé tour à tour les postes de prote, de secrétaire de rédaction, de critique de cinéma, d’éditorialiste avant d’accéder au fauteuil suprême de rédacteur-en-chef. Il a aussi œuvré au sein d’organismes locaux et internationaux pour la liberté de la presse, pour une presse libre intellectuellement et économiquement et la formation des journalistes.

Gérard Cateaux succéda à Jacques Rivet, le fondateur de Week-End, comme rédacteur-en-chef lorsque ce dernier a dû s’éloigner provisoirement du ‘day-to-day running’ de la publication pour des raisons personnelles en 1978. Recruté quelques années plus tôt, en 1972, lorsqu’il revint de Madagascar où il enseignait l’anglais après ses études secondaires au Collège Royal de Port Louis, Gérard Cateaux, formait avec son directeur Jacques Rivet et le directeur technique Gaëtan Montenot— lui-même décédé, il y a quelques semaines—et d’autres une équipe complice et magique qui fi rent de Week-End ce qu’il est encore aujourd’hui pour beaucoup à l’image de son slogan favori : « Un dimanche sans Week-End est un week-end sans dimanche ».

Gérard Cateaux a régné pendant plus de 25 ans. Cette longévité rare à la barre d’une rédaction, il la doit à la confiance de sa direction mais surtout parce qu’il était une personnalité consensuelle. Derrière sa discrétion et bonhomie de façade il usait avec doigté de sa capacité d’écoute et de son habileté à désamorcer les conflits incontournables d’une salle de rédaction. Il faut dire qu’il a eu la chance mais aussi la lourde tâche d’avoir sous son autorité, parfois discutée, les meilleures plumes et les journalistes les plus aguerris de l’île. Il appréciait chez eux leur rigueur, leur méticulosité et leur discipline aux rudiments du métier et regrettait que la nouvelle génération soit parfois trop futile et volage et surtout n’écoutaient pas leurs aînés. Malgré cela, il a permis à nombre d’entre eux de se frayer un chemin vers les sommets.

Celui qui a longtemps vécu dans le Ward IV était aussi un humaniste convaincu et convaincant et s’intéressait de près aux problèmes de société et de la politique de Maurice grâce au réseau et contacts tissés des années durant. Mais au fi l de son cheminement professionnel, ce sont les grandes thématiques et problématiques du monde global qui ont eu toute son attention. Il laissa à ses plus proches collaborateurs et d’autres talents de la pensée libre le soin de raconter avec justesse et commenter sans concession l’actualité en constante ébullition et évolution de l’île.

Au fil du temps, Gérard Cateaux avait eu l’humilité de confier progressivement la fabrication du journal à ses pairs, au crépuscule de sa carrière mais il poursuivit avec la même verve — parfois arrosée — ses coups de plume acérés et énergiques pour agrémenter ses lecteurs de ses incontournables éditoriaux qui démontrait sa maîtrise experte des dossiers épineux de la planète.

A l’âge de la retraite, il décida de son propre chef et à notre grand regret de céder aux chants de sirène et de promesses d’ailleurs. L’hypothétique journal qu’il devait diriger ne vit jamais le jour. Il édita pendant cette phase de sa vie un livre qui raconte l’histoire touchante de son enfance et de son cheminement vers le stade d’un adulte assumé à Madagascar et à Maurice. La suite devait être écrite…

Gérard Cateaux était un collègue attachant avec qui nous avons partagé en compagnie d’autres fidèles des samedis soirs animés et ardus pour offrir à nos lecteurs le meilleur journal possible. GéGé, comme nous l’appelions affectueusement à la rédaction, était un amoureux de la vie. Il a passionnément aimé. Il eut deux épouses qui lui ont donné des enfants qu’il adorait et qui ont autour de ce patriarche aimant formé une famille formidable avec Frederic, Sheila, Roshni et Reshmi à qui Week-End et le groupe le Mauricien Ltd présentent leurs plus sincères condoléances. Adieu Gérard, Adieu GéGé !