Abdool Kader Bhayat, ancien ministre du Commerce et de l’Industrie, politicien et légiste respecté, est décédé dans la nuit d’hier à aujourd’hui à l’âge de 76 ans. Son enterrement (mayat) a eu lieu aujourd’hui à midi à Riche-Terre.
Kader Bhayat a marqué toute une génération de politiciens mauriciens. Il s’est joint au MMM en 1972 et devait occuper l’avant-scène politique durant les années 70. Il composait, à cette époque, avec sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, le triumvirat qu’a dirigé ce parti pendant les années de braise. Paul Bérenger, se souvient qu’il figurait parmi ceux qui ont permis de garder vivant le MMM alors que ses principaux dirigeants étaient en prison en 1972. Il assurait la liaison entre les prisonniers politiques et les militants.
Kader Bhayat a été élu dans la circonscription N° 2 à Port-Louis lors des élections générales organisées en 1976, premier scrutin organisé depuis l’accession de Maurice à l’indépendance. Il avait alors pour colistier, Noël Lee Cheong Lem et Rajiv Servansingh.
En 1977, Kader Bhayat est devenu le premier lord-maire de la capitale, issu des rangs du MMM. Aux élections législatives générales de 1982, il est élu en tête de liste toujours dans la circonscription N° 2. Il avait cette fois pour colistier Vijay Padaruth et Noël Lee Cheong Lem.
Kader Bhayat avait fait partie du Front Bench du premier gouvernement de sir Anerood Jugnauth, après Harish Boodhoo et Paul Bérenger et avait obtenu le portefeuille du ministère du Commerce et d’Industrie. Après la cassure du gouvernement MMM/PSM et la séparation de Sir Anerood Jugnauth du MMM pour créer le MSM, Kader Bhayat opta pour le MSM et se présenta dans la circonscription N° 10 aux côtés de sir Satcam Boolell aux élections générales de 1983.
Présenté durant la campagne électorale comme vice-Premier ministre éventuel, Kader Bhayat devait se contenter toutefois du portefeuille ministériel du Commerce et du Transport maritime, laissant le poste de VPM à sir Gaëtan Duval. Mais à la suite d’un profond désaccord avec sir Anerood Jugnauth, il démissionna du gouvernement en janvier 1986 en même temps qu’Anil Gayan, Kadress Pillay et Kailash Purryag. Il s’est alors consacré depuis cette date à son métier d’avocat mais sans pour autant se désintéresser de la politique.
En 1989, il prend la défense de sir Gaëtan Duval, arrêté par la police à la suite des déclarations de Paul Sarah et de Moorgesh Shummoogum, impliquant le leader bleu dans l’affaire Azor Adélaide.
En 1991, il est pressenti pour être candidat dans les rangs du Parti travailliste contre l’alliance MMM/MSM. Toutefois, aux élections générales de 2000, il mènera campagne en faveur de l’Alliance MSM/MMM et dans une déclaration de presse se réjouira même de la victoire de cette dernière.
Kader Bhayat était également membre du board de la Banque de Maurice depuis 2007 et a soutenu Manou Bheenick contre les contestataires au sein de ce board.
Dans une première réaction ce matin, le leader du MMM Paul Bérenger a déclaré au Mauricien qu’il est très touché par le décès de Kader Bhayat. Il a observé que ce dernier avait été très malade il y a quelque temps de cela et qu’il avait pu s’entretenir longuement avec lui. « Il avait remonté ces moments difficiles avec beaucoup de courage », se souvient-t-il. Paul Bérenger garde de Kader Bhayat le souvenir d’un « grand gentleman ».
Pour Rajesh Bhagwan, Kader Bhayat était un militant historique. « J’ai entretenu d’excellentes relations avec lui même en tant qu’adversaire. J’avais l’habitude de le saluer en gujrati en lançant “Kem cho” à chaque fois que je le croisais. Comme mes parents, il est originaire de Surat dans le Gujarat en Inde. C’est également le cas pour Ahmad Jeewah », confie Rajesh Bhagwan.
Cassam Uteem, lui, se souvient que c’est grâce à Kader Bhayat qu’il a adhéré au MMM. « Il m’avait écrit alors que j’étais à Paris. Grâce à lui, ma demande de candidature dans la circonscription N° 3 où j’ai grandi a été accepté par le MMM », a-t-il affirmé. « Malgré son origine bourgeoise, il a choisi de s’engager aux côtés des travailleurs et a milité aux côtés des syndicats, en particulier ceux du travailleurs du port, qu’il conseillait d’ailleurs. En tant que militant, il était un homme de caractère. Il était intransigeant sur certains principes, n’hésitant pas à s’opposer à Paul Bérenger au sein du bureau politique sans jamais être rancunier. Il n’hésitait pas à claquer la porte parfois pour retourner par la suite à la table des discussions. Il prenait quotidiennement le petit-déjeuner avec Paul Bérenger alors que ce dernier était le négociateur des travailleurs du port. Il était également un homme de coeur. Lorsqu’il avait été élu lord-maire en 1977, il avait insisté pour que Régis Grivon, un docker, soit son assistant. Alors que les habitants de foi musulmane étaient à la recherche d’un terrain pour la construction d’une mosquée à Mare-Gravier, il a choisi de leur offrir un terrain qui l’appartenait et qui doit valoir des millions de roupies aujourd’hui. Je présente mes sympathies à son frère, ses soeurs et à ses filles. »
À la famille Bhayat, Le Mauricien présente ses condéléances