Les funérailles du Père Roger Cerveaux, décédé dans la soirée de mardi à l’âge de 64 ans, ont eu lieu mercredi après-midi en l’église du Sacré-Coeur à Beau-Bassin, où il officiait comme vicaire depuis sa maladie. Son corps a par la suite été inhumé au cimetière de Poudre-d’Or, son village natal.
Né le 24 septembre 1948, le père Cerveaux a fait ses études secondaires au Collège Royal de Port-Louis. Il est ordonné prêtre le 15 août 1980 à l’âge de 32 ans, après des études ecclésiastiques aux séminaires d’Angers et de Nantes, en France. La coïncidence aura voulu que, comme pour sa dernière affectation, il a commencé à officier à la paroisse du Sacré-Coeur à Beau-Bassin.
Durant ses 33 années de prêtrise, Roger Cerveaux a aussi été affecté aux paroisses du Saint-Sacrement à Cassis, de Saint-Esprit à Bel Air, de Notre Dame de la Visitation à Vacoas et de Saint-Patrice à Plaine-Magnien. Il a été, entre autres, aumônier du mouvement Foi et Lumière et représentant du diocèse catholique au sein du comité de travail oecuménique.
L’on retient surtout de ce prêtre catholique qu’il fut celui qui, à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage en 1993, souleva la question, jusqu’alors taboue, de la responsabilité de l’Église hiérarchique dans la situation d’indigence de la masse des créoles qui sont, très largement, de confession catholique.
Dans son ouvrage Culture Créole et Foi Chrétienne, Danielle Palmyre, théologienne et anthropologue, explique que Roger Cerveaux avait alors soutenu que la masse des créoles était triplement démunie : sur les plans de l’avoir, du savoir et du pouvoir. « Selon le père Cerveaux, écrit-t-elle, les créoles ont été victimes de l’esclavage, de leur propre intelligentsia, de la politique culturelle aliénante de l’Église et des politiciens soucieux de leurs propres intérêts. »
Et l’auteur d’ajouter : « Par son intervention, Roger Cerveaux a porté au devant de la scène publique le mal-être créole et a voulu interpeller la conscience de tous les citoyens et des catholiques, en particulier. »
Aux funérailles du défunt prêtre, mercredi, l’évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat, n’a pas manqué lui aussi de mettre en exergue ce « cri haut et fort » poussé, à l’époque, par Roger Cerveaux quant à la « souffrance des créoles ; marginalisés dans l’Église et au sein de la société mauricienne ». « S’il y a eu progrès dans l’Éducation, au sein de la communauté, s’il y a une version créole du Nouveau Testament, c’est grâce à ce coup de voix qui a porté du fruit », devait reconnaître Mgr Piat. Pour ce dernier, le père Cerveaux a « libéré l’identité créole de dessous la chape de plomb où elle était retenue ».
À Grand-Gaube l’an dernier, à l’occasion d’une messe dans le cadre de la Journée internationale Créole, le prêtre décédé reconnaissait lui-même que depuis 1993, les choses ont commencé à évoluer positivement. À cette occasion, en effet, Roger Cerveaux se réjouissait du fait que « les créoles ont redécouvert l’importance de l’Éducation ». Au cours de la même célébration, il insistait aussi sur l’importance pour les créoles de ne pas oublier l’amitié et les relations interpersonnelles très fortes qui existent entre les différentes communautés.
Mais le père Cerveaux, c’était aussi cette voix de stentor qui a chanté pour la première fois la liturgie en créole, et qui a fait découvrir ou redécouvrir à beaucoup le gospel.
À tous ceux éprouvés par sa disparition, plus particulièrement les membres de sa famille, Week-End présente ses sincères condoléances.