Pour la première fois, des femmes sapeurs-pompiers ont rejoint les rangs de leurs homologues masculins en ce qui concerne le travail de nuit. Depuis leur recrutement en 2012, elles n’accomplissaient en effet que des tâches administratives et travaillaient de 8h à 16h du lundi au vendredi. Et par conséquent, participaient rarement à des interventions majeures, lesquelles se produisent généralement la nuit. Mais depuis mai dernier, deux jeunes femmes, Neelamsing Jhingoor (30 ans) et Yovanee Sungalee (25 ans), ont été intégrées dans le travail en rotation. Elles partagent leurs expériences.

Pour Neelam et Yovanee, c’est un rêve qui se réalise. « Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes de vrais sapeurs-pompiers », nous confient les deux jeunes femmes. Ce sont deux femmes ambitieuses et confiantes, mais très humbles que nous avons rencontrées à la caserne de pompiers de Saint-Aubin. Neelam, habitante de Nouvelle-France, a rejoint le Mauritius Fire and Rescue Service il y a trois ans. Yovanee, habitante de Rose-Belle, compte un an et demi de service dans le métier. Selon ces dernières, elles ne pouvaient plus endurer le travail dans le département administratif, « car le métier de pompier était bien plus que cela ». Elles rêvaient d’être intégrées dans une équipe d’intervention et d’aller sur le terrain pour maîtriser des incendies, intervenir dans des cas d’accident, éviter des suicides, entre autres. 

« Au département administratif, on ne travaillait que la journée. Généralement, il n’y a pas de grande intervention pendant la journée. De plus, quand nous accompagnons l’équipe d’intervention sur le terrain, nous ne faisions qu’assister. Donc, les expériences aventureuses nous manquaient tant. On voulait exercer comme les hommes », confient les filles. Or, depuis qu’elles travaillent la nuit, elles ont eu la chance de participer à plusieurs interventions. De plus, elles disent avoir plus de temps pour récupérer. « Dans le système de rotation, nous travaillons de 8 heures à 16 heures un jour et nous bénéficions de 24 heures de repos. À notre retour, nous travaillons 16 heures d’affilée et nous bénéficions de 48 heures de repos. C’est meilleur pour notre santé par rapport aux horaires du “day-duty” », explique Neelam.

Les deux filles ne bénéficient d’aucun privilège en raison de leur genre. « Nous sommes certes des filles, mais nous sommes appelées à travailler comme les hommes, d’autant que nous avons reçu la même formation qu’eux. À aucun moment, ils ne doivent nous considérer inférieures ou nous intimider. Nous effectuons les mêmes tâches qu’eux, que ce soit à la caserne ou sur le terrain. Nous passons le balai, nous lavons les véhicules ainsi que les équipements. En bref, nous faisons tout ce que les hommes font », ajoute Yovanee.

Neelam et Yovanee relatent que leur première nuit à la caserne de pompiers est inoubliable. « Nous étions angoissées puisque c’était la première fois que nous restions à la caserne de pompiers. Nos familles étaient également inquiètes. Mais heureusement, nos collègues hommes ont été très encourageants. Aujourd’hui, c’est devenu normal. Nous dînons avec tous les collègues le soir avant de rejoindre notre dortoir. Des fois, on se sent seule quand l’une d’entre nous est en congé, mais nous sommes désormais habituées », explique les filles.

Le service de nuit commence à 16 heures et prend fin à 8 heures le lendemain matin. Neelam et Yovanee sont aujourd’hui fières d’avoir pu atteindre leur but. « Le métier est très intéressant quand nous arrivons à le pratiquer dans son vrai sens. Et cela est possible quand nous travaillons en rotation. Donc, je demande à toutes les pompières de ne pas avoir peur à intégrer le système de rotation. Vous expérimenterez la vraie vie d’un pompier dans le travail en rotation car vous êtes exposées à tout », conclut Neelam.

