C’est avec beaucoup de regrets et de tristesse que nous avons appris le décès de Jacques Dudal, survenu hier en France. Considéré par beaucoup — et c’est peu dire — comme un père spirituel, il est parti après avoir tant donné à l’athlétisme mauricien pour lequel il avait assumé les fonctions de directeur technique national  pendant de longues années, soit entre 1991-92 et 2001, année où il échappa à une rupture d’anévrisme. Depuis, il s’était retiré de la scène, se réfugiant dans une maison de repos en banlieue parisienne.
La triste nouvelle nous est parvenue hier après-midi par Stephan Buckland, lui-même formé et façonné à l’école du “maître” Dudal avant qu’il n’explose sur la scène mondiale. « Jacques devait avoir 89 ans », nous confie Buckland, qui se rend à Paris aujourd’hui pour assister aux funérailles. Véritable forcené, Jacques Dudal exerçait son rôle avec une passion inaltérable. Il était à la fois un père, un guide, un ami, un coach, un technicien, un détecteur de talents. Rien ne pouvait échapper à son oeil de lynx. Il savait reconnaître de loin la perle rare, le champion à l’état brut avant de le passer au creuset pour en faire le véritable champion qui demeure irremplaçable tout comme lui. Car depuis son départ, l’athlétisme mauricien est resté orphelin. En effet, personne ne remplace Jacques Dudal.
Véritable connaisseur et visionnaire, il pouvait en l’espace de quelques heures présenter l’ébauche d’un plan de préparation à court, moyen et long termes dans chaque catégorie et le mettre à exécution comme du papier à musique. Il savait tout faire. Avec sa cigarette au coin des lèvres qui ne le quittait jamais jusqu’à sa retraite, son blouson bleu ciré, ses lunettes carrées et son éternel bermuda à carreaux pale, c’était un guerrier, très rigoureux, mais simple et toujours prêt à écouter, à partager et offrir ce qu’il avait de meilleur aux athlètes, entraîneurs, dirigeants et même aux ministres à titre consultatif.
Son dernier triomphe remonte à 2001, lors des Jeux de la Francophonie à Ottawa-Hull, au Canada, événement qui vit l’éclosion sur la scène mondiale de la génération dorée composée des Stephan Buckland, Éric Milazar, Jonathan Chimier, Arnaud Casquette. Mais avec eux et avant eux, il y avait bien aussi eu les Khemraj Naiko (hauteur), Bernadette Ravina (javelot), Fernando Augustin, Rudy Teeroovengadum (400 m et relais 4×400 m), Ommanansingh Kowlessur (sprint), Kersley Gardenne (perche), Gino Antoine (décathlon), Judex Lefou (110 m haies et 400 m haies), Sheila Seebaluck, Mike Félicité, Pascal Face, Christopher Blackburn, Ricky Wai Choon, Josiane Boullé (demi-fond), Caroline Fournier (marteau), Christian Boda, Bernard Auguste, Sydney Laroulette (sprint), Marie-Lourdes Allysamba (heptathlon) et bien d’autres qui ont fait les beaux jours de l’athlétisme mauricien.
C’est quelque temps après son retour du Canada qu’il subissait sa première alerte. Mais malgré son état de santé qui était encore précaire, Jacques Dudal avait pu faire le saut à Maurice en 2003 à l’occasion des 5es Jeux des îles pour se retremper justement dans cette ambiance si chaleureuse qui l’avait beaucoup manqué. Revoir tous ces visages lui procurait beaucoup de joie et réveillait en lui de beaux souvenirs. Il était revenu à Maurice en 2006 lors des championnats d’Afrique tenus au stade de Bambous. Puis, une dernière fois en 2009 à l’occasion des championnats d’Afrique juniors à Bambous toujours, où les athlètes lui avaient offert un vibrant hommage. Depuis, il est resté en France.
Un mois et demi de cela, soit dans l’intervalle du Meeting international de Maurice les 18-19 avril à Bambous, on entendit dire qu’il avait subi une autre alerte cérébrale. Il ne s’en remettra pas cette fois. Il laisse dernière lui l’image d’un entraîneur jeune d’esprit, un bon vivant qui appréciait le don de la vie malgré les coups de gueule. La rédaction sportive du Mauricien présente ses plus vives sympathies à la famille de Jacques Dudal et à tous ces qui sont touchés par sa mort.