Depuis ce matin, la communauté des artistes, particulièrement du monde de la danse et de la musique, vit un deuil d’autant plus poignant qu’il touche un homme dans la fleur de l’âge. Depuis l’aube, ils se recueillent, pensent au chemin parcouru et aux grandes réalisations d’un danseur qui a excellé dans ses passions artistiques et leur expression, tant à l’Art Academy que sur les scènes mauriciennes et étrangères. Le danseur et chorégraphe Sanedhip Bhimjee s’est éteint tôt ce matin à l’âge de 44 ans à la suite d’une longue maladie contre laquelle il se battait avec beaucoup de courage depuis un an et demi.
Sanedhip Bhimjee est un artiste qui a su exprimer et enseigner auprès du plus grand nombre son goût infini pour l’accord parfait entre la figure chorégraphique, la ligne des costumes et les intonations mélodiques de la musique. La rémission qu’il a connue de décembre à avril lui a permis de reprendre ses activités d’enseignement, et même sa pratique de la danse au point d’offrir, le 21 février dernier au Indira Gandhi Centre for Indian Culture, un magnifique spectacle aux côtés de sa compagne, dans la vie comme à la scène, la danseuse Anna Patten. Intitulé Kshitij, ce spectacle a été un grand moment de la vie culturelle mauricienne, montrant à nouveau que la rencontre des artistes et la communion des influences, des courants musicaux et chorégraphiques constituent la quintessence de la création.
Sanedhip Bhimjee vivait avec sa compagne Anna Patten une passion sans limite pour la danse et la musique, qui leur a permis d’offrir ensemble de nombreux grands moments de spectacles sur les scènes locales. On se souvient de Katha’zz, Nayika, Shakti Yug et bien d’autres performances qui ont été imaginées et insufflées par l’Art Academy, l’école et compagnie de danse qu’ils ont créée et développée ensemble. Ce couple a maintes fois incarné sur scène pour le public l’amour et la communion aux confins de l’esthétisme. Ils ont su nous faire goûter cette extraordinaire magie des influences et des rencontres que permet l’expression d’un art pratiqué avec assiduité et éclat.
Né à Tulear, Sanedhip Bhimjee est venu à la fin des années 70’ s’installer à Maurice avec ses parents. C’est une cérémonie religieuse qui l’a amené, enfant, à réaliser ses premiers pas de danse. Sanedhip Bhimjee a exploré, au fil des ans, différents aspects de la double culture, qu’elle soit malgache ou mauricienne, qu’elle soit soufi ou hindou, traditionnelle ou des plus actuelles. Sa pratique de la danse, résolument ouverte aux autres expressions et au monde d’aujourd’hui, l’ont amené aussi à pratiquer le stylisme, à accueillir le jazz et les rythmes du sega dans ses pas et sa gestuelle. Les nombreux élèves de l’Art Academy n’oublieront pas son regard de jade et sa démarche altière. Ceux qui l’on cotoyé ces derniers mois ont vu aussi un homme qui a eu le courage et l’honnêteté de témoigner sur sa maladie publiquement pour apporter sa pierre à l’effort général dans la lutte contre le cancer. Nous garderons tous en souvenir ces moments inextinguibles de grâce d’un danseur qui savait passer de la vivacité rythmique du kathak au mouvement ascensionnel du derviche tourneur faisant chatoyer les soies dans nos yeux émerveillés de simples spectateurs.
Le convoi mortuaire devrait quitter le domicile du couple, à Rose-Hill, vers 15 h pour rejoindre les abords du Shivala Gandhi, à Palma, pour la cérémonie de crémation. Le Mauricien présente ses plus vives sympathies à Anna Patten et à tous les proches affectés par la disparition de Sanedhip Bhimjee.