Kader Bhayat, avocat, ancien député de la circonscription N° 2 (Port-Louis Sud/Port-Louis Central) de 1976 à 1983, puis de Montagne-Blanche/GRSE (1983-87), ancien ministre du Commerce et de l’Industrie, est décédé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Âgé de 76 ans, il s’en est allé après une longue maladie, laissant le souvenir d’un homme politique redoutable mais respecté de tous. Les militants MMM de la première heure sont particulièrement émus de sa disparition, et nombre d’entre eux avouent que même si Kader Bhayat avait pris ses distances de leur parti depuis aussi longtemps que 1983, ils ont toujours gardé pour lui une place spéciale dans leur coeur.
Au meeting de lancement de la campagne du MMM pour les élections municipales, tenu vendredi après-midi devant le mythique Bar Chacha, à Stanley, l’assistant-secrétaire général du parti, Deven Nagalingum, était en train d’annoncer la prise du micro par Paul Bérenger, quand dans la foule quelqu’un – sans doute un de ces die-hards mauves nostalgique des années de braise – se désolait qu’il n’y avait eu jusque-là « pa enn mot pour les morts ». À peine eut-il le temps de prononcer ces mots qu’effectivement, Paul Bérenger, qui était alors trop loin sur l’estrade pour avoir pu entendre sa remarque, demanda à la foule de garder un moment de silence en signe de respect pour « enn bon dimoune ki ti finn amène lalit ek nou et ki finn kitte nou ».
Un tel devoir de reconnaissance, venant surtout de Paul Bérenger – quand on sait quelles furent les relations tendues entre lui et Kader Bhayat au cours des trois dernières décennies – donne la mesure de la considération due au disparu. Dans une de ses premières réactions dans la presse en apprenant la nouvelle du décès, Paul Bérenger s’était dit très touché par ce départ d’un « grand gentleman ».
Né dans une famille originaire du Gujurat, en Inde, Kader Bhayat est entré en politique en 1972 à l’âge de 32 ans. Il avait été précédé dans ce domaine par son frère, Suleiman, également homme de loi de profession, qui, lui, s’était jeté dans l’arène sept ans plus tôt lors des élections générales de 1967 au sein du Comité d’Action Musulman rattaché au Parti de l’Indépendance (PTr-IFB-CAM). En fait, issu d’un milieu bourgeois, absolument rien ne prédestinait Kader Bhayat à un engagement au sein d’un MMM naissant, alors fortement imprégné de l’idéologie marxiste et de la lutte des classes. Sauf que, en tant qu’avocat, à force de défendre devant les cours de justice les militants – du plus grand leader jusqu’aux plus modestes activistes – victimes des lois répressives et arbitraires de la coalition Travailliste-PMSD-CAM de l’époque, il finit par épouser totalement leur cause. Sans doute était-il aussi dans l’âme un socialiste incapable de supporter les injustices dont il était témoin à l’aube de l’accession du pays à l’indépendance.
Serge Rayapoullé, archive vivante des années de lutte du MMM, raconte avec une émotion à peine contenue le Kader Bhayat qu’il a côtoyé sur presque tous les fronts. « Kader Bhayat était cet ami avocat, toujours en complet et cravate, qui partageait avec nous, les « militants coaltar », les pains fourrés aux sardines lors de nos manifs et qui, sans que rien ne l’y obligeait, passait parfois de longues nuits à nous soutenir sous nos tentes de grève de la faim », témoigne-t-il. Alors que tous les principaux dirigeants mauves de l’époque (les Bérenger, Dev Virahsawmy, Hervé Masson Sr, entre autres) étaient emprisonnés tout au long de l’année 1972, c’est Kader Bhayat, principalement, qui servait de liaison avec leurs proches et les militants, aidant à organiser des réunions clandestines qui bravaient l’état d’urgence et ses gardes-bâtons.