Un projet pilote bientôt réalité

Dorsamy Ayacouty, responsable de communication au MFRS

Selon Dorsamy Ayacouty, responsable de communication au Mauritius Fire and Rescue Services, l’organisation était autrefois dominée par les hommes. Depuis 2012, le MFRS a commencé à recruter des femmes pour exercer le métier de sapeurs-pompiers. « Nous comptons actuellement 21 femmes au sein du MFRS. En 2012, nous en avons recruté cinq. Six autres femmes ont été recrutées en 2015, trois en 2017, sept en 2018. De 2012 à avril 2018, les femmes recrutées au sein de notre organisation ne travaillaient que pendant la journée, soit de 8 heures à 16 heures du lundi au vendredi. De plus, elles étaient affectées au département administratif. En cas d’incident dans la journée, elles pouvaient rejoindre l’équipe d’intervention sur le terrain. D’ailleurs, leur participation était minime », explique Dorsamy Ayacouty.

Selon ce dernier, chaque fois qu’il y a eu des recrutements, très peu de femmes se sont montrées intéressées par la profession. Mais celles qui ont choisi le métier de sapeur-pompier ont reçu la même formation que les hommes. « Il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes une fois les candidats recrutés. Les techniques d’entraînement sont les mêmes. Toutefois, les casernes de pompiers n’avaient pas les commodités spécifiques pour les filles, à savoir des toilettes, salles de bain, dortoir, vestiaires, entre autres. D’où la raison pour laquelle elles sont généralement affectées au département administratif », dit-il.

Après les inondations survenues en 2013, dira Dorsamy Ayacouty, le MFRS a réalisé qu’avec le changement climatique, il pourrait y avoir beaucoup d’incidents. Les pompiers étaient appelés à intervenir dans toutes les situations. « Nous avons compris qu’il fallait renforcer les équipes d’intervention sur le terrain. Donc, il fallait que les femmes rejoignent les rangs des hommes sur le terrain », fait part Dorsamy Ayacouty.
Et d’ajouter qu’après le recrutement des femmes au sein du MFRS, des dispositions ont été prises pour accueillir des pompières dans certaines casernes, dont celles de Coromandel, Curepipe, Saint-Aubin, Flacq, Triolet et Port-Louis. Toutefois, il n’y avait toujours pas de dortoir dans ces casernes. Donc, les femmes qui y étaient affectées ne travaillaient que pendant la journée. Selon Dorsamy Ayacouty, au début de cette année, quelques filles ont formulé la demande d’être intégrées dans le système de travail en rotation. « Les filles ont fait leur demande, mais il y avait une grande préparation derrière. Pendant tout ce temps, le métier était dominé par les hommes. Donc, ils avaient une manière différente de converser, des langages inappropriés devant les filles. Alors, nous avons dû dispenser un cours d’adaptation aux filles comme aux hommes dans les casernes. De plus, nous avons eu le soutien et le feu vert de la ministre Fazila Jeewa-Daureeawoo, qui a accueilli favorablement la décision des filles. À partir de là, nous avons décidé d’intégrer les filles dans le système de travail en rotation », explique Dorsamy Ayacouty.

« Toutes les commodités nécessaires étaient disponibles dans une seule caserne de pompiers, celle de Saint-Aubin. Alors, nous avons lancé le projet sur une base pilote et nous avons invité Neelamsing Jhingoor et Yovanee Sungalee à s’intégrer dans le système de rotation. Depuis mai de cette année, les filles travaillent comme leurs collègues hommes. Le projet est un succès et nous comptons réaménager d’autres casernes de pompiers à travers l’île afin d’accueillir d’autres femmes pour le service de nuit. De plus, les filles en formation actuellement devront se préparer à travailler la nuit également », confie-t-il.

Et de préciser que la présence des femmes lors des interventions est importante. Il cite comme exemple l’incident à Flacq où un élève s’apprêtait à se jeter du toit de son collège. « Nous avons réussi à sauver le jeune grâce à l’intervention de deux femmes sapeurs-pompiers. Ce sont elles qui l’ont approché et l’ont convaincu de ne pas commettre l’irréparable. De plus, la présence des femmes est souvent souhaitée dans des cas d’urgence, où les victimes sont des femmes et des enfants », observe-t-il.