Sir Edouard Lim Fat, connu comme étant le « père de la zone franche mauricienne », est décédé ce lundi 2 mars à l’âge de 93 ans. Né à Baie-du-Cap en octobre 1921 et benjamin de la famille, Edouard Lim Fat devait, pendant les premières années de son enfance, délaisser momentanément l’école pour soutenir ses parents dans la boutique familiale de Montagne-Blanche. C’est à l’âge de 8 ans qu’il intégra l’école du village, où il rattrapa très vite son retard sur les autres écoliers. Boursier du primaire – il se classa 40e sur les quelque 500 candidats en lice –, il entra au Collège Bhujoharry, qui venait alors d’ouvrir ses portes. Alex Bhujoharry, le recteur, constata que le jeune Edouard était « trop intelligent » pour demeurer dans son collège débutant et demanda à ses parents de lui faire passer un examen pour l’obtention d’une bourse de la municipalité de Port-Louis, donnant droit à une inscription au Collège Royal de Port-Louis.
Son School Certificate en poche, Edouard Lim Fat travailla comme dactylo au ministère de la Santé pendant deux ans. Avec ses économies et le soutien financier de ses frères, il voulait mettre le cap sur l’Angleterre pour des études universitaires. Il resta néanmoins bloqué au pays pendant cinq précieuses années (1939-1944) en raison de la Seconde Guerre mondiale, mais il pu par la suite faire des études d’ingénieur au prestigieux Imperial College.
En tant que génie chimique, Edouard Lim Fat a travaillé quelques années à la Harwell Atomic Energy Research avant de rentrer à Maurice pour contribuer au développement du pays et, surtout, pour respecter une promesse qu’il s’était faite durant son jeune âge : venir en aide aux gens les plus démunis, avec qui il avait vécu. Edouard Lim Fat s’est joint ensuite à la fonction publique, prenant emploi au ministère de l’Agriculture. Au début des années 60’, il obtint une bourse pour poursuivre ses études à l’Université de Newcastle et, après deux ans, il retourna au pays avec un diplôme en agriculture. Entretemps, il avait épousé Denise Chan. De cette union sont nés trois enfants.
À son retour, il a pris de l’emploi à l’université et il fut nommé en 1963 directeur du Collège d’Agriculture. Il participa à la création de l’Université de Maurice et à l’établissement de la School of Industrial Technology. En 2010, l’Engineering Tower de l’UOM changea de nom pour prendre celui de Professor Sir Edouard Lim Fat Engineering Tower.
Ce fut lors de ses voyages en Malaisie, à Hong Kong , à Taïwan et à Singapour que l’idée de créer une zone franche commença à germer dans la tête de sir Edouard Lim Fat. L’idée fut adoptée par sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Gaetan Duval. Avec l’aide de personnalités comme Benoît Arouff et Maurice Paturau, une grande impulsion fut donnée à ce projet, basé sur le modèle taïwanais, et en profitant de la situation précaire prévalant alors à Hong Kong.  Ce projet culmina avec l’adoption de l’Export Processing Zone Act de 1970. Le secteur manufacturier a beaucoup contribué au miracle économique qu’a connu le pays dans les années 80’.
Sir Edouard Lim Fat se mit également à l’oeuvre en tant qu’entrepreneur, lançant plusieurs entreprises : Suzy Toys, France Créations, Empereur Ltée, entre autres. Sir Edouard obtint le titre de Chevalier de la Reine d’Angleterre en 1991 pour sa contribution exceptionnelle à l’avancement du pays.
Ses compétences ont aussi été sollicitées par d’autres instances. Sir Edouard Lim Fat a servi sur les conseils d’administration de la Banque de Maurice, de la Mauritius Commercial Bank, du National Economic Development Council et de la Mauritius Export Processing Zone Authority, entre autres. Il a lancé en août 2010 son autobiographie, From Vision to Miracle-Memoirs of Sir Edouard Lim Fat. Le Mauricien présente ses plus sincères sympathies à toute sa famille.